Doc quoi de 9 : c’est parti pour 3 semaines !

Doc quoi de 9 : c’est parti pour 3 semaines !

La 11e Biennale du documentaire, Doc quoi de 9, se déroule au cinéma Les 400 Coups de Villefranche du 4 au 24 mars. Au programme : des avant-premières, des invités, des soirées spéciales. Et surtout un panorama varié de l’état du monde vu par les meilleurs documentaristes.

Doc, quoi de 9, 11e du nom, fête cette année son 20e anniversaire, alternance avec le festival Féminin Pluri’elles oblige. Pour l’occasion, ce sont 14 longs métrages, 3 courts métrages, des avant-premières, des invités, notamment le cinéaste Nicolas Boukhrief, des séances débat, des séances dédiées au jeune public, mais aussi du documentaire de patrimoine avec deux films mythiques – Nanouk l’Esquimau et Le Temps du ghetto – qui sont proposés.

affiche du film Botero

La soirée d’ouverture ce 4 mars est consacrée à la peinture avec Botero, film de Don Millar (Canada, Colombie ; 2020), introduit par une présentation de Guy Reynaud sur la manière dont le cinéma a abordé la peinture. Philippe Merlo-Morat, agrégé, professeur des Universités à l’université Lumière Lyon 2, spécialiste des arts et littératures (domaine hispanique) et président de La Villa Hispanica à Cogny, présentera l’œuvre de Botero, artiste le plus exposé au monde.

Parmi les huit autres séances spéciales programmées citons celle du mardi 10, à 20h. Le professeur d’histoire Bruno Fouillet présentera ce monument de la mémoire qu’est Le Temps du ghetto de Frédéric Rossif (1961), l’histoire du ghetto juif de Varsovie, depuis sa création jusqu’à la sanglante répression de 1943, lorsque sa population se souleva contre la barbarie des nazis. Réalisé par un des maitres du documentaire français, le film mérite d’être redécouvert, notamment par les jeunes générations, sur grand écran.

Doc quoi de 9, huit séances spéciales

Mercredi 11, à 18h30, le film Empathie du réalisateur espagnol Ed Antoja (Espagne ; 2020) sera présenté en avant-première. Son thème : Ed doit réaliser un documentaire sur le bien-être animal pour tenter de faire bouger l’opinion publique. Complètement étranger à cette question, il va d’abord s’immerger dans le monde de la cause animale et du véganisme. Cette aventure singulière va remettre en question ses habitudes de
consommation et son mode de vie… mais jusqu’à quel point ?

Etant donné la thématique, la séance sera suivie d’une dégustation conviviale de mets vegan proposés par Charline et Carole du Foxy Factory, la cantine végétalienne de Villefranche. Attention, cette séance se fait sur inscription (Soit au guichet du cinéma, soit sur son site) pour des raisons évidentes de préparation !

Le 20, à 14h30, Nicolas Boukhrief, réalisateur notamment de Cortex et de Le Convoyeur viendra présenter Nanouk l’Esquimau de Robert J. Flaherty (1923), l’un des films qu’il conseille dans son ouvrage 100 Grands films pour les petits. A 18h, il sera à la médiathèque pour parler de ses films et de sa cinéphilie. En soirée, il présentera son dernier film en date, Trois Jours et une vie.

Le 23, la journaliste Laura Caniggia, venue spécialement d’Argentine, présentera le film Femmes d’argentine de Juan Solanas (Argentine, France, Uruguay ; 2020) sur le combat des féministes de ce pays pour la légalisation de l’IVG.

A ne pas manquer aussi, même si programmés sans animation, trois documents exceptionnels : Cyrille, agriculteur, 30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, des dettes de Rodolphe Marconi (France ; 2020), La Cravate de E. Chaillou, M. Thery (France ; 2020) et Le Capital au XXIe siècle de J. Pemberton, Thomas Piketty (France, Nouvelle-Zélande ; 2020), tiré de l’ouvrage à succès de l’économiste, et présenté en sortie nationale.

