Hommage à Zwy Milshtein

Hommage à Zwy Milshtein

Ce 16 mars,  le théâtre des Célestins rend hommage à l’artiste Zwy Milshtein, décédé le 4 février dernier. Le théâtre garde de lui l’extraordinaire rideau de scène qu’il a peint en 2014.  Une occasion de publier à nouveau un entretien réalisé dans son atelier, par un beau soir d’été 2013. Internationalement reconnu, né en Union Soviétique, à Kichinev, Zwy Milshtein vivait à Paris mais avait son atelier dans notre région, à Gleizé.

Avez-vous toujours eu envie d’être peintre ?
Zwy Milshtein : Oui, depuis que je suis né, je n’ai jamais eu envie de faire autre chose. A un moment donné, quand j’étais au lycée, je me suis dit que peut-être la physique nucléaire, les mathématiques… Mais c’était juste un rêve qui ne s’est jamais réalisé. En fait, j’étais déjà dans la peinture. Je fréquentais les ateliers de peinture depuis l’âge de 7 ou 8 ans. J’étais à Tbilissi, en Géorgie, et j’allais dans l’atelier de peinture du palais des Pionniers.

Aviez vous un maitre qui vous a influencé ?
Z M : Non, à l’époque pas vraiment, je ne connaissais pas assez la peinture. Mais, naturellement comme je vivais en Union Soviétique, les grands maitres c’était Gerasimov et beaucoup d’autres qui peignaient Staline avec des bouquets de fleurs, des enfants, des prolétaires qui font la révolution… Il y avait quand même des choses intéressantes. Ensuite, j’ai découvert en 1942-1943, qu’on avait réouvert les églises. Avant en URSS, la religion était complètement bannie. Au milieu de la guerre, il fallait un peu de patriotisme… Donc, pour la première fois, j’ai vu des icones. Cela m’a beaucoup interpellé. Et il y avait la peinture russe, d’avant les Soviets, Repine et Sourikov, mais aussi Levitan et Vroubel.

Après guerre, on a réussit à sortir d’URSS, et nous sommes allés en Roumanie. Là, j’ai découvert la peinture occidentale. Ce n’était pas encore la peinture moderne, c’était plutôt l’impressionnisme, et puis, comme la Roumanie était sous influence soviétique, la peinture l’était aussi, mais plus libre, plus reliée à l’art contemporain. J’y ai vu pour la première fois quelques images de Picasso, mais uniquement de la période bleue, quand il était encore un bon garçon…

Zwy Milshtein : Ma définition d’une mauvaise peinture c’est une peinture achevée. Mais en réalité il n’y a pas de mauvaise peinture car on peut toujours la retravailler

Ensuite, on a immigré en Israël, avec une étape à Chypre… Sur tout ce que vous me demandez, j’ai écrit des petites choses. J’ai une petite histoire sur Chypre : Paradis ou enfer. Pour moi c’était un paradis parce qu’il y avait pleins de choses à manger, j’avais le temps d‘apprendre la peinture, la sculpture etc. Mais pour un copain à moi, c’était l’enfer, parce que les architectes britanniques qui ont construit ce camp à Chypre en ont fait la copie conforme des camps nazis. Comme lui était un rescapé, il a piqué une crise de nerf. Il ne voulait pas rentrer, il se tapait la tête contre le sol en hurlant. Je n’ai compris qu’après ce qui lui était arrivé… C’est en Israël que j’ai connu la peinture de Braque, Matisse, Soutine, et les autres.

Quelles sont vos sources d’inspiration ? Avez-vous des sujets de prédilections ?
Z M : Je ne sais jamais ce que je vais faire. Je commence à peindre… Je ne pense pas. Je ne sais même pas ce que je peins. C’est après, une fois que la toile est finie, que je lui trouve un titre, et tout ce que vous voulez. Mais pas avant.

Pourtant on retrouve souvent les mêmes éléments dans vos toiles…
Z M : Oui, c’est vrai. Mais la vodka n’a pas de couleur !

Donc, quand vous commencez une toile, vous ne savez pas ce que vous aller peindre. Mais savez-vous quand elle est finie ?
Z M : Une toile n’est jamais finie. Ma définition d’une mauvaise peinture c’est une peinture achevée. Mais en réalité il n’y a pas de mauvaise peinture car on peut toujours la retravailler.

