Lionel Martin & Hypnotic Brass Ensemble au Transbordeur : énergies suintantes

Lionel Martin & Hypnotic Brass Ensemble au Transbordeur : énergies suintantes

« Double bill » au Transbo dans le cadre du Super Closing qui marque la fin des sessions estivales de la salle villeurbannaise. L’occasion pour le saxophoniste Lionel Martin de proposer un avant-goût de son nouvel album Solo, juste avant le Rhino Jazz, qui promet d’être très original. Et puis Hypnotic Brass Ensemble,  les bondissants et auto-proclamés Bad Boys Of Jazz (ils portaient de grandes casquettes logotées BBOJ !), un ensemble de cuivres originaire de Chicago.

Lionel Martin et Hypnotic Brass Ensemble au Transbordeur - 080921

Une fin de journée en douceur, idéale pour écouter des musiques singulières. Lionel Martin seul sur scène, c’est quelque chose. Armé de son saxophone Keilwerth et d’une petite table d’effets électroniques, il lance la soirée en invitant le public qui arrive petit à petit face à la scène. L’art de la prestation solo est super exigeant. Il faut garder sa concentration pour triturer les bons boutons, au bon moment, développer les bons effets, se laisser envelopper dans un lightshow multicolore et en jouer… Cette musique est particulière, tour à tour planante, agrémentée de sonorités bizarres (métro parisien, bruits de la cuisine de l’instrumentiste, oiseaux de son jardin…), flirtant avec la techno – quelques jeunes délurés improvisent un mosh pit – ou le krautrock par instants. Martin distille des boucles hypnotisantes, se contorsionne, le public dodeline de la tête.

Lionel Martin en concert au Transbordeur
Lionel Martin

En fait, cette musique est à l’image du sous-titre de son nouvel album Solo, « Energies multipliées », dont la pochette a été de nouveau confiée à Robert Combas, rien de moins ! Dixit le musicien : « En plein Covid, essayez de chanter, jouer comme un guerrier ». Et les confinements de 2020 et 2021 ont bien prouvé – il le fallait, manifestement – que les arts et la culture étaient essentiels.

Le Hypnotic Brass Ensemble a dépoussiéré la musique de Big Band de façon spectaculaire

Le Hypnotic Brass Ensemble, c’est une dizaine de musiciens, principalement des trompettistes et des trombonistes (et un gigantesque tuba !) accompagnés d’un batteur métronomique à la frappe de maçon et d’un bassiste-guitariste qui a tout assimilé des grooves de James Brown. Ces gars-là ont dépoussiéré la musique de Big Band de façon spectaculaire, notamment en agrémentant leur set de raps furieux et entraînants (« party, party, party ! ». Tous vêtus de blancs, ils ont fière allure. Si les biscottos et les baskets rutilent, la musique, elle, étincelle et sait parler au public de trentenaires-quadras conquis. « Il y a le blues, le rock, le jazz, plein de musiques… En fait, il n’y a que deux types de musiques : la bonne et la mauvaise » clame un des rappeurs, bravache.

Hypnotic Brass Ensemble, saut dans le public

Il est vrai que les quelques 200 personnes ont été mis à rude épreuve.  Frapper dans les mains, hurler, et puis, par deux fois, un des mecs s’est carrément jeté dans la foule pour se faire hisser à bout de bras. On ne peut qu’être abasourdi par cette débauche d’énergie qui semble inépuisable. Certes, le genre en soi n’est pas nouveau et Keith Elam (aka Guru) avait réalisé une fusion des genres jazz et hip-pop passionnante avec son projet Jazzmatazz au milieu des années 90. Le HBE évolue dans le sillon tracé depuis quelques temps par exemple par Trombone Shorty. De l’énergie, une maîtrise technique certaine et une alchimie évidente avec le public.