Programme complet sur le site du cinéma Les 400 Coups

Cinéma Les 400 Coups : Soirée spéciale Faire du cinéma à tout prix

Cinéma Les 400 Coups : Soirée spéciale Faire du cinéma à tout prix

Au moment où le cinéma Les 400 Coups va devenir un ilot de résistance – une salle de proximité restée seule après la fermeture du Rex et de l’Eden face à un mastodonte hypermarchandisé – il a la bonne idée de proposer une soirée spéciale Faire du cinéma à tout prix – Ou Le cinéma en 3D (Démerdard, Dissident et…Désespérément optimiste !), vendredi 27 octobre à partir de 18h30. Ceci dans le cadre des toujours délicieuses, mais trop rares, soirées Les vendredis font mauvais genre !

A travers deux documentaires courts et percutants, nous nous retrouverons aux deux bouts de la chaine, la création et la diffusion :

A 18h30 : Un diffuseur diffusé avec le film de Alexandru Belc, Cinéma mon amour

En 1989, il y avait plus de 400 cinémas en Roumanie. Aujourd’hui, il en reste moins de 30. C’est l’histoire d’un combat. Celui de Victor, directeur de cinéma depuis plus de 40 ans et cinéphile militant, qui se bat au quotidien avec ses deux employées pour tenter de sauver sa salle, l’une des dernières de Roumanie. Baigné entre nostalgie et rêves d’avenir, Victor tente de résister avec passion. Durée 1h10

A 20h30 : Un filmeur filmé avec le film de Sonia Kronlund, Nothingwood

À une centaine de kilomètres de Kaboul, Salim Shaheen, l’acteur-réalisateur-producteur le plus populaire et prolifique d’Afghanistan, est venu projeter quelques-uns de ses 110 films et tourner le 111ème au passage. Ce voyage dans lequel il a entraîné sa bande de comédiens, tous plus excentriques et incontrôlables les uns que les autres, est l’occasion de faire la connaissance de cet amoureux du cinéma, qui fabrique sans relâche des films de série Z dans un pays en guerre depuis plus de trente ans. Nothingwood livre le récit d’une vie passée à accomplir un rêve d’enfant. Durée : 1h25

Rappelons que Les vendredis font mauvais genre propose régulièrement une soirée double programme à tarif préférentiel et unique : 9 € la soirée complète

A l’honneur des films de genre méconnus, cultes, décalés, bis, loufoques, étranges…ou tout cela à la fois !

Plus d’infos

 

 

Le film Grave remporte  l’Oeil d’Or du PIFFF

Le film Grave remporte l’Oeil d’Or du PIFFF

affiche-film-gravePrésenté en super avant-première aux 21es Rencontres du cinéma francophone en Beaujolais, le film Grave de Julia Ducournau a  écrasé la compétition du 6e Paris International Fantastic Film Festival en remportant l’Oeil d’Or du public du long métrage et le Prix spécial Ciné+ Frisson du long métrage.  Des prix plus que mérités pour ce film d’horreur co-produit par Julie Gayet.

Montré dans de nombreux festivals, dont Cannes (semaine de la Critique), Strasbourg , et Toronto où il a littéralement provoqué des malaises, Grave est le premier long métrage de la réalisatrice. Fraichement sortie de la FEMIS. Julia Ducournau a osé le film de genre (ce qui est plutôt rare en France),  le sang et le tabou ultime – le cannibalisme.

Le film Grave est aussi et avant tout un grand film

Avec un scénario intelligent – il est  question de transmission, de la place du féminin, le tout en se moquant du veganisme – une mise en scène virtuose dans le respect des codes du genre, l’interprétation remarquable de jeunes comédiens épatants, dont « l’angélique » Garance Marillier, Grave ne peut laisser personne indifférent. Précédé de cette réputation aussi  sulfureuse que flatteuse, interdit au moins de 16 ans, le film va à coup sûr faire parler à sa sortie, le 15 mars 2017.

