Rencontre avec Dominik Fusina, photographe-plasticien, auteur d’Hantérieur

Dominik Fusina

Dominik Fuisina devant une de ses créations exposées dans le parc Vermorel

Depuis le 17 septembre et jusqu’au 31 décembre, Villefranche rend hommage à l’industriel et inventeur Victor Vermorel. Entre colloque et mise en valeur des inventions du célèbre caladois, l’événement aurait pu être un peu fade sans Hantérieur, exposition des photographies de Dominik Fusina. Inspirées par la mystérieuse villa Vermorel, elles sont à voir dans son parc. Nous avons voulu en savoir plus sur la conception et la réalisation de l’exposition.

 

C’est en janvier 2015, lors d’une séance de photo dans la villa Vermorel avec Coraline Aillard, miss Beaujolais 2014, portant pour l’occasion une robe de Max Chaoul, que Dominik Fusina a un flash : le visuel d’un corps vêtu d’une belle robe blanche s’envolant dans la lumière lui apparait… Ainsi nait l’idée de réaliser cette série de photos fantomatiques. En se rapprochant de la municipalité pour obtenir l’autorisation d’utiliser la maison, Dominik Fusina apprend l’existence du projet Vermorel pour l’automne 2016. Son idée y est intégrée tout naturellement.

En quelques jours, il produit un synopsis sous forme d’une vingtaine de dessins – des crayonnés – des scénettes qu’il imagine. Pour chacun d’eux il a une vision globale de l’ambiance en matière de maquillage, costumes, etc. qu’il soumet aux stylistes, maquilleurs et coiffeurs pour travailler sur le rendu souhaité.

Le nom Hantérieur vient à Dominik Fusina en jouant sur les mots hanté, antérieur, intérieur.

Après un an de préparation, les premières séances commencent au printemps dernier et immédiatement le travail s’avère cohérent avec le caractère de la maison. Très vite aussi le nom Hantérieur vient à Dominik en jouant sur les mots hanté, antérieur, intérieur. Il évoque des esprits enfermés dans une maison hantée, contraints pour parler des moments clés de la vie de Vermorel de nous renvoyer des images ou plutôt des allégories. Plus de 150 clichés exploitables sont réalisés. Les 16 visuels clés choisis pour l’exposition sont conçus à partir de croquis extrêmement précis.

L’exposition, tient à préciser Dominik Fusina, est le résultat d’un travail d’équipe, d’une association de compétences entre Ness, make-up artist et hair stylist, Laurent Crépeaux, styliste créateur, Camille Pavailler, costumière, corsetière et accessoiriste, et Vanessa Galan (Les Secrets d’Aléna), créatrice de bijoux.

Mais, explique-t-il, « ce qui m’a inspiré, c’est tout d’abord  cette vision, puis le lieu, et tout un ensemble de petites choses, comme ce que je faisais à ce moment, l’ambiance de la lumière, le froid – il faisait vraiment froid dans la maison… J’ai imaginé quasi instantanément que ce seraient des femmes en robe un peu surannées, voire avec des corsets. Le côté fantomatique est venu dans un second temps, après avoir analysé la toute première vision, du corps qui flottait. Je me suis dit alors qu’il devait y avoir une raison à tout ça. Je ne pouvais pas proposer cette image sans explication. Surtout s’il devait y avoir une suite, une série. Il fallait qu’on comprenne qu’il ne s’agissait pas d’une femme « normale », mais d’un esprit. Et je voulais aussi que ce soit inédit. J’ai donc écarté tout travail sur les transparences, déjà vu. Je suis parti alors sur des images assez figées, avec des symboles et des éléments rappelant la vie antérieure de Vermorel. D’où l’idée de maquillages blafards fait à l’argile, de peau craquelées, donnant un côté un peu cadavérique. C’est d’ailleurs la première consigne que j’ai donné à la maquilleuse. L’idée des corsets était évidente aussi pour éviter l’effet défilé de mode. Pour moi les esprits féminins de la maison devait à la fois nous séduire et nous effrayer. Je voulais cette ambivalence, cette contradiction, comme les sirènes des marins qui attirent pour mieux couler. Ce qui a d’ailleurs un peu compliqué le casting. Il fallait des filles qui acceptent d’être plus ou moins dénudées, libres de tous soucis contractuels.

Après, difficile d’expliquer plus précisément comment j’ai conçu tout ça… Je travaille très vite. Dès que j’ai une vision, je la dessine, avec les détails de bijoux, etc. pour donner des idées, des pistes aux stylistes et créateurs. Je donne le plus de détails, je fais des fiches de travail, avec des annotations techniques. Il n’y avait pas d’inconnu. On commençait toujours pas créer fidèlement mes visuels. Ensuite on avait champ libre pour essayer d’autres possibilités. Mais sur les 16 visuels choisis au final, seuls 2 n’ont pas respecté l’idée de départ. »

Dès le départ, le nombre de support – les cubes placés pour l’occasion dans le parc Vermorel – était défini. D’où une légitime frustration que Dominik espère combler en éditant un ouvrage qui reprendra la genèse du projet et permettra de montrer les photos qui ne pouvait être exposées. Mais aussi de revenir sur l’histoire de la villa Vermorel, avec des photos de la maison, de montrer tout le travail artistique réalisé pour Hantérieur, et puis de décortiquer la technique avec des photos du off (certaines croustillantes, comme les séances de maquillage sous des couvertures à cause du froid !).

Le livre devrait sortir avant la fin de l’année. Si ça c’est pas une bonne nouvelle pour vos cadeaux !

Photos et interview Emmanuelle Blanchet