Abstraction, en ouverture des 15 ans du musée Dini

abstraction affInscrite dans le cycle Un été contemporain, la nouvelle exposition du Musée Paul-Dini, Abstraction, inaugure une année particulière, celle de son 15e anniversaire. Présentée à l’Espace Cornil, l’exposition propose la découverte d’œuvres emblématiques d’artistes régionaux, dont celles de David Wolle, de Gleizé. Par un accrochage particulièrement intelligent, mettant les œuvres en écho les unes par rapport aux autres, les visiteurs les moins avertis comme les plus connaisseurs y prendront le plus grand plaisir.

 

Constituée presque uniquement d’œuvres appartenant au Musée, à l’exception de 2 toiles de Jean Degottex, prêtées par le Musée de Brou, l’exposition offre une bonne introduction, à la fois didactique, inventive et vivante, à ce qu’est l’art abstrait.

C’est généralement à Vassily Kandinsky qu’est attribué la 1ere œuvre abstraite, en 1910, suivie de près par le Carré noir sur fond blanc de Kazimir Malevitch, en 1915. Libéré du motif, l’artiste peut s’intéresser au seul langage pictural : la forme, le mouvement, la couleur, ou encore la matière. Mais aussi laisser libre court à sa sensibilité, son émotion, sa spiritualité, en faisant bien souvent fi des techniques traditionnelles, sans penser à la future conservation des œuvres… Ainsi de 21-03-84, de Georges Adilon (Lyon), immense peinture sur papier – support particulièrement fragile – réalisée à l’aide d’un tissu accroché à un manche à balai, exemple typique d’« action painting » à la Jackson Pollock.

Pas une mais des abstractions

Plus qu’un style ou une période, l’abstraction est une manière de voir singulière, une sensibilité propre à chaque créateur. Il n’y a pas une mais bien des abstractions. L’exposition propose donc d’appréhender  quelques unes de ces abstractions, comme une manière de classifier les artistes présentés.

Outre l’« action painting » d’Adilon, on peut ainsi découvrir plusieurs œuvres mettant en avant le travail de la matière, telle Blanche, de Stéphane Braconnier (Lyon), qui utilise la cire pour « décliner de subtiles harmonies chromatiques autour de la lumière », des séries de  déclinaisons de couleurs, de Gordon Hart (Lyon – Four Part Painting) de Denis Serre (Isère) et ses Couleurs Innommables, ou encore les polyptiques de couleurs de Franck Chalendard (Haute-Loire), qui  dit des ses œuvres : « Si je n’avais pas peur de faire des raccourcis, j’intitulerais mes tableaux “portraits de peinture” »

Artiste bien représenté, avec 3 toiles, Jean Degottex (Sathonay-Camp), influencé par sa rencontre avec André Breton qui l’a initié aux  spiritualités orientales, explore, lui, l’art du signe, en écho à la calligraphie. Non pour le sens, mais pour la forme, le geste posé sur la toile, comme le montre son Art de l’épée.

Enfin, dernière forme d’abstraction présentée à l’Espace Cornil, celle qui lui associe une part de figuration, plus ou moins déformée ou intégrée dans des compositions fantasmagorique, comme les toiles très organiques de David Wolle (Gleizé). Ou encore comme les « sculptures-dessins » d’Isabelle Jarousse (Lyon). Conçues à partir de papier (fait-maison avec des fibres de coton) plié et froncé, ces étonnantes sculptures sont recouvertes de personnages, d’animaux, de végétaux miniaturisés à l’encre de Chine, qui s’insèrent dans les anfractuosités de la matière et décrivent le monde intérieur de l’artiste. L’intégralité de la surface de chaque œuvre est travaillé, même ce qui ne se voit pas, pour produire un subtil effet de voilé/dévoilé…

Plusieurs animations sont prévues pour des découvertes différentes de l’exposition, notamment à l’occasion de la Nuit Européenne des Musées, ou d’une Carte blanche, en partenariat avec le Conservatoire de Villefranche. Cette année du 15e anniversaire se poursuivra cet automne avec l’exposition Tentations. L’appel des sens (1830-1914) ou ce que les peintres aiment sentir, voir, toucher, écou­ter et manger…

Emmanuelle Blanchet

Abstraction, jusqu’au 18 septembre – Renseignements

 

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