PJ Harvey – Dry Demos

Chouette un nouveau PJ Harvey ? En fait non. Mieux que ça : Dry Demos, ce sont, comme le nom l’indique, les démos de Dry, premier album de la chanteuse britannique, paru en 1992. Pourquoi s’y intéresser ? D’abord parce que Dry est un pur chef-d’œuvre qui a marqué son époque (Kurt Cobain, le chanteur du groupe Nirvana, l’aurait mis dans la liste de ses cinquante albums préférés). Ensuite parce que ces démos n’étaient à ce jour sorties qu’en bonus de la 1ère édition et étaient introuvables. Enfin, et surtout, parce ces onze titres guitare-voix, épurés, à l’os, donnent le frisson. La voix d’écorchée vive de PJ Harvey, vibrante de multiples émotions, frappe plus fort : on est là, avec elle dans le studio, on assiste à l’explosion de son talent… A noter que le reste de sa discographie va également être rééditée. L’occasion de pouvoir se procurer à nouveau quelques autres merveilles devenues elles aussi introuvables.

Too Pure

Emmanuelle Blanchet

Pierre Rochefort – Brumance

On le connait comédien, on le sait fils de (Jean Rochefort et Nicole Garcia).  On ignore trop sa première passion, la musique, à qui il a pourtant fait de beaux enfants. Fondateur du label Homworkz Recordings, spécialisé dans le hip-hop, il a déjà cinq albums à son actif, Brumance étant son deuxième en solo.

Nourri à la fois de culture urbaines, des grands noms de la chanson française et de littérature, Pierre Rochefort écrit des textes ciselés, croise les mots pour tisser sa toile, entre mélancolie et humour, folie douce et rage.  

« Brumance, est-il expliqué, est un voyage, un sentiment qui se distille, un nuage chargé d’électricité, une épopée à hauteur d’homme. » C’est surtout la porte d’entrée dans l’univers bourré de charme d’un artiste sensible, qui a toujours choisi le contrepied et d’être là où on ne l’attend pas.

Homworkz

Emmanuelle Blanchet

 

Hommage à Zwy Milshtein

Hommage à Zwy Milshtein

Ce 16 mars,  le théâtre des Célestins rend hommage à l’artiste Zwy Milshtein, décédé le 4 février dernier. Le théâtre garde de lui l’extraordinaire rideau de scène qu’il a peint en 2014.  Une occasion de publier à nouveau un entretien réalisé dans son atelier, par un beau soir d’été 2013. Internationalement reconnu, né en Union Soviétique, à Kichinev, Zwy Milshtein vivait à Paris mais avait son atelier dans notre région, à Gleizé.

Avez-vous toujours eu envie d’être peintre ?
Zwy Milshtein : Oui, depuis que je suis né, je n’ai jamais eu envie de faire autre chose. A un moment donné, quand j’étais au lycée, je me suis dit que peut-être la physique nucléaire, les mathématiques… Mais c’était juste un rêve qui ne s’est jamais réalisé. En fait, j’étais déjà dans la peinture. Je fréquentais les ateliers de peinture depuis l’âge de 7 ou 8 ans. J’étais à Tbilissi, en Géorgie, et j’allais dans l’atelier de peinture du palais des Pionniers.

Aviez vous un maitre qui vous a influencé ?
Z M : Non, à l’époque pas vraiment, je ne connaissais pas assez la peinture. Mais, naturellement comme je vivais en Union Soviétique, les grands maitres c’était Gerasimov et beaucoup d’autres qui peignaient Staline avec des bouquets de fleurs, des enfants, des prolétaires qui font la révolution… Il y avait quand même des choses intéressantes. Ensuite, j’ai découvert en 1942-1943, qu’on avait réouvert les églises. Avant en URSS, la religion était complètement bannie. Au milieu de la guerre, il fallait un peu de patriotisme… Donc, pour la première fois, j’ai vu des icones. Cela m’a beaucoup interpellé. Et il y avait la peinture russe, d’avant les Soviets, Repine et Sourikov, mais aussi Levitan et Vroubel.