Il n’y a surtout rien de mauvais chez cet artiste, cet homme fragile et fort, poignant et drôle, éternel enfant avec l’expérience d’un homme qui  a tant vécu, cet artiste  chez qui « tout fait art » selon l’expression du sculpteur Jean-Michel Debilly.  On peut, pour le retrouver un peu, lire Vodka, Harengs et quelques larmes.  Le livre est à son image, tragique et plein d’humour, magnifiquement écrit et illustré. Edition Slatkine

Emmanuelle Blanchet

Doc quoi de 9 : c’est parti pour 3 semaines !

Doc quoi de 9 : c’est parti pour 3 semaines !

La 11e Biennale du documentaire, Doc quoi de 9, se déroule au cinéma Les 400 Coups de Villefranche du 4 au 24 mars. Au programme : des avant-premières, des invités, des soirées spéciales. Et surtout un panorama varié de l’état du monde vu par les meilleurs documentaristes.

Doc, quoi de 9, 11e du nom, fête cette année son 20e anniversaire, alternance avec le festival Féminin Pluri’elles oblige. Pour l’occasion, ce sont 14 longs métrages, 3 courts métrages, des avant-premières, des invités, notamment le cinéaste Nicolas Boukhrief, des séances débat, des séances dédiées au jeune public, mais aussi du documentaire de patrimoine avec deux films mythiques – Nanouk l’Esquimau et Le Temps du ghetto – qui sont proposés.

affiche du film Botero

La soirée d’ouverture ce 4 mars est consacrée à la peinture avec Botero, film de Don Millar (Canada, Colombie ; 2020), introduit par une présentation de Guy Reynaud sur la manière dont le cinéma a abordé la peinture. Philippe Merlo-Morat, agrégé, professeur des Universités à l’université Lumière Lyon 2, spécialiste des arts et littératures (domaine hispanique) et président de La Villa Hispanica à Cogny, présentera l’œuvre de Botero, artiste le plus exposé au monde.

Parmi les huit autres séances spéciales programmées citons celle du mardi 10, à 20h. Le professeur d’histoire Bruno Fouillet présentera ce monument de la mémoire qu’est Le Temps du ghetto de Frédéric Rossif (1961), l’histoire du ghetto juif de Varsovie, depuis sa création jusqu’à la sanglante répression de 1943, lorsque sa population se souleva contre la barbarie des nazis. Réalisé par un des maitres du documentaire français, le film mérite d’être redécouvert, notamment par les jeunes générations, sur grand écran.

Doc quoi de 9, huit séances spéciales

Mercredi 11, à 18h30, le film Empathie du réalisateur espagnol Ed Antoja (Espagne ; 2020) sera présenté en avant-première. Son thème : Ed doit réaliser un documentaire sur le bien-être animal pour tenter de faire bouger l’opinion publique. Complètement étranger à cette question, il va d’abord s’immerger dans le monde de la cause animale et du véganisme. Cette aventure singulière va remettre en question ses habitudes de
consommation et son mode de vie… mais jusqu’à quel point ?

Etant donné la thématique, la séance sera suivie d’une dégustation conviviale de mets vegan proposés par Charline et Carole du Foxy Factory, la cantine végétalienne de Villefranche. Attention, cette séance se fait sur inscription (Soit au guichet du cinéma, soit sur son site) pour des raisons évidentes de préparation !

Le 20, à 14h30, Nicolas Boukhrief, réalisateur notamment de Cortex et de Le Convoyeur viendra présenter Nanouk l’Esquimau de Robert J. Flaherty (1923), l’un des films qu’il conseille dans son ouvrage 100 Grands films pour les petits. A 18h, il sera à la médiathèque pour parler de ses films et de sa cinéphilie. En soirée, il présentera son dernier film en date, Trois Jours et une vie.

Le 23, la journaliste Laura Caniggia, venue spécialement d’Argentine, présentera le film Femmes d’argentine de Juan Solanas (Argentine, France, Uruguay ; 2020) sur le combat des féministes de ce pays pour la légalisation de l’IVG.

A ne pas manquer aussi, même si programmés sans animation, trois documents exceptionnels : Cyrille, agriculteur, 30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, des dettes de Rodolphe Marconi (France ; 2020), La Cravate de E. Chaillou, M. Thery (France ; 2020) et Le Capital au XXIe siècle de J. Pemberton, Thomas Piketty (France, Nouvelle-Zélande ; 2020), tiré de l’ouvrage à succès de l’économiste, et présenté en sortie nationale.