Patrick Ducher

Extraits du concert :

Birkin & Chedid aux Nuits de Fourvière : moments de grâce

Birkin & Chedid aux Nuits de Fourvière : moments de grâce

Louis Chedid & Jane Birkin, un invité de marque le temps d’une chanson, l’ombre de Gainsbourg… Vous avez raté cette mythologique Nuit de Fourvière ? Patrick Ducher vous en fait le récit 

Louis Chedid et Jane Birkin, c’est l’une des premières grosses affiches des Nuits de Fourvière. Et elle se mérite. Il fallait en effet montrer patte blanche, c’est-à-dire être muni d’un test PCR négatif, pour pouvoir rentrer dans le théâtre antique. Les spectateurs étaient pour la plupart munis de masques pour faire la queue. Ils allaient le tomber assez rapidement, pour le plus grand bonheur de l’interprète de « T’as beau pas être beau », heureux de voir enfin des visages. Le théâtre est rempli aux trois-quarts, le parterre assis étant réservé aux partenaires. On sent une réelle ferveur et c’est une salve d’applaudissements qui accueille le papa de -M-

Birkin & Chedid - 2 juillet 21 - Nuits de Fourvière

Chédid fait son entrée sur scène à la guitare acoustique, accompagné de quatre musiciens. Il encouragera pendant tout le concert les spectateurs à se lever, à danser (flamenco, cha-cha-cha…), pour le plus grand plaisir d’une petite congrégation de pré-ados, trop heureux de se lâcher sur God save the swing notamment. La voix doucereuse du chanteur colle parfaitement à la soirée. Il fait bon, pas trop chaud. « Tiens, il ne pleut pas » note-t-il avec amusement. Chédid fait partie de ces chanteurs qui ont accompagné une génération d’auditeurs des années 80 avec une flopée de tubes. Il les joua tous ou presque, devant un public aux anges. En l’écoutant d’une oreille attentive, on se rend compte, aussi, que derrière certaines mélodies gentilles se cachent des textes prémonitoires. Sur « Le cha-cha de l’insécurité » : « Le monde entier est un cauchemar. Toutes ces angoisses qui nous contaminent (…) Le Chachacha d’la panique organisée, Le chacha chacha morose ». Ou comment faire passer un constat terrifiant sur un air sud-américain enjoué.

Louis Chedid sur la scène des Nuits de Fourvière - Juillet 21
Louis Chedid

En période de crise, Chédid exhorte les gens à être vigilants et à ne pas céder aux manipulations de l’esprit par une frange extrême de l’échiquier politique. Il interprète l’emblématique Anne, ma soeur Anne dans un silence de plomb, accompagné d’un tonnerre d’applaudissements. « beaucoup d’indifférence, de patience malvenue Pour ces anciens damnés, au goût de déjà-vu, Beaucoup trop d’indulgence, trop de bonnes manières ». Pour apaiser l’ambiance, il remarque que certains mots en apparence tristes peuvent se révéler comiques si on les chante à gorge déployée. C’est ce que font les gens sur Triste et malheureux comme la pierre, une chanson de fin d’amour qui devient un hymne baroque.

Soudain, un pupitre apparaît devant lui. Il a besoin des paroles d’une toute nouvelle chanson écrite pendant le confinement. Prétexte à exprimer le manque ressenti par l’artiste devant l’absence de public, et le plaisir à le retrouver. Applaudissements émus. Standing ovation. Et gorge serrée pour le final On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime. Ainsi soit-il…

La scène est incandescente pour l’arrivée de « la » Birkin. On reconnait les notes de Je t’aime, moi non plus… mais elle trompe son auditoire en entamant la soirée justement avec Jane B. : « Yeux bleus, cheveux châtains, Jane B. Teint pâle, le nez aquilin … » L’ombre de Gainsbourg plane évidemment sur la soirée et la chanteuse anglaise puisera largement dans le répertoire de feu son illustre ex-mari. Salve d’applaudissements lorsqu’elle égrène quelques titres de Melody Nelson, album culte sorti il y a exactement 50 ans. Le public est captivé.
Par la suite, c’est un véritable « bestof » nostalgique qu’elle va dérouler, ce qui va ravir un petit groupe de gays/gais connaisseurs derrière nous qui commentait chaque tube avec enthousiasme. « Ex-fan des sixties, petite baby doll, Comme tu dansais bien le rock’n’roll… » et tout le monde de reprendre en choeur … « Disparus Brian Jones, Jim Morrison, Eddie Cochrane, Buddy Holly, Idem Jimi Hendrix, Otis Redding… ». Au passage, elle ajoute Lou Reed à cet inventaire à la Prévert d’artistes disparus.

