PitcHH The Sinista, Nick L’Art’Son, Nick UDGS… Derrière ces pseudos, un unique individu : Nicolas Villemagne. Natif de Caladie, l’homme, comme c’est la coutume, n’est pas prophète en son pays, même si les choses commencent à changer. Il faut dire que son domaine d’activité – rap, hip-hop, vinyle – n’est pas forcément ce qui vient à l’esprit en premier quand on pense à Villefranche et au Beaujolais.

 

Depuis le 17 septembre 2005, date de ses 22 ans, Nick a pignon sur rue, celle de la Sous-préfecture, avec sa minuscule boutique spécialisée dans le disque vinyle. Une boutique historique, qui a déjà abrité un disquaire jusqu’au début des eighties, avec pierres apparentes, et 6 marches descendantes pour y accéder, d’où son nom : Underground store.

Nick UDGS avec Parish Smith (EPMD) - Photo Stéphane Bar

Nick UDGS avec Parish Smith (EPMD) – Photo Stéphane Bar

Ce petit écrin ouvert au compte-goutte est le camp de base de Nick. De là, et surtout de son stock attenant,  il déploie ses activités de vente de disques. Essentiellement sur internet depuis 2009, après les terribles inondations de novembre 2008 qui ont ravagé la ville, et l’Underground Store.

Si l’on précise « ses activités de vente », c’est bien sûr qu’il en a d’autres, et pas des moindres, animateur radio, DJ, tourneur, notamment de rappeurs américains… Dès lors, la question se pose : comment un ancien élève de Mongré, lycée privé bien sous tous rapports, en est arrivé là ?

Les choses commencent tôt. Par le gout de la collection, de cartes de basket et foot, aux bandes dessinées, en passant par autocollants, badges, pin’s, voitures miniatures, et films de Bruce Lee… Vient la  découverte du jeu vidéo, à 6 ans, grâce à sa grand-mère qui lui offre une Nintendo et puis, à l’adolescence, celle du… Skateboard.

Pour le commun des mortels il faut expliquer ce que cette découverte-là peut provoquer. Plus qu’une simple « planche à roulettes », le skateboard est un véritable mode de vie, une culture à part entière, avec ses codes, sa mode, et surtout, surtout, ses vidéos et sa musique.  Variée la musique certes, mais avec quand même une forte dominante rap et hip-hop.

Nick devient pratiquant. Comme tous les passionnés, il se donne à fond. Les choses s’enchainent. Il rencontre les bonnes personnes. Il apprend à mixer à 16 ans chez DJ Négatif (Cédric Darbord, responsable du site LyonHipHop.com). Autre étape importante dans la vie de notre héros : l’initiation au commerce. Alors qu’il achève les années lycée, il devient agent commercial de la maison de disque havraise Dîn Records, productrice notamment du rappeur Médine. Il trouve aussi un job dans le magazin H. Landers à la Part-Dieu, dont le boss lui permet d’écouter la musique qu’il aime toute la journée.

Parallèlement, il aide à la traduction  d’interviews pour If magazine version 69, travaille aussi pour Urban Act, fréquente les festivals – Printemps de Bourges, L’Original, etc. – où il tient des stands notamment pour La Sauce Urbaine, une asso de skate de Villefranche… Mais quand dort il ???

Nick UDGS sera tous les mois à Genève et à Londres, dans une boite de Camden

A chacune de ses expériences, il enrichit son carnet d’adresses, se perfectionne. Au point qu’ouvrir sa propre boutique devient une évidence qui se concrétise, donc, en 2005 avec l’ouverture de l’Underground Store.

La gestion d’un commerce de disques vinyles est loin d’être un long fleuve tranquille. Mais Nick se bat avec énergie, bouge beaucoup, pour fréquenter les salons du disque, notamment en Tchéquie.  Surtout, il a une idée géniale : faire sa promotion par l’événementiel. Il a commencé d’ailleurs très fort avec un concert de Hocus Pocus pour l’inauguration du magasin. Avec ses associations L’Evénement Ciel ou plus récemment 6 Feet Deep Entertainment, il fait venir régulièrement des pointures incroyables du rap international à Villefranche, la plupart du temps dans son minuscule local.

Il devient aussi animateur radio sur Radio Calade, une des plus anciennes radios restées libres de France. Il y aura d’abord l’émission Check The Sample en hommage aux samples et aux boucles puisés dans le Hip Hop, puis la très fameuse Le 6néma Du Sinista, consacrée au musiques de film. Depuis fin 2017, en compagnie de Ben Beck’Air, il anime, sous le pseudo de Nick L’Art’Son, L’Alphabet Du Rap Français, un concept original qui permet durant 2 heures, le dernier jeudi du mois, d’écouter du rap 100% extrait de la collection personnelle des animateurs. On lui doit aussi Wrecks On sur la radio hip-hop Gone Up

Il continue plus que jamais à mixer, se fait un nom, PitcHH (puis PitcHH The Sinista), enregistre des disques (offert, toujours pour la promo !) fait des tournées, seul, en France ou à l’étranger, ou comme DJ pour des rappeurs, notamment G.O.D. Pt. III en 2014/2015, Shabaam Sahdeeq, en 2016 ou Absouljah, en 2018.

Depuis 2007, enfin, il est tour manager. La première tournée qu’il organise est celle de RADIx un duo de Boston composé de Quite Nyce et Seek, qu’il a  rencontré à l’occasion du concert organisé à L’Atelier avec DAS EFX. « Ils avaient ouvert le bal en force », explique-t-il ! Il précise, qu’il ne fait pas pour l’argent :   » ça ne rapporte rien !  » Mais, dans le milieu, sa notoriété est considérable.

Il lui manquait une plus grande visibilité en temps que DJ dans sa ville natale. Le mal est en train d’être réparé : on l’a vu – et entendu – mixer à l’occasion de la fermeture du cinéma Rex, le 30 avril dernier, ou encore récemment dans une brasserie de la ville, ou au Foyer L’Accueil. On le retrouvera le 7 août et le 4 septembre au Plaisance.

Autant de beaux cadeaux pour les Caladois, quand on sait qu’il sera tous les mois à Genève et à Londres, dans un pub de Camden. Et qu’il rentre d’une mini tournée à New-York qui lui a notamment permis de réaliser un de ses rêves : jouer à la pétanque dans un parc new-yorkais !

Emmanuelle Blanchet

 

A lire aussi : les UDGS Chronicles (A propos des pépites de la boutique)