Programme complet sur le site du cinéma Les 400 Coups

Deux ouvrages pour (re)découvrir l’histoire de Villefranche

Deux ouvrages pour (re)découvrir l’histoire de Villefranche

Tous les ans, depuis près d’un siècle et demi, la fête des Conscrits de Villefranche déverse sa vague d’hommes en noir et jaune mimosa le dernier dimanche de janvier. Cela méritait qu’on se penche sur son histoire. Jean-Jacques Pignard, agrégé d’histoire et maire de la ville durant trois mandats, s’en était magistralement chargé. Publié en 1988, son ouvrage, depuis longtemps introuvable en librairie, vient d’être réédité par les éditions du Poutan, avec de nouvelles illustrations.

Couverture de Les Conscrits de Villefranche en Beaujolais

Si la réédition des Conscrits de Villefranche en Beaujolais en ce début d’année, est un véritable événement, c’est que Jean-Jacques Pignard s’y était toujours refusé, par manque de temps pour une réactualisation, et par crainte de trahir l’esprit de l’original. Jacques Branciard, directeur des éditions du Poutan l’a finalement convaincu en lui proposant tout simplement de reprendre le texte original… qui se suffit largement à lui-même.

On entre dans le livre comme dans un roman. Divisé en trois parties, l’ouvrage relate l’histoire de la fête, liée à la conscription et au tirage au sort, qui, durant tout le XIXe siècle, décidait qui ferait ou non son service militaire. En expliquant pourquoi Villefranche s’est singularisé des autres villes de France : c’est ici et nulle part ailleurs, en 1882, que les plus âgés ont commencé à se joindre à leurs cadets. Pour commémorer tous les dix ans leur propre tirage au sort. Sans doute aussi pour profiter eux aussi des festivités, qui au fil du temps prennent de plus en plus d’ampleur, en se codifiant.

Ces codes, justement, sont étudiés en détail par Jean-Jacques Pignard. Retraite au flambeau, costume, cocarde, couleur des rubans, gibus, bouquet, chanson de la classe, jour des femmes, vague, discours, banquet, retinton, enterrement, mardis des lycées… Tout ce vocabulaire de la fête qui parle au cœur de chaque caladois est passé en revue avec de nombreuses et riches anecdotes. On s’attardera, entre autres, avec délice sur les descriptions des impressionnants menus.

Le livre s’achève sur des réflexions sur le sens profond de la fête, son côté mélancolique et tragique, mais aussi sur son devenir et son aspect économique.

Villefranche-sur-Saône, une histoire en Beaujolais : la somme qui manquait sur l’histoire de Villefranche.

Couverture de Villefranche sur Saône une histoire en Beaujolais

En complément de ce livre, ou pour les passionnés d’histoire locale et de beaux ouvrages, les éditions du Poutan ont publié à l’automne dernier un autre incontournable : Villefranche-sur-Saône, une histoire en Beaujolais, signé Philippe Branche et Jean-Philippe Rey. Très richement illustré par les photos de Alain Jean-Baptiste et de très nombreux documents, avec une mise en page originale – qui permet notamment de découvrir maison par maison toute la rue nationale – cet ouvrage est la somme qui manquait sur l’histoire de Villefranche.

Les deux auteurs, historiens émérites – Philippe Branche, membre de l’Académie de Villefranche, travaille à la maison du Patrimoine et est le meilleur spécialiste des fonds documentaires et iconographiques consacrés à la région, Jean-Philippe Rey est édité chez Perrin où il a notamment pris la suite de Jean Tulard – ont aussi fait appel à différents spécialistes de l’histoire locale : Jacques Branciard, Jean-Claude Durand-Boguet, Jeanine Meaudre, Laurence Petit, Daniel Rosetta, Michel  Rougier, Simone Vogelgesang.

Contrairement à la majorité des précédents ouvrages consacré à Villefranche, ils ne font pas débuter son histoire à sa création officielle au début du XIIe siècle par les sires de Beaujeu. Ils remontent à la préhistoire : dans le secteur de Béligny, qui ne sera intégré à la ville qu’en 1853, on a trouvé des restes d’animaux préhistoriques, mais aussi des vestiges gallo-romains. Ils redonnent aussi de l’importance à Limas puisque c’est à partir de son château que le territoire de la ville se forme.

Une étude des grands domaines, Ponbichet, Fongraine, Belleroche, et des quartiers originels, permettent de comprendre, comment la ville s’est structurée, de la fameuse nef du centre historique à aujourd’hui, sous l’influence d’un fort développement économique et urbanistique.

