Lionel Martin, le multi-saxophoniste

Lionel Martin, le multi-saxophoniste

Le saxophoniste Lionel Martin sort ce 2 octobre SOLOS, un disque… solo qui est autant une invitation au rêve qu’au voyage, avec des textures sonores poétiques et hypnotiques.

Nourri de ses multiples expériences musicales, ce disque, parti d’une base improvisée, livre un récit musical très écrit, monté comme un film avec l’ingénieur du son Bertrand Larrieu. Avec une magnifique pochette signée Combas, l’album est une quintessence de son univers mental foisonnant. Il devait être au Grand Barouf du Rhino Jazz(s) Festival pour une dizaine de jours de folie et de performance autour de cet album. La fête est reportée à une date ultérieure. Heureusement l’album existe.  Patrick Ducher vous en parle dans sa chronique, Lionel Martin : plus d’un tour dans son sax.  Et nous avons pu recontrer ce musicien hors norme, à la fois musicien, compositeur et fondateur/directeur artistique du label Ouch ! Records.

Lionel Martin © Lucien Martin
ionel Martin © Lucien Martin

Ces dernières années on vous a surtout vu avec des groupes – Ukandanz, Palm Unit, Madness Tenors – ou en duo avec Mario Stantchev ou Sangoma Everett. Pourquoi cet album solo ?

Je travaille (je joue) en solo depuis tant d’année… Souvent je raconte cette anecdote :  à 14 ans je devais de l’argent, c’était un 24 décembre… vous connaissez la suite, j’ai pris mon saxo et je suis allé jouer dehors à la Croix-Rousse… Depuis j’ai bourlingué pas mal mais je n’ai jamais arrêté de faire cela. Ça va faire une trentaine d’années finalement…

Récemment j’ai découvert des batteries, une enceinte amplifiée autonome, cela a été la révélation, je pouvais apporter dans la rue mon univers de sons et le mélanger en direct avec le réel, le son de la rue, du métro…

J’ai senti une certaine maturité, assez de maturation, c’était l’heure….

Comment avez-vous travaillé pour ce disque ? Comment s’est passé votre collaboration avec l’ingénieur du son Bertrand Larrieu ?

Tous les jours j’écris un petit peu, des petits trucs, qui me serviront ou pas. Je ne suis pas compositeur, en revanche j’ai des idées. Quand elles me plaisent je les note et cela peut donner des morceaux qu’on a pu entendre avec mes groupes précédents.

Ici c’est différent, j’avais tellement de choses à dire, que j’ai tout dit… des heures et des heures d’enregistrement. C’est après que nous avons fait le travail de composition avec Bertrand à partir de ce matériel. C’est un peu du cinéma, on a fait du montage, et j’ai rejoué parfois par dessus pour ramener encore des idées qui surgissaient… Maintenant pour préparer les concerts, j’écris la partition…

Bertrand nous suit depuis longtemps, il a beaucoup travaillé avec Damien Cluzel de Ukandanz, mais aussi beaucoup pour la danse, le court-métrage, les images, de la prise de son à l’élaboration de bandes son. Il a une culture immense et une envie très précise de ce qu’il veut. Il m’a poussé dans mes retranchements, poussé à aller au bout, je ne cesserais de le remercier tant il a été exigent. Je souhaitais travailler avec lui, car je voulais quelqu’un de polyvalent, capable de s’adapter, de capturer le son, ce qui l’entoure, une globalité, pas seulement de la musique faite avec des notes…

Au début il n’était pas sûr de vouloir travailler sur le disque après la prise de son et puis il s’est impliqué, c’est devenu aussi important pour lui que pour moi …d’où ce titre SOLOS : seul mais à plusieurs… Nous nous sommes surpris mutuellement et voila le résultat.

Parlons de la pochette signée du peintre Robert Combas, qui n’est pas sans rappeler l’affiche du Rhino Jazz de cette année… puisque vous deviez y être tous les deux ensembles en résidence ! Comment est née cette collaboration ?

