Louis Chedid & Jane Birkin, un invité de marque le temps d’une chanson, l’ombre de Gainsbourg… Vous avez raté cette mythologique Nuit de Fourvière ? Patrick Ducher vous en fait le récit 

Louis Chedid et Jane Birkin, c’est l’une des premières grosses affiches des Nuits de Fourvière. Et elle se mérite. Il fallait en effet montrer patte blanche, c’est-à-dire être muni d’un test PCR négatif, pour pouvoir rentrer dans le théâtre antique. Les spectateurs étaient pour la plupart munis de masques pour faire la queue. Ils allaient le tomber assez rapidement, pour le plus grand bonheur de l’interprète de « T’as beau pas être beau », heureux de voir enfin des visages. Le théâtre est rempli aux trois-quarts, le parterre assis étant réservé aux partenaires. On sent une réelle ferveur et c’est une salve d’applaudissements qui accueille le papa de -M-

Birkin & Chedid - 2 juillet 21 - Nuits de Fourvière

Chédid fait son entrée sur scène à la guitare acoustique, accompagné de quatre musiciens. Il encouragera pendant tout le concert les spectateurs à se lever, à danser (flamenco, cha-cha-cha…), pour le plus grand plaisir d’une petite congrégation de pré-ados, trop heureux de se lâcher sur God save the swing notamment. La voix doucereuse du chanteur colle parfaitement à la soirée. Il fait bon, pas trop chaud. « Tiens, il ne pleut pas » note-t-il avec amusement. Chédid fait partie de ces chanteurs qui ont accompagné une génération d’auditeurs des années 80 avec une flopée de tubes. Il les joua tous ou presque, devant un public aux anges. En l’écoutant d’une oreille attentive, on se rend compte, aussi, que derrière certaines mélodies gentilles se cachent des textes prémonitoires. Sur « Le cha-cha de l’insécurité » : « Le monde entier est un cauchemar. Toutes ces angoisses qui nous contaminent (…) Le Chachacha d’la panique organisée, Le chacha chacha morose ». Ou comment faire passer un constat terrifiant sur un air sud-américain enjoué.

Louis Chedid sur la scène des Nuits de Fourvière - Juillet 21
Louis Chedid

En période de crise, Chédid exhorte les gens à être vigilants et à ne pas céder aux manipulations de l’esprit par une frange extrême de l’échiquier politique. Il interprète l’emblématique Anne, ma soeur Anne dans un silence de plomb, accompagné d’un tonnerre d’applaudissements. « beaucoup d’indifférence, de patience malvenue Pour ces anciens damnés, au goût de déjà-vu, Beaucoup trop d’indulgence, trop de bonnes manières ». Pour apaiser l’ambiance, il remarque que certains mots en apparence tristes peuvent se révéler comiques si on les chante à gorge déployée. C’est ce que font les gens sur Triste et malheureux comme la pierre, une chanson de fin d’amour qui devient un hymne baroque.

Soudain, un pupitre apparaît devant lui. Il a besoin des paroles d’une toute nouvelle chanson écrite pendant le confinement. Prétexte à exprimer le manque ressenti par l’artiste devant l’absence de public, et le plaisir à le retrouver. Applaudissements émus. Standing ovation. Et gorge serrée pour le final On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime. Ainsi soit-il…

La scène est incandescente pour l’arrivée de « la » Birkin. On reconnait les notes de Je t’aime, moi non plus… mais elle trompe son auditoire en entamant la soirée justement avec Jane B. : « Yeux bleus, cheveux châtains, Jane B. Teint pâle, le nez aquilin … » L’ombre de Gainsbourg plane évidemment sur la soirée et la chanteuse anglaise puisera largement dans le répertoire de feu son illustre ex-mari. Salve d’applaudissements lorsqu’elle égrène quelques titres de Melody Nelson, album culte sorti il y a exactement 50 ans. Le public est captivé.
Par la suite, c’est un véritable « bestof » nostalgique qu’elle va dérouler, ce qui va ravir un petit groupe de gays/gais connaisseurs derrière nous qui commentait chaque tube avec enthousiasme. « Ex-fan des sixties, petite baby doll, Comme tu dansais bien le rock’n’roll… » et tout le monde de reprendre en choeur … « Disparus Brian Jones, Jim Morrison, Eddie Cochrane, Buddy Holly, Idem Jimi Hendrix, Otis Redding… ». Au passage, elle ajoute Lou Reed à cet inventaire à la Prévert d’artistes disparus.

Son groupe est épatant. Il joue un pop-rock nerveux, inspiré, avec de superbes arrangements. Baby alone in Babylone, Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve Les dessous chics… ; Serge savait que Birkin serait la voix parfaite pour sublimer ses textes. Une chanson en anglais extraite du dernier album  Catch me if you can dont on comprend « Will ou protect me from the fear of growin gold, Will you hold me when the others go? »
Mais il n’y a pas que Gainsbourg. Jane évoque une pièce de théâtre qu’elle a écrite en 1998. Il aura fallu vingt ans pour concrétiser une chanson, mise en musique par Etienne Daho. Tonnerre d’applaudissement quand la silhouette de ce dernier se dessine derrière elle, discrètement, aucun spot de lumière, mais c’est bien ED. « Oh! Pardon tu dormais… Ouais, tu m’as réveillé …T’aurais pu m’empêcher d’un mouvement de ta main … J’n’aurais pas commencé, tu aurais dû me dire « Reste, je te garderai ». Big Hug et salut de Daho. Il ne reviendra pas mais, le temps d’une chanson, il a électrisé la soirée.

Pour faire écho à cette collaboration – Daho a produit le dernier album de Birkin sorti en 2020 – elle chante son tout nouveau tube Les jeux interdits. Et ce sont 3OOO personnes qui susurrent des « La-la-la la-la-la » alors que quelques gouttes de pluie commencent à tomber.

Une main dans la poche gauche de sa veste noire, l’autre tenant le micro, elle salue le public d’une courbette gracieuse et discrète. Jane B. nous salue bien.

Patrick Ducher


Des extraits du concert de Louis Chédid :

Et de Jane Birkin :