Après guerre, on a réussit à sortir d’URSS, et nous sommes allés en Roumanie. Là, j’ai découvert la peinture occidentale. Ce n’était pas encore la peinture moderne, c’était plutôt l’impressionnisme, et puis, comme la Roumanie était sous influence soviétique, la peinture l’était aussi, mais plus libre, plus reliée à l’art contemporain. J’y ai vu pour la première fois quelques images de Picasso, mais uniquement de la période bleue, quand il était encore un bon garçon…

Zwy Milshtein : Ma définition d’une mauvaise peinture c’est une peinture achevée. Mais en réalité il n’y a pas de mauvaise peinture car on peut toujours la retravailler

Ensuite, on a immigré en Israël, avec une étape à Chypre… Sur tout ce que vous me demandez, j’ai écrit des petites choses. J’ai une petite histoire sur Chypre : Paradis ou enfer. Pour moi c’était un paradis parce qu’il y avait pleins de choses à manger, j’avais le temps d‘apprendre la peinture, la sculpture etc. Mais pour un copain à moi, c’était l’enfer, parce que les architectes britanniques qui ont construit ce camp à Chypre en ont fait la copie conforme des camps nazis. Comme lui était un rescapé, il a piqué une crise de nerf. Il ne voulait pas rentrer, il se tapait la tête contre le sol en hurlant. Je n’ai compris qu’après ce qui lui était arrivé… C’est en Israël que j’ai connu la peinture de Braque, Matisse, Soutine, et les autres.

Quelles sont vos sources d’inspiration ? Avez-vous des sujets de prédilections ?
Z M : Je ne sais jamais ce que je vais faire. Je commence à peindre… Je ne pense pas. Je ne sais même pas ce que je peins. C’est après, une fois que la toile est finie, que je lui trouve un titre, et tout ce que vous voulez. Mais pas avant.

Pourtant on retrouve souvent les mêmes éléments dans vos toiles…
Z M : Oui, c’est vrai. Mais la vodka n’a pas de couleur !

Donc, quand vous commencez une toile, vous ne savez pas ce que vous aller peindre. Mais savez-vous quand elle est finie ?
Z M : Une toile n’est jamais finie. Ma définition d’une mauvaise peinture c’est une peinture achevée. Mais en réalité il n’y a pas de mauvaise peinture car on peut toujours la retravailler.

Il n’y a surtout rien de mauvais chez cet artiste, cet homme fragile et fort, poignant et drôle, éternel enfant avec l’expérience d’un homme qui  a tant vécu, cet artiste  chez qui « tout fait art » selon l’expression du sculpteur Jean-Michel Debilly.  On peut, pour le retrouver un peu, lire Vodka, Harengs et quelques larmes.  Le livre est à son image, tragique et plein d’humour, magnifiquement écrit et illustré. Edition Slatkine

Emmanuelle Blanchet

Doc quoi de 9 : c’est parti pour 3 semaines !

Doc quoi de 9 : c’est parti pour 3 semaines !

La 11e Biennale du documentaire, Doc quoi de 9, se déroule au cinéma Les 400 Coups de Villefranche du 4 au 24 mars. Au programme : des avant-premières, des invités, des soirées spéciales. Et surtout un panorama varié de l’état du monde vu par les meilleurs documentaristes.

Doc, quoi de 9, 11e du nom, fête cette année son 20e anniversaire, alternance avec le festival Féminin Pluri’elles oblige. Pour l’occasion, ce sont 14 longs métrages, 3 courts métrages, des avant-premières, des invités, notamment le cinéaste Nicolas Boukhrief, des séances débat, des séances dédiées au jeune public, mais aussi du documentaire de patrimoine avec deux films mythiques – Nanouk l’Esquimau et Le Temps du ghetto – qui sont proposés.

affiche du film Botero

La soirée d’ouverture ce 4 mars est consacrée à la peinture avec Botero, film de Don Millar (Canada, Colombie ; 2020), introduit par une présentation de Guy Reynaud sur la manière dont le cinéma a abordé la peinture. Philippe Merlo-Morat, agrégé, professeur des Universités à l’université Lumière Lyon 2, spécialiste des arts et littératures (domaine hispanique) et président de La Villa Hispanica à Cogny, présentera l’œuvre de Botero, artiste le plus exposé au monde.