C’est en effet un zoom, un gros plan sur le rhino de l’affiche du festival que Robert Combas à peinte. Un jour il m’a dit : « bien sur, le rhino c’est toi »… Encore un rêve pour moi qui cherche tout le temps à décloisonner, à travailler avec des artistes pas forcément musiciens. Bien que lui le soit !

J’avais vu son exposition au Musée d’Art Contemporain de Lyon en 2012 dans laquelle était installé un atelier : on pouvait le voir travailler si on avait de la chance ! Exposition marquante !

Auparavant j’avais vécu mon expérience solo dans un arbre perché à 10 mètres de hauteur pour le Rhino Jazz festival.  Le temps passant, j’avais envie de renouveler l’expérience dans un autre lieu atypique, mais cette fois avec un artiste complémentaire.

Ludovic Chazalon, directeur artistique du Rhino Jazz(s) Festival, s’est emparé de l’idée, nous avons évoqué Robert ensemble… Il l’a contacté, Robert a tout de suite voulu s’engager. Je suis allé chez lui avec mon saxo, je me suis présenté en jouant, pour qu’il me sente, qu’il valide, que nous validions la même envie de partager une histoire hors norme… C’était parti, c’est parti, pour ce « grand barouf » à St Etienne dans un atelier géant au milieu des toiles de et avec Robert Combas.  Je vais jouer avec les sons sur des thématiques improbables, on pourra voir pendant 15 jours ce travail en direct1. Je prépare une palette où les couleurs sont des idées, une thématique, ou… du vide pour laisser venir l’imagination…

Emmanuelle Blanchet

1 : Le Grand Barouf n’est que repoussé. Il aura bien lieu selon les organisateurs : plus d’infos ici bien sûr dès que la date sera connue !

 

 

Revisiting Afrique Connexions : jazz augmenté à Anse

Revisiting Afrique Connexions : jazz augmenté à Anse

Afrique, tel est le nom d’un album mythique de Count Basie que le duo Martin (sax) / Everett (batterie) a réinterprété en 2019 sous le nom de Revisiting Afrique (Ouch ! Records). Pour son tout premier spectacle de rentrée, le service culturel de la ville d’Anse avait fait un pari : donner carte blanche aux musiciens précités, augmentés pour un soir du danseur Abdou N’Gom et de l’illustrateur Benjamin Flao dans le cadre d’un concert dessiné et dansé proposant une nouvelle réinterprétation du disque de Basie, conçu originellement pour un big band. Un quatuor étonnant qui a enchanté l’assistance ansoise.

reportage + photos de Patrick Ducher

Près de deux cents  spectateurs – distanciation physique incluse – avaient répondu présents pour écouter – et voir – cette proposition insolite. Quel plaisir de découvrir un spectacle VIVANT pendant cette période où l’on croise plutôt des morts-vivants dans les rues. Ce soir, le spectateur est gâté et ne sait où poser ses yeux. Il commence par observer les musiciens. Puis il découvre le pinceau du dessinateur projeté sur un grand écran. Ce dernier trace des courbes qu’il macule rapidement de coulures de peintures multicolores. Enfin, le danseur couché sur le devant de la scène se contorsionne et se glisse tel un lézard félin en marquant le rythme imposé par le rythme du tandem sax-batterie.

Le spectateur s’habitue petit à petit à ce “3-en-1” et son oeil vagabonde du danseur aux musiciens, tout en suivant le développement visuel en fond de scène. Il se demande qui mène … la danse. Justement, le danseur semble flotter dans l’air. Il esquisse parfois des breaks hip-hop. Puis il incite l’illustrateur à suivre son mouvement : ce dernier dessine des silhouettes qui suivent N’Gom, comme hypnotisées par sa démarche.

A un moment, Everett délaisse sa batterie et incite les spectateurs à frapper dans leurs mains. L’ambiance se réchauffe. Muni de ses seules baguettes, il frappe le sol et invite le danseur à le suivre dans sa rythmique. Ensuite, c’est le saxophoniste qui l’emprisonne de ses bras et de son instrument. L’effet est saisissant : le duo se mue en une seule et même entité vivante, dansante et performante.