E.B

 

Coup de coeur cinéma : La Fille de Brest

Coup de coeur cinéma : La Fille de Brest

Chaque mois, Rodolphe Donati, directeur des cinémas de Villefranche,  Eden, Rex et 400 Coups, nous donne trois raisons de voir son film coup de coeur.  Ce mois il a choisit de mettre en avant La Fille de Brest, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot

 

brestDans son hôpital de Brest, une pneumologue découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d’un médicament commercialisé depuis 30 ans, le Mediator. De l’isolement des débuts à l’explosion médiatique de l’affaire, l’histoire inspirée de la vie d’Irène Frachon est une bataille de David contre Goliath pour voir enfin triompher la vérité.

Inspiré du livre d’Irène Frachon, la pneumologue qui a alerté les autorités sur les  risques du Médiator en 2007, mais aussi de son témoignage direct – Emmanuelle Bercot et la scénariste Séverine Bosschem ont longuement rencontré les différents protagonistes de l’affaire – le dixième long métrage de la comédienne-réalisatrice respecte scrupuleusement les faits.

Pour Rodolphe Donati, il faut voir La Fille de Brest :

  • Parce que le film est un exemple de ce qui peut se faire de mieux dans le genre « thriller socio-politico-médical ». C’est réellement un Erin Brokovich [film de Steven Soderbergh sorti en 2000, avec Julia Roberts] à la française, avec une enquête très solide et un personnage principal très typé.
  • Parce qu’Emmanuelle Bercot parvient à insuffler du cinéma dans ce qui n’aurait pu être qu’un film dossier. Elle ajoute des personnages, la complexité des rapports entre l’héroïne et son supérieur (l’excellent Benoit Magimel), la montre en famille. Le tout avec une mise en scène redoutablement efficace.
  • Pour la comédienne qui incarne Irène Frachon, la danoise Sidse Babett Knudsen. L’héroïne de Borgen incarne avec brio une Irène Frachon attachante. A noter que l’idée de la choisir pour le rôle a été soufflée à la réalisatrice par Catherine Deneuve, sur le tournage de La Tête haute

A voir au cinéma Les 400 Coups jusqu’au 6 décembre

 

A voir aussi :

  • Ma Vie de Courgettes le film d’animation pour enfants ET adultes de Claude Barras (jusqu’au 27 novembre)
  • Planétarium, film très ambieux de Rebecca Zlotowski, avec Natalie Portman et Lily-Rose Depp (jusqu’au 6 décembre)

Et à ne pas manquer vendredi 25 novembre 20 h 30, une rencontre avec Yves Bonnet, viticulteur à Anse, autour du documentaire Vendanges de Paul Lacoste. Il évoquera les vendanges en Beaujolais. Comment il a vu évoluer ce moment si particulier de nos régions. Pourquoi lui et tant d’autres ont-ils dû passer à la vendange mécanique etc…

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les vendanges sans jamais oser le demander…

 

Rencontre avec la critique de cinéma Ava Cahen

Rencontre avec la critique de cinéma Ava Cahen

woody-allenCritique de cinéma, professeure à Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Ava Cahen était à Villefranche pour présider le Jury des 21es Rencontres du cinéma francophone en Beaujolais. Une occasion à ne pas manquer d’en savoir plus sur le magazine de cinéma Clap !, dont elle dirige la rédaction. Magazine né d’un site Internet, Clap ! a le bon gout de consacrer 50 % de ses pages aux séries TV et de défendre un cinéma fragile, le tout avec un réjouissant  ton impertinent.

Ava Cahen est aussi l’auteur d’un essai biographique, Woody Allen, Profession Cynique, édité aux Editions de l’Archipel. Si elle n’a pas encore réalisé la longue interview du maître dont elle rêve, la parution de son livre lui a permis de faire sa connaissance. Elle a bien voulu aussi nous raconter cette rencontre. Interview.

 

 

Palmarès des 21es Rencontres du cinéma francophone

Palmarès des 21es Rencontres du cinéma francophone

Laurent Nègre et Ava Cahen

Laurent Nègre, lauréat du prix du Jury au côté de la présidente du jury, Ava Cahen

Dernier moment fort des Rencontres, la cérémonie de remise des  prix du Jury de spectateurs, présidé cette année par Ava Cahen, journaliste, critique de cinéma, et directrice de la rédaction de Clap !, magazine ciné-séries bimestriel, s’est déroulée dimanche 13 novembre en présence de Bernard Perrut, député-maire de Villefranche et de Béatrice Berthoux, vice-présidente de l’Agglomération Villefranche Beaujolais,  adjointe chargée de la Culture et vice-présidente de la région Auvergne-Rhône- Alpes, déléguée aux lycées.

