Comment parler, chroniquer, en langue vulgaire, journalistique, les mots de la poétesse, la sorcière, Catherine Serre ? Sorcière car elle réussit, avec ce premier livre, à rendre sa magie immémoriale à un organe méprisé, le placenta. La maison de Mues est un bijou délicat et fort, comme la voix si particulière, féminine et enfantine, mais bien campée dans ses convictions, de son autrice.

La maison de Mues, de Catherin
Le dessin de la couverture est aussi signé Catherine Serre

Le mieux : commencer par le début, expliquer la démarche. Le livre a été écrit pendant une résidence, en mars 2022, à la maison de la poésie d’Amay, en Belgique. Laquelle comprend parmi ses pôles d’activité, une maison d’édition historique dans le secteur de poésie francophone, L’Arbre à paroles. C’est elle qui édite l’ouvrage.   

Catherine Serre a finalisé là-bas l’ébauche imaginée en parallèle avec son travail  sur une installation nommée elle aussi maison de (MuEs), réalisée pour le maelstrÖm reEvolution fIEstival de Bruxelles.

Haute de presque 2 mètres, formée de fragments de draps de famille traités avec des procédés anciens de teintures et impressions, d’un cercle de roue de charrette et d’une structure en bambou, cette maison de (MuEs), mais aussi les panneaux de tissus brodés avec du texte (ou pas) – les expoèmes –  sont la matrice de son livre, manifeste féministe, qui passe par le lien à la mère.

Ainsi est né donc ce long poème, enquête presque policière sur le mot, l’organe, à la fois banal, parce que tout humain en est issu, et très méconnu : le placenta. Saviez-vous par exemple que cette « galette » hautement vascularisée est une émanation du fœtus ?

La maison de Mues, enquète historique

Catherine Serre raconte l’histoire du mot. Part « à la rencontre du mot » et à la rencontre d’un certain Théophile Gelée, médecin et traducteur qui en 1645 traduit l’ensemble des écrits sur la médecine en latin et grec en français de l’époque. Là, dans le huitième livre, au sujet de l’Histoire du fœtus humain, il « assigne placenta »

Placenta, mot latin d’origine grec qui signifie galette, est depuis l’antiquité au féminin. Pourquoi passe-t-il soudain au masculin pour nommer l’organe ?

Catherine suit la piste de Caton l’ancien, des secrets des matrones, transmis de mères en filles, des légendes des « Grands Vivants des Plaines » qui donnent le placenta en offrandes aux ourses…  Elle nous révèle surtout la fonction mystérieuse de la placenta, « la presque-nous », « la franche jumelle, compagne qui ouvre le chemin » et meurt lorsque l’on nait.

Ce long et splendide poème prend la forme d’un chant antique pour nous transmettre le plus beau des secrets venus de la nuit des temps : « la compagne dans l’ordre éphémère [nous initie] à tous les manques »

Emmanuelle Blanchet

A retrouver sur la chaine YouTube de Catherine Serre, les vidéos poèmes qu’elle a créé à l’occasion du FiEstival 2022.