L’illustrateur marque lui-même le tempo en traçant une forme ressemblant à un disque vinyle. Secouant la planche tout projetenant de la peinture noire dessus, il semble donner vie à un 33 tours qui accompagne ce spectacle en 3D..

Revisiting Afrique, un album qui se prête à l’improvisation

Par la suite, Abdou N’Gom me confie que le lien commnu entre les protagonistes est le rythme. Lui-même rend son corps, toujours en éveil, perméable à ce qu’il ressent. L’interaction avec le public joue donc un rôle primordial. Chacun suit tantôt l’un, tantôt se calque sur l’autre. La musique développée par Martin et Everett a cela de magique qu’elle se prête à de multiples improvisations. La performance de ce soir n’avait rien à voir avec celle jouée en duo dans le petit club du Périscope, ou dans l’église de Cogny.

Certes, il y a un fil narratif. Le danseur commence le spectacle en caleçon et le termine habillé. L’illustrateur retrace donc une histoire – on devine une migration, des personnages en mouvement – mais qui laisse le spectateur imaginer cette histoire par lui-même.

Le meilleur pour la fin. Le danseur se rapproche des spectateurs et les incitent à le rejoindre en suivant ses pas de danse. Ravis, ils s’exécutent, trop heureux de prendre part eux-même à un spectacle décidément très … vivant ! Applaudissements à tout rompre. C’était donc ça, la vie d’avant ? Vivement qu’on y goûte de nouveau ! 

Les artistes – Lionel Martin : saxophone, claviers ; Sangoma Everett : batterie ; Abdou N’Gom : danse et Benjamin Flao : illustrations. 

Extrait du concert :

Doc quoi de 9 : c’est parti pour 3 semaines !

Doc quoi de 9 : c’est parti pour 3 semaines !

La 11e Biennale du documentaire, Doc quoi de 9, se déroule au cinéma Les 400 Coups de Villefranche du 4 au 24 mars. Au programme : des avant-premières, des invités, des soirées spéciales. Et surtout un panorama varié de l’état du monde vu par les meilleurs documentaristes.

Doc, quoi de 9, 11e du nom, fête cette année son 20e anniversaire, alternance avec le festival Féminin Pluri’elles oblige. Pour l’occasion, ce sont 14 longs métrages, 3 courts métrages, des avant-premières, des invités, notamment le cinéaste Nicolas Boukhrief, des séances débat, des séances dédiées au jeune public, mais aussi du documentaire de patrimoine avec deux films mythiques – Nanouk l’Esquimau et Le Temps du ghetto – qui sont proposés.

affiche du film Botero

La soirée d’ouverture ce 4 mars est consacrée à la peinture avec Botero, film de Don Millar (Canada, Colombie ; 2020), introduit par une présentation de Guy Reynaud sur la manière dont le cinéma a abordé la peinture. Philippe Merlo-Morat, agrégé, professeur des Universités à l’université Lumière Lyon 2, spécialiste des arts et littératures (domaine hispanique) et président de La Villa Hispanica à Cogny, présentera l’œuvre de Botero, artiste le plus exposé au monde.

Parmi les huit autres séances spéciales programmées citons celle du mardi 10, à 20h. Le professeur d’histoire Bruno Fouillet présentera ce monument de la mémoire qu’est Le Temps du ghetto de Frédéric Rossif (1961), l’histoire du ghetto juif de Varsovie, depuis sa création jusqu’à la sanglante répression de 1943, lorsque sa population se souleva contre la barbarie des nazis. Réalisé par un des maitres du documentaire français, le film mérite d’être redécouvert, notamment par les jeunes générations, sur grand écran.

Doc quoi de 9, huit séances spéciales

Mercredi 11, à 18h30, le film Empathie du réalisateur espagnol Ed Antoja (Espagne ; 2020) sera présenté en avant-première. Son thème : Ed doit réaliser un documentaire sur le bien-être animal pour tenter de faire bouger l’opinion publique. Complètement étranger à cette question, il va d’abord s’immerger dans le monde de la cause animale et du véganisme. Cette aventure singulière va remettre en question ses habitudes de
consommation et son mode de vie… mais jusqu’à quel point ?