Son groupe est épatant. Il joue un pop-rock nerveux, inspiré, avec de superbes arrangements. Baby alone in Babylone, Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve Les dessous chics… ; Serge savait que Birkin serait la voix parfaite pour sublimer ses textes. Une chanson en anglais extraite du dernier album  Catch me if you can dont on comprend « Will ou protect me from the fear of growin gold, Will you hold me when the others go? »
Mais il n’y a pas que Gainsbourg. Jane évoque une pièce de théâtre qu’elle a écrite en 1998. Il aura fallu vingt ans pour concrétiser une chanson, mise en musique par Etienne Daho. Tonnerre d’applaudissement quand la silhouette de ce dernier se dessine derrière elle, discrètement, aucun spot de lumière, mais c’est bien ED. « Oh! Pardon tu dormais… Ouais, tu m’as réveillé …T’aurais pu m’empêcher d’un mouvement de ta main … J’n’aurais pas commencé, tu aurais dû me dire « Reste, je te garderai ». Big Hug et salut de Daho. Il ne reviendra pas mais, le temps d’une chanson, il a électrisé la soirée.

Pour faire écho à cette collaboration – Daho a produit le dernier album de Birkin sorti en 2020 – elle chante son tout nouveau tube Les jeux interdits. Et ce sont 3OOO personnes qui susurrent des « La-la-la la-la-la » alors que quelques gouttes de pluie commencent à tomber.

Une main dans la poche gauche de sa veste noire, l’autre tenant le micro, elle salue le public d’une courbette gracieuse et discrète. Jane B. nous salue bien.

Patrick Ducher


Des extraits du concert de Louis Chédid :

Et de Jane Birkin :

Doc quoi de 9 : c’est parti pour 3 semaines !

Doc quoi de 9 : c’est parti pour 3 semaines !

La 11e Biennale du documentaire, Doc quoi de 9, se déroule au cinéma Les 400 Coups de Villefranche du 4 au 24 mars. Au programme : des avant-premières, des invités, des soirées spéciales. Et surtout un panorama varié de l’état du monde vu par les meilleurs documentaristes.

Doc, quoi de 9, 11e du nom, fête cette année son 20e anniversaire, alternance avec le festival Féminin Pluri’elles oblige. Pour l’occasion, ce sont 14 longs métrages, 3 courts métrages, des avant-premières, des invités, notamment le cinéaste Nicolas Boukhrief, des séances débat, des séances dédiées au jeune public, mais aussi du documentaire de patrimoine avec deux films mythiques – Nanouk l’Esquimau et Le Temps du ghetto – qui sont proposés.

affiche du film Botero

La soirée d’ouverture ce 4 mars est consacrée à la peinture avec Botero, film de Don Millar (Canada, Colombie ; 2020), introduit par une présentation de Guy Reynaud sur la manière dont le cinéma a abordé la peinture. Philippe Merlo-Morat, agrégé, professeur des Universités à l’université Lumière Lyon 2, spécialiste des arts et littératures (domaine hispanique) et président de La Villa Hispanica à Cogny, présentera l’œuvre de Botero, artiste le plus exposé au monde.

Parmi les huit autres séances spéciales programmées citons celle du mardi 10, à 20h. Le professeur d’histoire Bruno Fouillet présentera ce monument de la mémoire qu’est Le Temps du ghetto de Frédéric Rossif (1961), l’histoire du ghetto juif de Varsovie, depuis sa création jusqu’à la sanglante répression de 1943, lorsque sa population se souleva contre la barbarie des nazis. Réalisé par un des maitres du documentaire français, le film mérite d’être redécouvert, notamment par les jeunes générations, sur grand écran.