Construit chronologiquement, le livre est résolument pédagogique, pour s’adresser au plus grand nombre. Mais les lecteurs avertis ne sont pas oubliés avec la proposition de nouvelles pistes historiques et de nombreux portraits de personnalités méconnues.  

Emmanuelle Blanchet

Plus d’infos : poutan.fr

Feel of Floyd : Looking for my Generation

Feel of Floyd : Looking for my Generation

C’était ma seconde expérience du tribute Feel Of Floyd après un passage épique – pour cause de chaleur étouffante – à Viriat (01) devant 700 personnes le 14 septembre dernier. Cette fois-ci, la configuration était plus petite (450 personnes dans une salle des fêtes accueillante) à Vonnas (01), mais l’enthousiasme du public restait inchangé.

Feel of Floyd - Vonnas fév 2020

Ce qui m’a marqué, c’est la diversité : sexas, quinquas, quadras, trentenaires mais aussi pas mal d’ados (le spectacle était soutenu par une association d’écoles laïques et une armée de bénévoles). Une bonne occasion de faire découvrir (et perdurer) la musique floydienne. La setlist a été resserrée par rapport au précédent concert – le groupe m’a confié backstage que son élaboration était toujours un sujet délicat… – sans impact sur la fluidité générale du show. L’occasion de souligner le boulot des pros, Christophe Thenon (son) et Yannick Ghignon (lumières), ce qui n’est pas évident dans ce type de lieu.

Signalons la première partie efficace d’un duo de reprises rock-blues (Deep Purple, Led Zep, Dire Straits, mais aussi Bill Deraime et Téléphone) : le duo Frenchy (Eric Potapenko au chant et Guillaume Pocheron à la guitare, qui fait aussi office de backline pour Feel of Floyd).

Le répertoire choisi des Floyd intègre aussi des titres moins courants

Si le répertoire choisi ne surprend pas – mélange de tubes attendus et de morceaux emblématiques – il intègre aussi des titres moins courants tel qu’un Young Lust impeccable, avec une basse furieuse, et Have A Cigar. La recréation du début de Welcome To The Machine est un bel effort.

Au chant principal et claviers, Julien Ferrand se charge à la fois des voix de Gilmour et Waters avec efficacité, soutenu par Xavier Mallamaci, tel un Guy Pratt hurlant sur Run Like Hell. Il ne faut pas oublier Great Gig : la vocalise spatiale a remarquablement tenu le choc grâce à Sabine Garcia, qui assure seule comme une grande ce morceau d’anthologie. Pierre-Victor Ferrand martèle sa batterie avec force, pendant que Xavier Lambert – également aux claviers et à la direction de groupe – se lance dans un solo de sax inattendu sur Another Brick. Et Gilmour, pardon, Nicolas Colomb ? Il assure sans en faire trop. Son Comfortably Numb est sobre, Sorrow est impeccable et Young Lust quasi-hard rock.

Le groupe Feel of Floyd
Les musiciens de Feel of Floyd

Certes, il faut faire abstraction de quelques « pains » : le début de la deuxième partie fut un peu hésitant, avec un Dogs cafouilleux (la faute à une tour de la Battersea en vrac ?), des lyrics qui pataugent parfois en mode yaourt (Sorrow) ou un Astronomy disons bruitiste. On regrettera l’absence de High Hopes 1 et d’un autre titre pré-Dark Side genre… Echoes ? L’ajout d’un morceau de l’album Final Cut constituerait une vraie prise de risque.

Mais il reste que les deux heures et quelques se sont écoulées à la vitesse grand V. Le public, chaud bouillant, était ravi. Les zicos semblent manifestement heureux d’être sur scène et ne se prennent pas le boulard.

Moment de partage backstage très sympathique. Ces amateurs (le bassiste est kiné, le sax sapeur-pompier, le chanteur menuisier de formation…) font preuve d’humilité devant l’œuvre et d’un souci de progression constante. Que demander de plus ? Shine On !

La setlist :
1. Shine On 2. In The Flesh 3. Keep Talking 4. Another Brick 5. Time 6. Great Gig 7. Money 8. Us And Them 9. Coming Back To Life 10. Sorrow 11. What Do You Want From Me // 12. Welcome To The Machine 13. Dogs 14. Have a Cigar 15. Astronomy Domine 16. Brain Damage 17. Eclipse 18. Comfortably Numb Rappel 19. Run Like Hell 20. Young Lust.