Etant donné la thématique, la séance sera suivie d’une dégustation conviviale de mets vegan proposés par Charline et Carole du Foxy Factory, la cantine végétalienne de Villefranche. Attention, cette séance se fait sur inscription (Soit au guichet du cinéma, soit sur son site) pour des raisons évidentes de préparation !

Le 20, à 14h30, Nicolas Boukhrief, réalisateur notamment de Cortex et de Le Convoyeur viendra présenter Nanouk l’Esquimau de Robert J. Flaherty (1923), l’un des films qu’il conseille dans son ouvrage 100 Grands films pour les petits. A 18h, il sera à la médiathèque pour parler de ses films et de sa cinéphilie. En soirée, il présentera son dernier film en date, Trois Jours et une vie.

Le 23, la journaliste Laura Caniggia, venue spécialement d’Argentine, présentera le film Femmes d’argentine de Juan Solanas (Argentine, France, Uruguay ; 2020) sur le combat des féministes de ce pays pour la légalisation de l’IVG.

A ne pas manquer aussi, même si programmés sans animation, trois documents exceptionnels : Cyrille, agriculteur, 30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, des dettes de Rodolphe Marconi (France ; 2020), La Cravate de E. Chaillou, M. Thery (France ; 2020) et Le Capital au XXIe siècle de J. Pemberton, Thomas Piketty (France, Nouvelle-Zélande ; 2020), tiré de l’ouvrage à succès de l’économiste, et présenté en sortie nationale.

Programme complet sur le site du cinéma Les 400 Coups

Deux ouvrages pour (re)découvrir l’histoire de Villefranche

Deux ouvrages pour (re)découvrir l’histoire de Villefranche

Tous les ans, depuis près d’un siècle et demi, la fête des Conscrits de Villefranche déverse sa vague d’hommes en noir et jaune mimosa le dernier dimanche de janvier. Cela méritait qu’on se penche sur son histoire. Jean-Jacques Pignard, agrégé d’histoire et maire de la ville durant trois mandats, s’en était magistralement chargé. Publié en 1988, son ouvrage, depuis longtemps introuvable en librairie, vient d’être réédité par les éditions du Poutan, avec de nouvelles illustrations.

Couverture de Les Conscrits de Villefranche en Beaujolais

Si la réédition des Conscrits de Villefranche en Beaujolais en ce début d’année, est un véritable événement, c’est que Jean-Jacques Pignard s’y était toujours refusé, par manque de temps pour une réactualisation, et par crainte de trahir l’esprit de l’original. Jacques Branciard, directeur des éditions du Poutan l’a finalement convaincu en lui proposant tout simplement de reprendre le texte original… qui se suffit largement à lui-même.

On entre dans le livre comme dans un roman. Divisé en trois parties, l’ouvrage relate l’histoire de la fête, liée à la conscription et au tirage au sort, qui, durant tout le XIXe siècle, décidait qui ferait ou non son service militaire. En expliquant pourquoi Villefranche s’est singularisé des autres villes de France : c’est ici et nulle part ailleurs, en 1882, que les plus âgés ont commencé à se joindre à leurs cadets. Pour commémorer tous les dix ans leur propre tirage au sort. Sans doute aussi pour profiter eux aussi des festivités, qui au fil du temps prennent de plus en plus d’ampleur, en se codifiant.

Ces codes, justement, sont étudiés en détail par Jean-Jacques Pignard. Retraite au flambeau, costume, cocarde, couleur des rubans, gibus, bouquet, chanson de la classe, jour des femmes, vague, discours, banquet, retinton, enterrement, mardis des lycées… Tout ce vocabulaire de la fête qui parle au cœur de chaque caladois est passé en revue avec de nombreuses et riches anecdotes. On s’attardera, entre autres, avec délice sur les descriptions des impressionnants menus.

Le livre s’achève sur des réflexions sur le sens profond de la fête, son côté mélancolique et tragique, mais aussi sur son devenir et son aspect économique.

Villefranche-sur-Saône, une histoire en Beaujolais : la somme qui manquait sur l’histoire de Villefranche.

