Voyageurs Immobiles : Horizons Sancy

Horizons Sancy, 10e édition du festival de Landart en Auvergne – (Juin/septembre 2016)

Reportage de notre envoyé spécial Patrick Ducher

w-affiche-page-edition2016Les clichés, alimentés par les slogans publicitaires, ont la vie dure. Oui, l’Auvergne est un grand plateau de fromages sur un territoire peuplé de volcans où coule l’eau de Volvic. Mais c’est aussi – et surtout – une région aux paysages grandioses, aux bois mystérieux, aux cascades rafraîchissantes.

Devenu un rendez-vous incontournable du land art en France, le festival “HorizonsSancy” fête en 2016 sa dixième édition. Porté par l’Office de Tourisme et la communauté de communes du Massif du Sancy, le festival met en valeur de façon originale des endroits souvent majestueux tout en impliquant les populations locales.

Le principe quasiment est le même depuis le début : dix lieux sont investis chaque année par dix artistes ou binômes d’artistes – choisis sur candidature – qui intègrent une oeuvre dans un environnement particulier.

C’est la destination idéale pour qui souhaite passer un week-end prolongé en en prenant plein les yeux !

Horizons Sancy 14-16-07-2016

Première oeuvre du périple : Khejri, pour les arbres (1) de Vincent Barré et Chiman Dangi installée aux Grottes de Sapchat, à Saint-Nectaire. Nichée le long d’un minuscule chemin campagnard, on découvre une espèce de monolithe recouvert d’un fi lm argenté portant des inscriptions en français et en hindou. Fruit d’une rencontre entre un plasticien indien et un sculpteur français, l’oeuvre est une réflexion sur les questions d’environnement, la place de l’arbre et son rapport avec la présence humaine. Son nom est associé au combat de villageois qui se sont opposés en 1731 à l’abattage de leurs arbres (Khejri) par un sultan qui voulait en faire un palais.

The Rhythm of Wind (2) de Varvara & Mar est implantée sur une colline près de Beaune-le-Froid. L’oeuvre fait face à des montagnes, on se croirait un peu dans un western spaghetti. Une gigantesque girouette (plus de 5 mètres) se découpe à flanc de colline. Les artistes ont de quoi surprendre : on ne s’attend pas à une telle démarche de la part d’une estonienne diplômée en médias digitaux et d’un espagnol spécialiste de jeux informatiques. La girouette est couplée à un métronome lui-même alimenté par les mouvements du vent. Une invitation à prendre conscience de l’environnement et du temps.

Tentative d’Evasion (3) du plasticien strasbourgeois Vincent Chevillon est localisée en haut du Puy de Pertuyzat,  à Besse. Les visiteurs ont rendez-vous avec un drôle d’arche de Noé. La silhouette d’un bateau en construction se détache sur le ciel alors qu’on arrive par un chemin d’accès escarpé. Le jour de la visite, le vent, les nuages rendaient le lieu sépulcral, donnant à l’oeuvre toute sa signification : un bateau immobile qui semblait attendre un déluge improbable… Clin d’oeil également à “Vendredi ou les limbes du Pacifique”, le livre de Michel Tournier dans lequel Robinson construit un bateau trop loin de la mer. Alors, on ferme les yeux et on se prend à rêver d’un voyage transatlantique tout en restant immobile les cheveux au vent.

Horizon 1200 dpi (4) est une oeuvre de de l’Atelier 37.2 installée devant le Puy de Paillaret,  à Picherande.  Un simple panneau de bois avec des croisillons de couleurs se transforme lorsqu’on  se place face à la montagne en un écran qui suit le contour du sommet. L’énigme est enfin révélée ! L’oeuvre comme une fenêtre sur le paysage et l’environnement à l’heure du tout numérique.

Horizons Sancy 14-16-07-2016 Sustainable Cinema (5) de l’américain Derwin Scott Hessels  consiste en cinq rouleaux métalliques recouverts d’un film plastique immergés dans un petit ruisseau près d’Egliseneuve d’Entraigues. Lorsqu’il  y a assez d’eau, le courant entraîne les roues qui offrent le spectacle d’un microcinéma d’animation. Les enfants aiment beaucoup.