Doc quoi de 9, huit séances spéciales

Mercredi 11, à 18h30, le film Empathie du réalisateur espagnol Ed Antoja (Espagne ; 2020) sera présenté en avant-première. Son thème : Ed doit réaliser un documentaire sur le bien-être animal pour tenter de faire bouger l’opinion publique. Complètement étranger à cette question, il va d’abord s’immerger dans le monde de la cause animale et du véganisme. Cette aventure singulière va remettre en question ses habitudes de
consommation et son mode de vie… mais jusqu’à quel point ?

Etant donné la thématique, la séance sera suivie d’une dégustation conviviale de mets vegan proposés par Charline et Carole du Foxy Factory, la cantine végétalienne de Villefranche. Attention, cette séance se fait sur inscription (Soit au guichet du cinéma, soit sur son site) pour des raisons évidentes de préparation !

Le 20, à 14h30, Nicolas Boukhrief, réalisateur notamment de Cortex et de Le Convoyeur viendra présenter Nanouk l’Esquimau de Robert J. Flaherty (1923), l’un des films qu’il conseille dans son ouvrage 100 Grands films pour les petits. A 18h, il sera à la médiathèque pour parler de ses films et de sa cinéphilie. En soirée, il présentera son dernier film en date, Trois Jours et une vie.

Le 23, la journaliste Laura Caniggia, venue spécialement d’Argentine, présentera le film Femmes d’argentine de Juan Solanas (Argentine, France, Uruguay ; 2020) sur le combat des féministes de ce pays pour la légalisation de l’IVG.

A ne pas manquer aussi, même si programmés sans animation, trois documents exceptionnels : Cyrille, agriculteur, 30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, des dettes de Rodolphe Marconi (France ; 2020), La Cravate de E. Chaillou, M. Thery (France ; 2020) et Le Capital au XXIe siècle de J. Pemberton, Thomas Piketty (France, Nouvelle-Zélande ; 2020), tiré de l’ouvrage à succès de l’économiste, et présenté en sortie nationale.

Programme complet sur le site du cinéma Les 400 Coups

Deux ouvrages pour (re)découvrir l’histoire de Villefranche

Deux ouvrages pour (re)découvrir l’histoire de Villefranche

Tous les ans, depuis près d’un siècle et demi, la fête des Conscrits de Villefranche déverse sa vague d’hommes en noir et jaune mimosa le dernier dimanche de janvier. Cela méritait qu’on se penche sur son histoire. Jean-Jacques Pignard, agrégé d’histoire et maire de la ville durant trois mandats, s’en était magistralement chargé. Publié en 1988, son ouvrage, depuis longtemps introuvable en librairie, vient d’être réédité par les éditions du Poutan, avec de nouvelles illustrations.

Couverture de Les Conscrits de Villefranche en Beaujolais

Si la réédition des Conscrits de Villefranche en Beaujolais en ce début d’année, est un véritable événement, c’est que Jean-Jacques Pignard s’y était toujours refusé, par manque de temps pour une réactualisation, et par crainte de trahir l’esprit de l’original. Jacques Branciard, directeur des éditions du Poutan l’a finalement convaincu en lui proposant tout simplement de reprendre le texte original… qui se suffit largement à lui-même.

On entre dans le livre comme dans un roman. Divisé en trois parties, l’ouvrage relate l’histoire de la fête, liée à la conscription et au tirage au sort, qui, durant tout le XIXe siècle, décidait qui ferait ou non son service militaire. En expliquant pourquoi Villefranche s’est singularisé des autres villes de France : c’est ici et nulle part ailleurs, en 1882, que les plus âgés ont commencé à se joindre à leurs cadets. Pour commémorer tous les dix ans leur propre tirage au sort. Sans doute aussi pour profiter eux aussi des festivités, qui au fil du temps prennent de plus en plus d’ampleur, en se codifiant.