Couverture de Villefranche sur Saône une histoire en Beaujolais

En complément de ce livre, ou pour les passionnés d’histoire locale et de beaux ouvrages, les éditions du Poutan ont publié à l’automne dernier un autre incontournable : Villefranche-sur-Saône, une histoire en Beaujolais, signé Philippe Branche et Jean-Philippe Rey. Très richement illustré par les photos de Alain Jean-Baptiste et de très nombreux documents, avec une mise en page originale – qui permet notamment de découvrir maison par maison toute la rue nationale – cet ouvrage est la somme qui manquait sur l’histoire de Villefranche.

Les deux auteurs, historiens émérites – Philippe Branche, membre de l’Académie de Villefranche, travaille à la maison du Patrimoine et est le meilleur spécialiste des fonds documentaires et iconographiques consacrés à la région, Jean-Philippe Rey est édité chez Perrin où il a notamment pris la suite de Jean Tulard – ont aussi fait appel à différents spécialistes de l’histoire locale : Jacques Branciard, Jean-Claude Durand-Boguet, Jeanine Meaudre, Laurence Petit, Daniel Rosetta, Michel  Rougier, Simone Vogelgesang.

Contrairement à la majorité des précédents ouvrages consacré à Villefranche, ils ne font pas débuter son histoire à sa création officielle au début du XIIe siècle par les sires de Beaujeu. Ils remontent à la préhistoire : dans le secteur de Béligny, qui ne sera intégré à la ville qu’en 1853, on a trouvé des restes d’animaux préhistoriques, mais aussi des vestiges gallo-romains. Ils redonnent aussi de l’importance à Limas puisque c’est à partir de son château que le territoire de la ville se forme.

Une étude des grands domaines, Ponbichet, Fongraine, Belleroche, et des quartiers originels, permettent de comprendre, comment la ville s’est structurée, de la fameuse nef du centre historique à aujourd’hui, sous l’influence d’un fort développement économique et urbanistique.

Construit chronologiquement, le livre est résolument pédagogique, pour s’adresser au plus grand nombre. Mais les lecteurs avertis ne sont pas oubliés avec la proposition de nouvelles pistes historiques et de nombreux portraits de personnalités méconnues.  

Emmanuelle Blanchet

Plus d’infos : poutan.fr

Feel of Floyd : Looking for my Generation

Feel of Floyd : Looking for my Generation

C’était ma seconde expérience du tribute Feel Of Floyd après un passage épique – pour cause de chaleur étouffante – à Viriat (01) devant 700 personnes le 14 septembre dernier. Cette fois-ci, la configuration était plus petite (450 personnes dans une salle des fêtes accueillante) à Vonnas (01), mais l’enthousiasme du public restait inchangé.

Feel of Floyd - Vonnas fév 2020

Ce qui m’a marqué, c’est la diversité : sexas, quinquas, quadras, trentenaires mais aussi pas mal d’ados (le spectacle était soutenu par une association d’écoles laïques et une armée de bénévoles). Une bonne occasion de faire découvrir (et perdurer) la musique floydienne. La setlist a été resserrée par rapport au précédent concert – le groupe m’a confié backstage que son élaboration était toujours un sujet délicat… – sans impact sur la fluidité générale du show. L’occasion de souligner le boulot des pros, Christophe Thenon (son) et Yannick Ghignon (lumières), ce qui n’est pas évident dans ce type de lieu.

Signalons la première partie efficace d’un duo de reprises rock-blues (Deep Purple, Led Zep, Dire Straits, mais aussi Bill Deraime et Téléphone) : le duo Frenchy (Eric Potapenko au chant et Guillaume Pocheron à la guitare, qui fait aussi office de backline pour Feel of Floyd).

Le répertoire choisi des Floyd intègre aussi des titres moins courants

Si le répertoire choisi ne surprend pas – mélange de tubes attendus et de morceaux emblématiques – il intègre aussi des titres moins courants tel qu’un Young Lust impeccable, avec une basse furieuse, et Have A Cigar. La recréation du début de Welcome To The Machine est un bel effort.

