Vinicio Capossela était de retour aux Nuits de Fourvière pour un concert en forme de rétrospective de luxe de ses « Personal Standards ». Patrick Ducher, fan de l’italien inclassable nous raconte. 

Ciao, ciao… C’est comme si tous les Italiens de Lyon s’étaient donné rendez-vous à l’Odéon antique, juste à côté du théâtre. L’ambiance est familiale, joyeuse. On se salue avec force « hugs », un verre à la main, en jupe longue ou en tee-shirts. L’atmosphère s’est réchauffée après la pluie de l’après-midi. Près de 500 personnes sont venues écouter le barde Vinicio Capossela. Totalement inconnu du grand public chez nous, c’est pourtant son 5ème passage aux Nuits de Fourvière (il saluera d’ailleurs le directeur du festival, Dominique Delorme, pour sa confiance).

Vinicio Capossela - Fourvière 2023

Pour l’occasion, le chanteur propose ses « Personal standards », les morceaux préférés de ses plus de trente ans de carrière. Le fondement de sa musique venant du jazz, comme l’explique une traductrice en coulisse. Sur scène, Capossela est tout de noir vêtu – sauf une chemise blanche immaculée et un panama de la même couleur- et arbore un long foulard sombre, la classe italienne. Il est accompagné d’un quintet classique : contrebassiste, batteur, saxophoniste (qui jouera aussi des congas et du piano), guitariste et vibraphoniste (ce musicien jouera aussi des ondes Martinot).

Lors de son précédent passage à l’Odéon, en 2016, Capossela était apparu costumé en « monstre de la nuit » pour évoquer des légendes campagnardes. Un souvenir impérissable. En 2019, pour son dernier passage lyonnais, il était à l’opéra de Lyon avec un grand orchestre. Avec lui, aucun concert n’est le même et il faut s’attendre à être surpris.

La voix tantôt âpre, tantôt câline a un effet instantané sur les spectateurs : les couples se serrent l’un contre l’autre, les gens dodelinent de la tête et du corps. Point de rock, de rythmes chaloupés. C’est du bon vieux jazz post-bop, avec des incursions vers le cha-cha-cha ou le boléro. À un moment il troque son chapeau pour une casquette de marin pour évoquer la « prophétie de la baleine » (un extrait de son album « Marinai, profeti e balene, 2012 »).

Sans comprendre la langue de Dante, on soupçonne qu’il se dit des choses importantes. A un moment, il se drape dans une bannière arc-en-ciel. Son dernier disque s’intitule Tredici canzoni urgenti (13 chansons urgentes, 2023).

Tantôt derrière un piano, jouant d’un accordéon ou grattant une guitare acoustique, le ton est parfois mélancolique, notamment quand il reprend « Estate », la chanson créée par Bruno Martino et popularisée mondialement par Joao Gilberto (et Claude Nougaro chez nous). Il évoque aussi un ami journaliste décédé qui couvrait le tour de France. Cependant, aucune pesanteur. L’homme est enjoué et rieur. Il évoque l’insouciance de la jeunesse : « sauter dans les flaques peut être incroyablement créatif. C’est quand on commence à les éviter qu’on s’aperçoit qu’on a grandi » (cha-cha-cha della pozzanghera).

Il alterne ballades et chansonnettes avec un bel entrain. Son « tube » Che Cosse L’amor (1992) déclenche une ferveur incroyable. Des petits gamins d’à peine 5-6 ans se trémoussent devant la scène. Une jeune femme a dansé inlassablement toute la soirée sur le côté gauche de la scène.

Pour le final, endiablé, tout le monde est debout. Così va la vita

Reportage, photos et vidéos : Patrick Ducher

Vinicio Capossela le 10 juin 2023 à Fourvière : extrait du concert