Parmi les huit autres séances spéciales programmées citons celle du mardi 10, à 20h. Le professeur d’histoire Bruno Fouillet présentera ce monument de la mémoire qu’est Le Temps du ghetto de Frédéric Rossif (1961), l’histoire du ghetto juif de Varsovie, depuis sa création jusqu’à la sanglante répression de 1943, lorsque sa population se souleva contre la barbarie des nazis. Réalisé par un des maitres du documentaire français, le film mérite d’être redécouvert, notamment par les jeunes générations, sur grand écran.

Doc quoi de 9, huit séances spéciales

Mercredi 11, à 18h30, le film Empathie du réalisateur espagnol Ed Antoja (Espagne ; 2020) sera présenté en avant-première. Son thème : Ed doit réaliser un documentaire sur le bien-être animal pour tenter de faire bouger l’opinion publique. Complètement étranger à cette question, il va d’abord s’immerger dans le monde de la cause animale et du véganisme. Cette aventure singulière va remettre en question ses habitudes de
consommation et son mode de vie… mais jusqu’à quel point ?

Etant donné la thématique, la séance sera suivie d’une dégustation conviviale de mets vegan proposés par Charline et Carole du Foxy Factory, la cantine végétalienne de Villefranche. Attention, cette séance se fait sur inscription (Soit au guichet du cinéma, soit sur son site) pour des raisons évidentes de préparation !

Le 20, à 14h30, Nicolas Boukhrief, réalisateur notamment de Cortex et de Le Convoyeur viendra présenter Nanouk l’Esquimau de Robert J. Flaherty (1923), l’un des films qu’il conseille dans son ouvrage 100 Grands films pour les petits. A 18h, il sera à la médiathèque pour parler de ses films et de sa cinéphilie. En soirée, il présentera son dernier film en date, Trois Jours et une vie.

Le 23, la journaliste Laura Caniggia, venue spécialement d’Argentine, présentera le film Femmes d’argentine de Juan Solanas (Argentine, France, Uruguay ; 2020) sur le combat des féministes de ce pays pour la légalisation de l’IVG.

A ne pas manquer aussi, même si programmés sans animation, trois documents exceptionnels : Cyrille, agriculteur, 30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, des dettes de Rodolphe Marconi (France ; 2020), La Cravate de E. Chaillou, M. Thery (France ; 2020) et Le Capital au XXIe siècle de J. Pemberton, Thomas Piketty (France, Nouvelle-Zélande ; 2020), tiré de l’ouvrage à succès de l’économiste, et présenté en sortie nationale.

Programme complet sur le site du cinéma Les 400 Coups

Deux ouvrages pour (re)découvrir l’histoire de Villefranche

Deux ouvrages pour (re)découvrir l’histoire de Villefranche

Tous les ans, depuis près d’un siècle et demi, la fête des Conscrits de Villefranche déverse sa vague d’hommes en noir et jaune mimosa le dernier dimanche de janvier. Cela méritait qu’on se penche sur son histoire. Jean-Jacques Pignard, agrégé d’histoire et maire de la ville durant trois mandats, s’en était magistralement chargé. Publié en 1988, son ouvrage, depuis longtemps introuvable en librairie, vient d’être réédité par les éditions du Poutan, avec de nouvelles illustrations.