Les musiciens :
Chant lead, Claviers : Julien Ferrand ; Saxophone, Claviers, Chœurs : Xavier Lambert ; Chant lead, Choeurs : Sabine Garcia ; Batterie, Chœurs : Pierre-Victor Ferrand ; Guitare : Nicolas Colomb; Basse : Xavier Mallamaci

Photos, vidéos et compte-rendu : Patrick Ducher

Extraits du concert

Musée Paul-Dini :  le Beaujolais en portrait à voir jusqu’au 16 février

Musée Paul-Dini : le Beaujolais en portrait à voir jusqu’au 16 février

Depuis le 19 octobre dernier, le musée Paul-Dini, à Villefranche, propose une exceptionnelle exposition : Beaujolais : arts, hommes et territoires de la Révolution à nos jours. On peut encore la visiter jusqu’au 16 février. Et même gratuitement ce 2 février, premier dimanche du mois.
 
Musée Paul-Dini - Blédine
L’exposition est organisée en collaboration avec le service de l’Animation de l’Architecture et du Patrimoine de Villefranche, à l’occasion de l’obtention du label « Pays d’art et d’histoire » par une large partie du Beaujolais. Elle présente plus de 200 œuvres (peintures, sculptures, affiches et objets).
 
Toutes ces œuvres sont à leur manière des portraits, thème retenu pour évoquer la région. Portraits de personnalités du monde politique, artistique, scientifique ou industriel, portraits d’anonymes aussi. L’ensemble dessine à son tour le portrait du territoire Beaujolais, qui a connu tant de bouleversements depuis la fin du XVIIIe siècle.
 
Le choix des œuvres s’est fait à partir des recherches historiques entreprises par le service de l’Animation de l’Architecture et du Patrimoine et par le musée Paul-Dini dans ses propres collections. Ce qui a permis de lancer une campagne de restauration des œuvres du fond ancien.
 
La scénographie fait dialoguer les œuvres entres elles tout au long du parcours. Dans la salle consacrée à Victor Vermorel, on peut ainsi admirer un portrait de l’inventeur et industriel par le peintre milanais Angelo Morbelli. Mais aussi des photos de vendangeurs ou charpentiers anonymes, ou des affiches publicitaires. Celle de 1912 signée Joë Bridge, pour les automobiles Vermorel vaut à elle seule le déplacement. Son slogan : « Flambés, il a une Vermorel !!! »
 

L’exposition a permis au musée Paul-Dini de lancer une campagne de restauration des œuvres du fond ancien.

 

Autre exemple, le comédien et violoncelliste proche des frères Prévert, Maurice Baquet. Il est représenté à la fois par de remarquables photos originales de son ami Doisneau, et par les clichés du photographe du journal Le Progrès Pierre Eymin, incontournable en Calade pendant une bonne partie de la deuxième moitié du siècle dernier.
 
De salles en salles on (re)découvre ainsi les personnalités du Beaujolais. On découvre Claude Bernard, scientifique et médecin, fondateur de la médecine moderne entre autres, dans une spectaculaire toile de Léon Augustin Lhermitte, de 1889, dont le titre dit tout : La Leçon de Claude Bernard ou Séance au laboratoire de vivisection.
 
Musée Paul-Dini - Clochermerle
Clochemerle par Albert
Dubout
Léon Jacquemaire chimiste et pharmacien de formation a créé la Blédine. Un ensemble d’affiches et d’objets publicitaires montre l’évolution de la stratégie promotionnelle de l’entreprise qui faisait appel à des artistes ou photographes reconnus, tels Blanc et Remilly.
 
On doit à ces derniers un portrait de l’écrivain Gabriel Chevallier, auteur du fameux Cochemerle. Dans la salle qui est consacrée à l’auteur, on peut aussi voir un dessin du village de Clochemerle (inspiré entre autres par Vaux-en-Beaujolais), signé de Albert Dubout, ainsi que l’affiche du film inspiré du roman, réalisé par Pierre Chenal.
 
Parmi les nombreuses autres merveilles de cette exposition, des œuvres de peintres originaire du Beaujolais ou y ayant vécu, tel Charles Pinet, né à Cogny et qui fut élève de Gustave Moreau, Jean Couty, Hubert Munier ou Suzanne Valadon. Un temps propriétaire du château de Saint-Bernard, elle y venait avec son mari André Utter et son fils Maurice Utrillo.
 
À l’occasion de cette exposition, un passionnant catalogue de 112 pages, avec 100 illustrations a été publié sous la direction de sa directrice Sylvie Carlier. Deux visites commentées sont encore programmées, les 9 et 16 février.
 