Les 8 membres du jury et leur présidente ont choisi de récompenser 2 films : Confusion de Laurent Nègre (Suisse) et Swagger d’Olivier Babinet (France – région Ile de France) qui reçoit une Mention spéciale.

Film de genre « documenteur », que les  programmateurs des Rencontres ont toujours beaucoup appécié (depuis Le dernier plan  de Benoît Peeters, à Vampires en passant par Strass de Vincent Lannoo), Confusion est un bel exemple de manipulation des images et des esprits.

Avec un pitch renvoyant à l’actualité le plus brulante – la chef de cabinet au département de la sécurité du canton de Genève s’apprête à accueillir un ex-detenu de Guantanamo devant la caméra de 2 étudiants en cinéma, Dario et Yacine qui réalisent son portrait –  Laurent Nègre arrive à tromper le spectateur le plus aguerri. Prise de vues caméra à l’épaule, manifestations hostiles, images volées, tout est fait pour qu’il soit impossible de démêler le vrai du faux. Loin d’être gratuit, l’exercice est dénonce, avec un humour corrosif, corruption et adeptes des complots de tout poil.

Swagger, premier documentaire d’Olivier Babinet, n’est pas sans rapport avec Confusion. Ici tout est vrai, les adolescents d’Aulnay-sous-Bois que le réalisateur a côtoyé pendant 2 ans, avant de faire leur portrait, existent bel et bien, et ce qu’ils confient à la caméra est vraiment leur histoire. Mais le soin que le réalisateur apporte à la mise en scène, à la qualité de l’image et du son, la magie qu’il insuffle à son film l’éloigne du simple document. Cinéphile acharné et perfectionniste, Olivier Babinet est allé jusqu’à reconstituer une scène de Psychose d’Hitchcock pour le premier plan de son film. Et à effacer de l’image, plan par plan, tous les micros…

L’exceptionnelle qualité de la programmation de ces 21es Rencontres fait que l’on ressent inévitablement une certaine frustration à l’énoncé de ce palmarès. Trois autres films aurait pu y figurer. A commencer par le très original Willy 1er, où là encore la frontière entre réalité et fiction est bien poreuse. Film singulier avec acteur ô combien atypique, réalisé à huit mains (Marielle Gautier, Hugo P. Thomas, Ludovic et Zoran Bouikherma), Willy 1er est inspirée par la vraie vie du  comédien, Daniel Vannet, muse du quatuor… Sans jamais tomber dans la complaisance, par l’humour, et une franchise de la caméra qui suit son héros, comme elle le ferait avec De Niro, Willy 1er, film OVNI, trouble et charme.

Autre film qui aurait pu prétendre au titre, Mercenaire de Sacha Wolff.  1er long métrage de fiction du documentariste (et oui encore !), Mercenaire est inspiré de ses longues et nombreuses conversations avec le rugbyman Laurent Pakihivatau. Le film suit le parcours d’un jeune rugbyman de Wallis, acheté par un recruteur véreux et expédié, au sens propre du terme, en métropole. Hyper documenté et réaliste, Mercenaire mêle avec  brio une certaine réalité du monde du rugby et tradition spirituelle de ces terres lointaines trop méconnues. Laurent Pakihivatau, qui incarne un « méchant » plus que crédible, a aussi entrainé une partie de sa famille dans l’aventure puisque le jeune héros est incarné par son neveu rugbyman, Toki Pilioko. Tous les deux amateurs crèvent littéralement l’écran.

Enfin, last but not least, notre favori absolu, Grave, film gore intelligent et efficace, premier long métrage de Julie Ducournau, qui sortira en mars prochain, aurait fait un très audacieux et judicieux prix du Jury.

Texte et photo Emmanuelle Blanchet

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