Couverture de Les Conscrits de Villefranche en Beaujolais

Si la réédition des Conscrits de Villefranche en Beaujolais en ce début d’année, est un véritable événement, c’est que Jean-Jacques Pignard s’y était toujours refusé, par manque de temps pour une réactualisation, et par crainte de trahir l’esprit de l’original. Jacques Branciard, directeur des éditions du Poutan l’a finalement convaincu en lui proposant tout simplement de reprendre le texte original… qui se suffit largement à lui-même.

On entre dans le livre comme dans un roman. Divisé en trois parties, l’ouvrage relate l’histoire de la fête, liée à la conscription et au tirage au sort, qui, durant tout le XIXe siècle, décidait qui ferait ou non son service militaire. En expliquant pourquoi Villefranche s’est singularisé des autres villes de France : c’est ici et nulle part ailleurs, en 1882, que les plus âgés ont commencé à se joindre à leurs cadets. Pour commémorer tous les dix ans leur propre tirage au sort. Sans doute aussi pour profiter eux aussi des festivités, qui au fil du temps prennent de plus en plus d’ampleur, en se codifiant.

Ces codes, justement, sont étudiés en détail par Jean-Jacques Pignard. Retraite au flambeau, costume, cocarde, couleur des rubans, gibus, bouquet, chanson de la classe, jour des femmes, vague, discours, banquet, retinton, enterrement, mardis des lycées… Tout ce vocabulaire de la fête qui parle au cœur de chaque caladois est passé en revue avec de nombreuses et riches anecdotes. On s’attardera, entre autres, avec délice sur les descriptions des impressionnants menus.

Le livre s’achève sur des réflexions sur le sens profond de la fête, son côté mélancolique et tragique, mais aussi sur son devenir et son aspect économique.

Villefranche-sur-Saône, une histoire en Beaujolais : la somme qui manquait sur l’histoire de Villefranche.

Couverture de Villefranche sur Saône une histoire en Beaujolais

En complément de ce livre, ou pour les passionnés d’histoire locale et de beaux ouvrages, les éditions du Poutan ont publié à l’automne dernier un autre incontournable : Villefranche-sur-Saône, une histoire en Beaujolais, signé Philippe Branche et Jean-Philippe Rey. Très richement illustré par les photos de Alain Jean-Baptiste et de très nombreux documents, avec une mise en page originale – qui permet notamment de découvrir maison par maison toute la rue nationale – cet ouvrage est la somme qui manquait sur l’histoire de Villefranche.

Les deux auteurs, historiens émérites – Philippe Branche, membre de l’Académie de Villefranche, travaille à la maison du Patrimoine et est le meilleur spécialiste des fonds documentaires et iconographiques consacrés à la région, Jean-Philippe Rey est édité chez Perrin où il a notamment pris la suite de Jean Tulard – ont aussi fait appel à différents spécialistes de l’histoire locale : Jacques Branciard, Jean-Claude Durand-Boguet, Jeanine Meaudre, Laurence Petit, Daniel Rosetta, Michel  Rougier, Simone Vogelgesang.

Contrairement à la majorité des précédents ouvrages consacré à Villefranche, ils ne font pas débuter son histoire à sa création officielle au début du XIIe siècle par les sires de Beaujeu. Ils remontent à la préhistoire : dans le secteur de Béligny, qui ne sera intégré à la ville qu’en 1853, on a trouvé des restes d’animaux préhistoriques, mais aussi des vestiges gallo-romains. Ils redonnent aussi de l’importance à Limas puisque c’est à partir de son château que le territoire de la ville se forme.

Une étude des grands domaines, Ponbichet, Fongraine, Belleroche, et des quartiers originels, permettent de comprendre, comment la ville s’est structurée, de la fameuse nef du centre historique à aujourd’hui, sous l’influence d’un fort développement économique et urbanistique.

Construit chronologiquement, le livre est résolument pédagogique, pour s’adresser au plus grand nombre. Mais les lecteurs avertis ne sont pas oubliés avec la proposition de nouvelles pistes historiques et de nombreux portraits de personnalités méconnues.  

Emmanuelle Blanchet

Plus d’infos : poutan.fr

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