Plus d’informations : http://musee-paul-dini.com/
 
Emmanuelle Blanchet
Renaud Garcia-Fons Trio au Saint-Fons Jazz festival

Renaud Garcia-Fons Trio au Saint-Fons Jazz festival

Chaque fin janvier, le Saint-Fons Jazz festival propose une prog’ épatante grâce au directeur de l’Ecole de Musique Norbert Gelsumini. Grands noms et jeunes pousses ont donné ses lettres de noblesse à cet événement culturel qui fête sa 21ème édition en accueillant le 31 janvier le saxophoniste Kenny Garrett (Miles Davis, Marcus Miller…) et, ce 24 janvier, le contrebassiste français Renaud Garcia-Fons en trio. Garcia-Fons à Saint-Fons, c’était de circonstance ! Proximité avec le public, échanges et atmosphères furent au rendez-vous.

Renaud Garcia-Fons Trio

Garcia-Fons joue ce soir son album “La vie devant soi” inspiré du célèbre roman de Romain Gary. Prétexte à des clins d’oeil à Robert Doisneau, Jacques Prévert, Michel Simon et Raymond Queneau, au Paris d’antan, mais aussi de maintenant. Les ambiances sont à la fois nostalgiques – le trio attaque avec “Revoir Paris” de Trenet – et rythmées, avec notamment “Les écoliers” – un morceau dédié à Goscinny et au Petit Nicolas – et “Je prendrai le métro”. L’accordéon de David Ventucci évoque la course des gens. On imagine une Zazie virevoltante au milieu de la foule. Le batteur Stéphan Caracci joue habilement de ses “brushes” et se sert de pads de plastique qui apportent une sonorité originale à l’ensemble.

Reanud Garcia-Fons
Le contrebassiste français Renaud Garcia-Fons

Garcia-Fons présente chaque morceau avec souvent une pointe d’humour. Il indique qu’il ne faut pas qu’il se trompe de poche (“mouchoir de droite pour le rhume, mouchoir de gauche pour essuyer les cordes”). Sur “Le long de la Seine”, le trio invite à une rêverie au bord de l’eau. Pour ce titre, le batteur devient vibraphoniste et son instrument, là encore, créé une ambiance très spéciale. Peut-être qu’il pleut, que le promeneur est perdu dans ses pensées en regardant couler le fleuve ? Le contrebassiste indique malicieusement qu’il pourrait tout aussi bien s’agir de la Saône ou du Rhône. L’ambiance légèrement mélancolique se prolonge sur “Après la pluie”. Les baguettes frappées sur les barres de métal du vibraphone évoquent un orage discret.

Sur son excellentissime concert de Marcevol (2011), Garcia-Fons plaçait des feuilles de papier sous les cordes de sa contrebasse, étendant ainsi ses possibilités sonores comme me l’expliquait mon voisin, lui-même musicien. Point de feuilles de papier ce soir, mais plusieurs interludes à l’archet pendant lesquels Garcia-Fons fait sonner son instrument tantôt comme un violon, tantôt comme un oud. Le public, charmé, est transporté en Orient (“Kurdish mood”). On retrouve le cosmopolitisme et la soif d’horizons sans limite du musicien d’origine catalane, passionné de sons méditerranées et de flamenco.

Les 160 personnes du théâtre – plus un siège de libre – sont captivées et se laissent bercer par les 5 cordes et l’archet qui semblent faire corps avec le musicien. Ils sont à la fois dans les rues de Paris et … ailleurs. Le trio entame une réinterprétation de Brassens (“Je me suis fait tout petit”) et, au bout de trois rappels, les deux heures du concert semblent s’être écoulées en un rien de temps. Renaud Garcia-Fons se prête ensuite de bonne grâce au jeu des dédicaces dans le hall du théâtre, en toute simplicité. Je lui glisse que le DVD de son concert de Marcevol avait ensoleillé une grise journée dé décembre, une anecdote qu’il retranscrit aussitôt dans la griffe qu’il me laisse sur le CD.

Comme le dit N. Gelsumini “se retrouver pour une soirée du Saint-Fons Jazz festival, c’est sentir combien la musique crée du lien et apporte, l’air de rien, un petit supplément d’âme. Nous en avons besoin … plus que jamais”.

Les musiciens : Renaud Garcia-Fons : contrebasse, David Venitucci : accordéon et Stéphan Caracci : batterie et vibraphone.

Photos et reportage : Patrick Ducher

Extrait du concert de Renaud Garcia-Fons

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