La minuscule salle du Périscope rue Delandine (Lyon 2) était pleine comme un œuf, le 12 octobre 2018, pour accueillir le trio Blast venu présenter son 2ème album intitulé Drifting.

Le public jeune, mixte et enthousiaste a été subjugué par les sons hypnotiques développés par les claviers d’Anne Quillier, les clarinettes de Pierre Horckmans accompagnés de la batterie de Guillaume Bertrand. Ce concert fut en fait une véritable expérience sonore et visuelle puisque l’illustrateur Benjamin Flao a captivé l’assistance avec des dessins réalisés aux feutres et aux pinceaux et projetés en live sur un écran situé derrière le groupe.

Benjamin Flao - concert de Blast

Benjamin Flao en direct pendant le concert de Blast

Drifting, c’est l’errance en anglais. Les illustrations de Benjamin Flao ont embarqué les spectateurs-auditeurs dans un long voyage. Ceux-ci ont été transportés vers des territoires parfois inquiétants, tels un volcan en fusion, un bateau que l’on pense enchâssé dans une mer d’Aral aride, mais qui se transforme sous les coups de pinceaux furieux de l’artiste en des vagues déchaînés. Des personnages fantasmagoriques apparaissent et disparaissent : silhouettes en mouvement, animaux de terres désertiques, vieux indiens à la peau toute craquelée…

A un moment, on se croit à New York – des sons de klaxons sortent des claviers d’Anne Quillier – le long d’une grande avenue. En fait, quelque chose cloche. Le trait créée une 3ème dimension et on découvre soudainement une ambiance sortie du film « Le 5ème élément ». Puis l’écran se retrouve soudain plongé dans le noir et Flao créé un effet de lampe torche très cinématographique. Parfois, il créé une scène avec un immeuble en ruine, puis zoome sur un microélément isolé comme une silhouette au milieu d’un groupe. L’effet est saisissant et le public apprécie.

Qui rythme le concert ? Le dessin qui créé une atmosphère ou la musique qui ponctue furieusement certains coups de pinceaux ? Le trio est souvent tourné face à l’écran et découvre les formes au fur et à mesure. L’album sonne de façon complètement différente en live. Là où certains morceaux du CD étaient plutôt planants, voire lancinants, le live prend une toute autre dimension. On devient nous-mêmes des « drifters », on ressent une urgence à bouger – du moins à dodeliner de la tête pour marquer le rythme soutenu du magma musical qui se déroule devant nous, comme un processus ordonné. Généralement, le morceau commence calmement, puis le son des clarinettes de Pierre Horckmans traité électroniquement densifie le mouvement, conjointement aux nappes déroulées par Anne Quillier. Pendant ce temps, Guillaume Bertrand griffe une cymbale avec une baguette et on imagine une grille métallique de magasin qui se referme.

Au milieu de la tempête sonore et visuelle, une incongruité : une soucoupe volante apparaît sur un fond rouge sang. Les envahisseurs ont débarqué ! En fait, il s’agit d’un clin d’œil au film de SF de 1956 « La planète interdite » dont on entend des dialogues gentiment désuets en VF. La musique du coup se fait plus moelleuse, presque plus calme.

Les spectateurs agglutinés devant la scène sont en nage. Pas un brin d’air, l’atmosphère est irrespirable. On a parfois l’impression que l’on va défaillir mais on tient bon. L’effet est-il voulu ? Le trio a-t-il voulu donner l’impression d’une errance dans un lieu fixe ? On en ressort lessivés, mais contents.

Drifting (12€) est publié par le Collectif Pince-oreilles.
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Compte-rendu et photos de Patrick Ducher