Nil Novi Sub Sole (6) (“rien de neuf sous le soleil” en latin) du duo Quentin Hatry & Julien Boucq  est installé dans un lieu extraordinaire, au Pic Saint-Pierre à Saint-Pierre Colamine. L’endroit se mérite : situé en haut d’un chemin pierreux et ardu, il faut avoir de bonnes chaussures. Mais une fois arrivé, pour peu que l’on soit seul et que la matinée ne soit pas trop entamée, on se sent au paradis. L’oeil fait un 360° et découvre des montagnes et des vallons à perte de vue. Puis il découvre une minuscule chapelle, sortie de terre on ne sait comment. Enfin, le promeneur remarque une installation circulaire en bois qui se fond littéralement dans une minuscule cour adjacente à la chapelle. On remarque une installation circulaire en bois composée de plusieurs marches, on descend au centre et on s’asseoit nonchalamment. Les architectes ont voulu faire revivre les veillées auvergnates d’antan,  en s’inspirant aussi des thermes locaux. Des tombes recouvertes d’herbe semblent veiller sur les lieux. On se laisser aller à rêver. Tout et calme. À côté de la station thermale de La Bourboule, au Bois de Charlet,

Aequilibrium Singularis (7) de Michel- Marie Bougard  se présente sous la forme d’un gigantesque mobile argenté de près de 10 mètres de haut. Un vent timide fait se mouvoir silencieusement les divers étages de l’édifice fragile. L’oeuvre, là encore, se fond remarquablement avec son environnement peuplée d’arbres, de mousses, de racines. “Un arbre, bien que fixe, n’est pas immobile” pour le botaniste Francis Hallé  dont s’est inspiré Michel-Marie Bougard,  architecte de formation et concepteur de cerfs-volants très concerné par l’écologie.

Reliefs (8) du duo de sculpteurs Clara Gallet & Guillaume Dronne est probablement l’installation dans le lieu le plus panoramique du parcours : sur le Pré sous le Pic du Capucin, au Mont-Dore, les promeneurs arrivent la langue pendante devant un amalgame constitué de lames de pins Douglas. Reliefs est inspiré de la volumétrie du Puy de Sancy. L’oeuvre permet de mieux appréhender notre rapport à l’échelle du paysage en ramenant la montagne à des proportions “humaines”. L’oeil se perd tout en bas de la vallée de Chaudefour,  remonte sur le Sancy le Puy de Chambourguet,  remarque un deltaplane… Les plus courageux vont continuer l’ascension tout en haut du pic. Les autres redescendront, les genoux en feu mais heureux d’avoir contemplé l’immensité.

Panorama (9), conçu par Elodie Boutry est une oeuvre protéiforme nichée en haut de la Roche Nité, à proximité du Valbeleix. On y accède par un petit chemin qui permet d’admirer un paysage magnifique de simplicité : vieux poteaux de bois délimitant des champs d’herbe folle, un arbre se dessine sur l’horizon… On découvre des panneaux multicolores de 10 mètres de long surgissant de nulle part. Le visiteur pénètre dans la structure de bois où sont aménagées des ouvertures sur le Sancy à perte de vue. Chaque ouverture permet de découvrir une “carte postale” différente : champs, montagne, vallée… Il fallait conclure en beauté et ce fut fait avec

Le Tabou du Terrier (10) de Julien Amillard installé dans les Grottes de Chateauneuf, au dessus de Saint-Nectaire. Dernière oeuvre du périple, ce fut aussi la plus dure à atteindre à cause de la chaleur et d’un chemin caillouteux en lacet. Qu’importe, arrivés au sommet, les randonneurs sont frappés de nouveau par les montagnes alentours. Ces grottes troglodytes auraient été peuplées il y a 4.000 ans. À la fois lieu de vie et de surveillance, on a du mal à imaginer comment il était possible de survivre dans un tel environnement. Les peintures modernistes (un Stormtrooper de Star Wars !) de Julien Amillard se veulent un pastiche de la copie de la grotte Chauvet.

Deux jours et demi pour réaliser ce périple, en prendre plein les yeux, se ragaillardir avec des parts de “pompes” (tartes) aux pommes (11) ou aux myrtilles, de saucissons aux figues, au bleu, aux noisettes, au fromage(12)…

Les oeuvres sont exposées jusqu’au 25 septembre.

Plus d’informations : le site de Horizons Sancy

CR et photos (C) Patrick Ducher