Ces codes, justement, sont étudiés en détail par Jean-Jacques Pignard. Retraite au flambeau, costume, cocarde, couleur des rubans, gibus, bouquet, chanson de la classe, jour des femmes, vague, discours, banquet, retinton, enterrement, mardis des lycées… Tout ce vocabulaire de la fête qui parle au cœur de chaque caladois est passé en revue avec de nombreuses et riches anecdotes. On s’attardera, entre autres, avec délice sur les descriptions des impressionnants menus.

Le livre s’achève sur des réflexions sur le sens profond de la fête, son côté mélancolique et tragique, mais aussi sur son devenir et son aspect économique.

Villefranche-sur-Saône, une histoire en Beaujolais : la somme qui manquait sur l’histoire de Villefranche.

Couverture de Villefranche sur Saône une histoire en Beaujolais

En complément de ce livre, ou pour les passionnés d’histoire locale et de beaux ouvrages, les éditions du Poutan ont publié à l’automne dernier un autre incontournable : Villefranche-sur-Saône, une histoire en Beaujolais, signé Philippe Branche et Jean-Philippe Rey. Très richement illustré par les photos de Alain Jean-Baptiste et de très nombreux documents, avec une mise en page originale – qui permet notamment de découvrir maison par maison toute la rue nationale – cet ouvrage est la somme qui manquait sur l’histoire de Villefranche.

Les deux auteurs, historiens émérites – Philippe Branche, membre de l’Académie de Villefranche, travaille à la maison du Patrimoine et est le meilleur spécialiste des fonds documentaires et iconographiques consacrés à la région, Jean-Philippe Rey est édité chez Perrin où il a notamment pris la suite de Jean Tulard – ont aussi fait appel à différents spécialistes de l’histoire locale : Jacques Branciard, Jean-Claude Durand-Boguet, Jeanine Meaudre, Laurence Petit, Daniel Rosetta, Michel  Rougier, Simone Vogelgesang.

Contrairement à la majorité des précédents ouvrages consacré à Villefranche, ils ne font pas débuter son histoire à sa création officielle au début du XIIe siècle par les sires de Beaujeu. Ils remontent à la préhistoire : dans le secteur de Béligny, qui ne sera intégré à la ville qu’en 1853, on a trouvé des restes d’animaux préhistoriques, mais aussi des vestiges gallo-romains. Ils redonnent aussi de l’importance à Limas puisque c’est à partir de son château que le territoire de la ville se forme.

Une étude des grands domaines, Ponbichet, Fongraine, Belleroche, et des quartiers originels, permettent de comprendre, comment la ville s’est structurée, de la fameuse nef du centre historique à aujourd’hui, sous l’influence d’un fort développement économique et urbanistique.

Construit chronologiquement, le livre est résolument pédagogique, pour s’adresser au plus grand nombre. Mais les lecteurs avertis ne sont pas oubliés avec la proposition de nouvelles pistes historiques et de nombreux portraits de personnalités méconnues.  

Emmanuelle Blanchet

Plus d’infos : poutan.fr

Feel of Floyd : Looking for my Generation

Feel of Floyd : Looking for my Generation

C’était ma seconde expérience du tribute Feel Of Floyd après un passage épique – pour cause de chaleur étouffante – à Viriat (01) devant 700 personnes le 14 septembre dernier. Cette fois-ci, la configuration était plus petite (450 personnes dans une salle des fêtes accueillante) à Vonnas (01), mais l’enthousiasme du public restait inchangé.

Feel of Floyd - Vonnas fév 2020

Ce qui m’a marqué, c’est la diversité : sexas, quinquas, quadras, trentenaires mais aussi pas mal d’ados (le spectacle était soutenu par une association d’écoles laïques et une armée de bénévoles). Une bonne occasion de faire découvrir (et perdurer) la musique floydienne. La setlist a été resserrée par rapport au précédent concert – le groupe m’a confié backstage que son élaboration était toujours un sujet délicat… – sans impact sur la fluidité générale du show. L’occasion de souligner le boulot des pros, Christophe Thenon (son) et Yannick Ghignon (lumières), ce qui n’est pas évident dans ce type de lieu.

