On avait découvert Yannick Owen en solo dans la petite salle du Périscope en première partie du bluesman suédois Bror Gunnar Jannson en novembre dernier. Depuis, il a sorti son premier EP « The lighthouse » proposé originellement en financement participatif. C’était la soirée de lancement vendredi 26 janvier à L’Origo, dans le quartier de la Croix Rousse à Lyon. Imaginez une cave voûtée, un plancher de bois, des pierres saillantes, des banquettes. Ambiance café-concert mais avec des trucs en plus. Déjà, pas moins de deux premières parties : le duo Les Pepe Ly (dont la chanteuse Raphaëlle a fait un passage à la Nouvelle Star en 2015) suivi du guitariste acoustique Samuel Casper. Les ambiances : respectivement bluesy-soul pour les premiers (belles reprises de Strange fruit et I put a spell on you) et instrumentales pour le second (trois interprétations solaires, qui s’apprécient mieux les yeux fermés, selon le compositeur).

 

Sur la microscopique scène de L‘Origo, la configuration de groupe – Owen est accompagné cette fois-ci de la choriste Aurélie Pellerin, du violoniste Antoine Martinet et de l’harmoniciste Ogier Malfroy-Camine – donne une autre dimension aux compositions, qui sonnent différemment par rapport au passage au Périscope.

Les cinq titres de l’EP sont tous interprétés – intégralement an anglais – et le set est complété de reprises inspirées : Jimmy de Moriarty, Black Bird des Beatles et  L’institutrice  de Dick Annegarn, cette dernière étant la seule chanson en français de la soirée, la plus difficile aussi dixit Owen, tant du point de vue du texte (Sa vie à elle était loin d’être belle, Mademoiselle madame veuve et mademoiselle, Voyez ce que je veux dire, voyez peut-être pas, Ce que je veux dire je ne le dirai pas) que de l’interprétation. D’un geste fluide, Owen pince ses cordes pour en tirer des sons enveloppants. Il entrecoupe chaque titre d’un petit intermède humoristique, le temps d’accorder sa six cordes avec minutie (« on n’a pas encore inventé les guitares qui s’accordent automatiquement en 2018 ? »).

Il dit aimer la vie à la campagne. Avec sa chemise de bucheron – sa tenue de scène habituelle – on l’imagine bien gratter dans Laurel Canyon en compagnie de folkeux des sixties et seventies. Le country-folk peut rapidement être assez ennuyeux, mais Owen convoque des influences de poids – on sent du Simon & Garfunkel, du Lou Reed des débuts, peut-être du Crosby, Stills, Nash & Young ou bien Sufjan Stevens pour citer une référence plus moderne – et, surtout, il ne reste pas sur le même tempo, module sa voix, accélère (Johnny’s temper  est un petit bijou) ou ralentit (The lighthouse avec un délicat harmonica). La gaucherie apparente de la posture masque une maîtrise de l’instrument et du discours. « Pas de fausse modestie !» gueule du reste son crew hilare depuis le plancher, en frappant bruyamment des mains. Le public – plusieurs générations sont présentes ce soir – est ravi et applaudit chaleureusement.

 

Les titres : 1. In the gust 2. Slippin 3. Johnny’s temper 4. Smile of a profiteer 5. Black bird 6. Thieves pray alone 7. Leave 8. Jimmy’s temper 8. Little train 9. L’institutrice 10. Suit me 11. The lighthouse 12. The band

  • Pour en savoir plus, on peut visiter son SITE :
  • Le voir en LIVE
  • Il est aussi en résidence à L’épicerie moderne de Feyzin le 1er et 2 février 2018

 

Compte-rendu de Patrick DUCHER