Un western crépusculaire et nostalgique imaginé par Gerald Forton et Philippe Cottarel (éditions Hibou, 2021)

Par Patrick Ducher

Beaucoup de garçonnets français des Trente Glorieuses [et de fillettes ! ndlr😀] ont forgé leur culture BD avec des illustrés tels que Spirou, Tintin, Mickey mais aussi Pif Gadget. C’est précisément dans les pages de l’hebdomadaire des éditions Vaillant qu’est né « Teddy Ted », un fringant cowboy solitaire. Plusieurs dizaines de récits ont été publiées entre 1963 et jusqu’en 1975. L’éditeur belge Hibou a eu la bonne idée de rééditer plusieurs histoires.

Et voilà que le héros revient dans un récit inédit imaginé par Philippe Cottarel. Ce dernier a proposé un scénario au dessinateur originel (à partir de 1964), Gerald Forton – dont le grand-père Louis a créé les fameux Pieds Nickelés. C’est Bob Morane qui a réuni initialement les deux compères. En effet, Forton a dessiné plusieurs histoires du héros créé par Henri Vernes, notamment « La vallée des crotales » ou « L’Epée du paladin » que le scribe a découvert dans un magazine féminin que lisait sa grand-mère ! Quant à Cottarel, il a imaginé le personnage de « Caro », qui évolue dans l’univers des romans de Richard Colombo, le duo étant adoubé par Vernes en personne.

Philippe Cottarel (g.) et Patrick Ducher (Photo : Yannis Cottarel)

Philippe Cottarel (g.) et Patrick Ducher (Photo : Yannis Cottarel)

« Reprendre un personnage est un processus très casse-gueule » me confiait Philippe lors d’un après-midi passé dans son antre. « Faut-il plaire aux fans, au créateur originel, suivre son instinct… ? ». Justement, l’histoire est née de multiples échanges via Skype et Messenger entre la Normandie – où il réside – et le ranch californien de Gerald.

« Les premiers crayonnés remontent à janvier 2017. Je n’ai consulté qu’assez peu de récits originaux, plus pour m’imprégner d’une ambiance car je ne suis pas un expert du western. Au final, j’ai suivi mon envie : raconter une histoire de cow-boys ! » m’a raconté Philippe. De son côté, Forton est viscéralement attaché à la véracité des postures, des gestes, des mouvements. A 90 ans, le bonhomme continue de monter régulièrement à cheval ! Ce n’est pas n’importe qui : il a été storyboardeur à Hollywood notamment sur les films Prince Vaillant et Toy Story 1.

Là où les récits d’antan de Teddy Ted restaient de facture classique, cette histoire-là est plus « adulte ». Il y a bien sûr des revolvers, des méchants et de belles héroïnes, mais le héros a bien vieilli. Il apparaît nostalgique, voire mélancolique et on en découvre petit à petit l’explication. L’encrage, très appuyé, de Cottarel dramatise la teneur de l’histoire qui se lit avec plaisir.

La BD existe en deux versions : tout d’abord l’édition standard, avec une couverture souple (19€). Je recommande chaudement la (luxueuse) édition cartonnée (79€). L’objet en lui-même évoque les BD d’antan, avec son joli dos toilé rouge. Ensuite, cette édition comprend des ex-libris signés par les auteurs, une interview exclusive réalisée par Rémy Gallart et un album de 60 pages composé du storyboard, du récit crayonné intégralement par Gerald Forton et de divers croquis.

Extrait du story board de Teddy Ted 1899 Deadstone

Un extrait du storyboard

A cet égard, le storyboard donne une « vue de l’intérieur » fascinante sur le déroulé du récit. C’est Forton qui a mis en scène le scénario imaginé par Cottarel qui, ensuite, en a réalisé l’encrage. C’était une première pour Forton. Je recommande personnellement la lecture de l’album en alternance avec le storyboard. On repère ainsi quelques petites digressions microscopiques et pourtant pleines de sens. Nota : on peut commander le storyboard séparément (20€).

Plus d’infos sur le site de l’éditeur (Hibou) :