Signalons la première partie efficace d’un duo de reprises rock-blues (Deep Purple, Led Zep, Dire Straits, mais aussi Bill Deraime et Téléphone) : le duo Frenchy (Eric Potapenko au chant et Guillaume Pocheron à la guitare, qui fait aussi office de backline pour Feel of Floyd).

Le répertoire choisi des Floyd intègre aussi des titres moins courants

Si le répertoire choisi ne surprend pas – mélange de tubes attendus et de morceaux emblématiques – il intègre aussi des titres moins courants tel qu’un Young Lust impeccable, avec une basse furieuse, et Have A Cigar. La recréation du début de Welcome To The Machine est un bel effort.

Au chant principal et claviers, Julien Ferrand se charge à la fois des voix de Gilmour et Waters avec efficacité, soutenu par Xavier Mallamaci, tel un Guy Pratt hurlant sur Run Like Hell. Il ne faut pas oublier Great Gig : la vocalise spatiale a remarquablement tenu le choc grâce à Sabine Garcia, qui assure seule comme une grande ce morceau d’anthologie. Pierre-Victor Ferrand martèle sa batterie avec force, pendant que Xavier Lambert – également aux claviers et à la direction de groupe – se lance dans un solo de sax inattendu sur Another Brick. Et Gilmour, pardon, Nicolas Colomb ? Il assure sans en faire trop. Son Comfortably Numb est sobre, Sorrow est impeccable et Young Lust quasi-hard rock.

Le groupe Feel of Floyd
Les musiciens de Feel of Floyd

Certes, il faut faire abstraction de quelques « pains » : le début de la deuxième partie fut un peu hésitant, avec un Dogs cafouilleux (la faute à une tour de la Battersea en vrac ?), des lyrics qui pataugent parfois en mode yaourt (Sorrow) ou un Astronomy disons bruitiste. On regrettera l’absence de High Hopes 1 et d’un autre titre pré-Dark Side genre… Echoes ? L’ajout d’un morceau de l’album Final Cut constituerait une vraie prise de risque.

Mais il reste que les deux heures et quelques se sont écoulées à la vitesse grand V. Le public, chaud bouillant, était ravi. Les zicos semblent manifestement heureux d’être sur scène et ne se prennent pas le boulard.

Moment de partage backstage très sympathique. Ces amateurs (le bassiste est kiné, le sax sapeur-pompier, le chanteur menuisier de formation…) font preuve d’humilité devant l’œuvre et d’un souci de progression constante. Que demander de plus ? Shine On !

La setlist :
1. Shine On 2. In The Flesh 3. Keep Talking 4. Another Brick 5. Time 6. Great Gig 7. Money 8. Us And Them 9. Coming Back To Life 10. Sorrow 11. What Do You Want From Me // 12. Welcome To The Machine 13. Dogs 14. Have a Cigar 15. Astronomy Domine 16. Brain Damage 17. Eclipse 18. Comfortably Numb Rappel 19. Run Like Hell 20. Young Lust.

Les musiciens :
Chant lead, Claviers : Julien Ferrand ; Saxophone, Claviers, Chœurs : Xavier Lambert ; Chant lead, Choeurs : Sabine Garcia ; Batterie, Chœurs : Pierre-Victor Ferrand ; Guitare : Nicolas Colomb; Basse : Xavier Mallamaci

Photos, vidéos et compte-rendu : Patrick Ducher

Extraits du concert

Musée Paul-Dini :  le Beaujolais en portrait à voir jusqu’au 16 février

Musée Paul-Dini : le Beaujolais en portrait à voir jusqu’au 16 février

Depuis le 19 octobre dernier, le musée Paul-Dini, à Villefranche, propose une exceptionnelle exposition : Beaujolais : arts, hommes et territoires de la Révolution à nos jours. On peut encore la visiter jusqu’au 16 février. Et même gratuitement ce 2 février, premier dimanche du mois.
 
