Ce 19 novembre dernier, le tribute band Best Of Floyd était en concert dans l’Isère, à Chapagnier au profit de l’Ukraine via les Pompiers Humanitaires Solidaires Phs. Patrick Ducher y était avec son livre, Pink Floyd en France, pour une séance de dédicace. Reportage.

Richard Refuggi est un homme heureux. Il s’est démené comme un diable pour monter la soirée, trouver des chaises, organiser la sécurité, réunir une équipe de bénévoles, tout cela au profit de l’Ukraine via les Pompiers Humanitaires Solidaires Phs. “C’est un événement pour notre petite commune” me confiait-il à l’issue des 2 heures et quelques de spectacle floydien dans la salle des fêtes de cette petite bourgade de la banlieue de Grenoble. “La moitié des places étaient parties dès le mois de septembre”. Et j’ai pu constater que le public (environ 400 personnes) est resté jusqu’au bout. Il m’a fait découvrir que Pink Floyd était en fait un groupe de … dance music. Retour sur une soirée bien sympathique.

Best of Floyd à Champagnier

NE PAS PERDRE LA MAIN

Les Savoyards des Best Of Floyd sont l’un des plus anciens (2005) tribute band français. J’avais interviewé Bertrand “Burt” Lefebvre, guitariste et chanteur et Yannick Mestrallet pour le livre “Pink Floyd en France”. La déception avait été grande de ne pouvoir assister à leur concert en plein air du 14 août dernier à Saint-Pierre d’Albigny pour cause de pluie et le 5 octobre pour cause de voiture vandalisée. L’attente était donc grande… mais tout autant chez les musiciens, qui peaufinaient à cette occasion leur scénographie. Le bassiste, Yves, tout fier de sa nouvelle Warwick, me disait qu’un groupe est comme un sportif : “il a besoin de s’entraîner, du collectif, pour ne pas perdre la main !”. Et il n’a pas lésiné comme j’ai pu le constater en arrivant au milieu du soundcheck : c’est la quasi-intégralité de la setliste qui est jouée, patiemment, minutieusement. Chaque morceau est décortiqué, chacun des cinq musiciens fait un retour à la régie. Qui plus de voix, qui plus de guitare, qui moins de ceci ou cela. Jean-Louis et Christian sont les maîtres d’œuvre de la technique. Le confinement a obligé l’équipe à repenser complètement son organisation pour aboutir à cette configuration “Essentials” sans choristes ni sax et avec une backline plus compacte, ce qui n’est pas forcément plus facile à gérer techniquement. Mais la nécessité est mère de l’invention.

LES FANS FLOYDIENS SONT INCROYABLES

Laurent a vu par hasard une publicité dans une pizzeria de son patelin. Il a averti un ami limougeaud qui a fait le trajet depuis la Haute-Vienne spécialement pour l’occasion. Les deux larrons repartiront avec un livre, un t-shirt, un 45 tours signé par tous les membres du groupe, une casquette. On sent une réelle ferveur à l’issue du show mené rondement. Les zicos sont dispos, souriants. S’ils connaissent bien leur public – ils jouent à la maison quasiment – ils savent aussi que le confinement a frappé de plein fouet l’industrie du spectacle. Faire sortir les gens relève de l’exploit en ces temps netflixiens et übereatsiens. Un petit mot pour tout le monde, une photo-souvenir, ils sont heureux, eux aussi, d’être là. On sent une vraie complicité. Le petit nouveau – mais grand par la taille et le talent – Renaud, s’est fondu dans le collectif avec aisance. Yannick trépigne de bonheur. Bertrand avait la goutte au nez la veille du spectacle. Dopé aux huiles essentielles, il a assuré, jouant même du clavier sur “High Hopes”.

Le spectacle était aussi dans la salle. J’ai été abasourdi de constater que beaucoup de fans dansaient comme des fous. Un couple s’est longuement enlacé sur “Sorrow”, qui n’est pourtant pas un modèle de joyeuseté. Une dame a passé l’INTÉGRALITÉ de la soirée à danser, à se trémousser, à faire de grands moulinets avec ses bras. Un trio d’adolescents – t-shirts floydiens de rigueur – s’est bien remué devant moi aussi. “Another Brick…” fut évidemment accueilli par un délire d’applaudissements. Avant cela, un grand gaillard, ancien militaire, semblait très ému à l’écoute de “Coming back to life” : “ça, c’est ma chanson. J’ai les poils qui se dressent à chaque fois” confie-t-il l’œil humide en m’apportant une bière. Lors des répétitions, un gendarme – manifestement fan – s’est renseigné sur les titres de la setliste et est resté longtemps planté devant la scène avec un jeune collègue.

UN CONDENSÉ DES FLOYD

Certes, pas de “Great Gig”, pas de “Shine On 1-5,” pas de “Money”, pas de titre issu d’”Animals”. Les Best Of Floyd ont opté pour un … bestof compact. De nombreux incontournables sont néanmoins là pour couvrir toutes les périodes du quatuor britannique, d’”Astronomy Domine”, “Arnold Layne”, “One of these days” à “High Hopes” évidemment. Le jeu est précis, rigoureux. Yannick semble un peu coincé dans son “fishbowl” de plexiglas, mais l’équipement est indispensable pour garantir une gestion optimum du son sur scène avec ses onze micros. Seb apporte quelques touches parfois jazzy-funky bienvenues. “Mother”, qui clôt la première partie, est dédiée à sa maman… Emotion.

Comme souvent, l’avant-concert, l’entracte et l’après-concert constituent de sympathiques occasions de discuter avec des fans. L’un d’entre eux me raconte avoir vu le groupe en 1988 à Grenoble. Je retrouve le visuel du ticket dans Pink Floyd en France. Il semble abasourdi. Un autre évoque le concert des Floyd organisé à l’arrache en août 1970 à Saint-Tropez. Globalement, le public est constitué de quadras-quinquas. Certains ont eu la chance de voir le groupe lors de la tournée “Division Bell” en 1994 ou “Momentary Lapse” en 1988.. Les spectateurs, sages et très attentifs, écoutent quasi-religieusement chaque morceau, frappent des mains. Laurent est au premier rang. Il filme de larges moments du show pour sa chaîne Youtube “Moments partagés 38Laurent”. Quelques échanges sur les mérites comparés des Australian Pink Floyd vs les BritFloyd font apparaître une préférence pour la plus grande spontanéité des seconds.

Impensable de faire un show sans “Comfortably numb” bien sûr. “Vous êtes bien, Champagnier ? Parce que pour nous, c’est impeccable” se réjouit Bertrand, en remerciant avec effusion l’organisation et toute l’équipe technique, sans oublier un auteur floydien. Les deux titres joués en rappel (“Wish you were here” et “Run like hell”) sont accueillis avec ferveur. Les applaudissements sont nourris. Les nombreux admirateurs et collectionneurs pouvaient repartir avec un 45 tours dédicacés par le groupe, dispos sur le stand de merch tenu par la dynamique Sylvie. C’était une belle soirée, ponctée d’embrassades et de promesses de se revoir. Shine on !

La setliste : 1. Learning to fly 2. Breathe/Time 3. Arnold Layne 4. Have a cigar 5. Fat old sun 6. One of these days 7. High hopes 8. Hey you 9. Mother – entracte – 10. Shine on (6-9) 11. Coming back to life 12. Astronomy domine 13. Sorrow 14. Another brick in the wall 1-3 15. Comfortably numb – rappels – 15. Wish you were here 16. Run like hell