Le clarinettiste Louis Sclavis connaît l’artiste plasticien Ernest Pignon-Ernest depuis 40 ans et a écrit plusieurs musiques autour de ses dessins et collages, notamment à Naples (2002). Il est venu présenter son tout dernier projet « Characters on a Wall » dans la petite salle lyonnaise du Périscope, prétexte à passer en revue plusieurs personnages emblématiques de l’œuvre de Pignon-Ernest.

La musique de Sclavis entendue vendredi pourrait très bien se fondre dans un film ou un documentaire. Elle occupe l’espace presque sans qu’on s’en aperçoive. Elle est raffinée, tout autant qu’exigeante. Le quartet composé de Benjamin Moussay (piano), Sarah Murcia (contrebasse), Christophe Lavergne (batterie) et Sclavis aux clarinettes joua la quasi-intégralité de l’album devant un public attentif d’amateurs.

Louis Sclavis

Le clarinettiste explique le travail de Pignon-Ernest entre chaque morceau, notant que certains de ses collages avaient été apposés dans l’ancienne prison Saint-Paul, devenue un campus universitaire. Il se demande si les étudiants savent que des gens y ont été torturés pendant la seconde guerre, avant d’entamer le morceau « Prison ». Le tempo est répétitif, comme pour suggérer la monotonie et l’ennui de la vie de détenu. Il prend aux tripes.
Sur « Darwich dans la ville », la musique est rapide, saccadée comme pour souligner le parcours de vie du poète palestinien.

Mais avant cela, il y eut aussi « Charleville-Paris-Aden » qui retrace le parcours d’Arthur Rimbaud. L’auditeur se laisse emporter par le flux gracieux de la musique. Il a le sentiment d’emprunter le pas de l’homme aux semelles de vent. Dans la salle, la chaleur est à la limite du supportable. La tout menue Sarah Murcia, entre deux pincements de cordes, se couche sur sa contrebasse. Lavergne et Sclavis sont en nage. Malgré tout, la musique continue, imperturbablement. Chaque solo, chaque morceau est salué par une salve d’applaudissements.

Sur « L’heure Pasolini », le clarinettiste décrit le dessin créé par le plasticien niçois : celle du réalisateur italien portant son propre cadavre à bout de bras après son assassinat sur un terrain vague à Ostie. Parfois, la musique devient bruitiste, saccadée, menée par le pianiste et le batteur. Ce dernier clôturera la soirée par un incroyable solo de plusieurs minutes.

« Pour moi, chaque image d’Ernest Pignon me donne un mouvement. J’ai plus l’impression de collaborer avec un danseur, par-delà l’esthétique de l’image. C’est le mouvement qu’elle engage » Louis Sclavis, au sujet des collages d’Ernest Pignon-Ernest

Photos et reportage : Patrick Ducher

Pour acheter la réédition récente en LP d’un des meilleurs disques du Louis Sclavis Sextet, Ellington on the Air, on peut visiter le site du label Ouch ! Records

Extraits video

A Vaulx Jazz 2019
Le projet Characters on a Wall