Musée Paul-Dini - Blédine
L’exposition est organisée en collaboration avec le service de l’Animation de l’Architecture et du Patrimoine de Villefranche, à l’occasion de l’obtention du label « Pays d’art et d’histoire » par une large partie du Beaujolais. Elle présente plus de 200 œuvres (peintures, sculptures, affiches et objets).
 
Toutes ces œuvres sont à leur manière des portraits, thème retenu pour évoquer la région. Portraits de personnalités du monde politique, artistique, scientifique ou industriel, portraits d’anonymes aussi. L’ensemble dessine à son tour le portrait du territoire Beaujolais, qui a connu tant de bouleversements depuis la fin du XVIIIe siècle.
 
Le choix des œuvres s’est fait à partir des recherches historiques entreprises par le service de l’Animation de l’Architecture et du Patrimoine et par le musée Paul-Dini dans ses propres collections. Ce qui a permis de lancer une campagne de restauration des œuvres du fond ancien.
 
La scénographie fait dialoguer les œuvres entres elles tout au long du parcours. Dans la salle consacrée à Victor Vermorel, on peut ainsi admirer un portrait de l’inventeur et industriel par le peintre milanais Angelo Morbelli. Mais aussi des photos de vendangeurs ou charpentiers anonymes, ou des affiches publicitaires. Celle de 1912 signée Joë Bridge, pour les automobiles Vermorel vaut à elle seule le déplacement. Son slogan : « Flambés, il a une Vermorel !!! »
 

L’exposition a permis au musée Paul-Dini de lancer une campagne de restauration des œuvres du fond ancien.

 

Autre exemple, le comédien et violoncelliste proche des frères Prévert, Maurice Baquet. Il est représenté à la fois par de remarquables photos originales de son ami Doisneau, et par les clichés du photographe du journal Le Progrès Pierre Eymin, incontournable en Calade pendant une bonne partie de la deuxième moitié du siècle dernier.
 
De salles en salles on (re)découvre ainsi les personnalités du Beaujolais. On découvre Claude Bernard, scientifique et médecin, fondateur de la médecine moderne entre autres, dans une spectaculaire toile de Léon Augustin Lhermitte, de 1889, dont le titre dit tout : La Leçon de Claude Bernard ou Séance au laboratoire de vivisection.
 
Musée Paul-Dini - Clochermerle
Clochemerle par Albert
Dubout
Léon Jacquemaire chimiste et pharmacien de formation a créé la Blédine. Un ensemble d’affiches et d’objets publicitaires montre l’évolution de la stratégie promotionnelle de l’entreprise qui faisait appel à des artistes ou photographes reconnus, tels Blanc et Remilly.
 
On doit à ces derniers un portrait de l’écrivain Gabriel Chevallier, auteur du fameux Cochemerle. Dans la salle qui est consacrée à l’auteur, on peut aussi voir un dessin du village de Clochemerle (inspiré entre autres par Vaux-en-Beaujolais), signé de Albert Dubout, ainsi que l’affiche du film inspiré du roman, réalisé par Pierre Chenal.
 
Parmi les nombreuses autres merveilles de cette exposition, des œuvres de peintres originaire du Beaujolais ou y ayant vécu, tel Charles Pinet, né à Cogny et qui fut élève de Gustave Moreau, Jean Couty, Hubert Munier ou Suzanne Valadon. Un temps propriétaire du château de Saint-Bernard, elle y venait avec son mari André Utter et son fils Maurice Utrillo.
 
À l’occasion de cette exposition, un passionnant catalogue de 112 pages, avec 100 illustrations a été publié sous la direction de sa directrice Sylvie Carlier. Deux visites commentées sont encore programmées, les 9 et 16 février.
 
Plus d’informations : http://musee-paul-dini.com/
 
Emmanuelle Blanchet

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