Au chant principal et claviers, Julien Ferrand se charge à la fois des voix de Gilmour et Waters avec efficacité, soutenu par Xavier Mallamaci, tel un Guy Pratt hurlant sur Run Like Hell. Il ne faut pas oublier Great Gig : la vocalise spatiale a remarquablement tenu le choc grâce à Sabine Garcia, qui assure seule comme une grande ce morceau d’anthologie. Pierre-Victor Ferrand martèle sa batterie avec force, pendant que Xavier Lambert – également aux claviers et à la direction de groupe – se lance dans un solo de sax inattendu sur Another Brick. Et Gilmour, pardon, Nicolas Colomb ? Il assure sans en faire trop. Son Comfortably Numb est sobre, Sorrow est impeccable et Young Lust quasi-hard rock.

Le groupe Feel of Floyd
Les musiciens de Feel of Floyd

Certes, il faut faire abstraction de quelques « pains » : le début de la deuxième partie fut un peu hésitant, avec un Dogs cafouilleux (la faute à une tour de la Battersea en vrac ?), des lyrics qui pataugent parfois en mode yaourt (Sorrow) ou un Astronomy disons bruitiste. On regrettera l’absence de High Hopes 1 et d’un autre titre pré-Dark Side genre… Echoes ? L’ajout d’un morceau de l’album Final Cut constituerait une vraie prise de risque.

Mais il reste que les deux heures et quelques se sont écoulées à la vitesse grand V. Le public, chaud bouillant, était ravi. Les zicos semblent manifestement heureux d’être sur scène et ne se prennent pas le boulard.

Moment de partage backstage très sympathique. Ces amateurs (le bassiste est kiné, le sax sapeur-pompier, le chanteur menuisier de formation…) font preuve d’humilité devant l’œuvre et d’un souci de progression constante. Que demander de plus ? Shine On !

La setlist :
1. Shine On 2. In The Flesh 3. Keep Talking 4. Another Brick 5. Time 6. Great Gig 7. Money 8. Us And Them 9. Coming Back To Life 10. Sorrow 11. What Do You Want From Me // 12. Welcome To The Machine 13. Dogs 14. Have a Cigar 15. Astronomy Domine 16. Brain Damage 17. Eclipse 18. Comfortably Numb Rappel 19. Run Like Hell 20. Young Lust.

Les musiciens :
Chant lead, Claviers : Julien Ferrand ; Saxophone, Claviers, Chœurs : Xavier Lambert ; Chant lead, Choeurs : Sabine Garcia ; Batterie, Chœurs : Pierre-Victor Ferrand ; Guitare : Nicolas Colomb; Basse : Xavier Mallamaci

Photos, vidéos et compte-rendu : Patrick Ducher

Extraits du concert

Musée Paul-Dini :  le Beaujolais en portrait à voir jusqu’au 16 février

Musée Paul-Dini : le Beaujolais en portrait à voir jusqu’au 16 février

Depuis le 19 octobre dernier, le musée Paul-Dini, à Villefranche, propose une exceptionnelle exposition : Beaujolais : arts, hommes et territoires de la Révolution à nos jours. On peut encore la visiter jusqu’au 16 février. Et même gratuitement ce 2 février, premier dimanche du mois.
 
Musée Paul-Dini - Blédine
L’exposition est organisée en collaboration avec le service de l’Animation de l’Architecture et du Patrimoine de Villefranche, à l’occasion de l’obtention du label « Pays d’art et d’histoire » par une large partie du Beaujolais. Elle présente plus de 200 œuvres (peintures, sculptures, affiches et objets).
 
Toutes ces œuvres sont à leur manière des portraits, thème retenu pour évoquer la région. Portraits de personnalités du monde politique, artistique, scientifique ou industriel, portraits d’anonymes aussi. L’ensemble dessine à son tour le portrait du territoire Beaujolais, qui a connu tant de bouleversements depuis la fin du XVIIIe siècle.
 
Le choix des œuvres s’est fait à partir des recherches historiques entreprises par le service de l’Animation de l’Architecture et du Patrimoine et par le musée Paul-Dini dans ses propres collections. Ce qui a permis de lancer une campagne de restauration des œuvres du fond ancien.
 
La scénographie fait dialoguer les œuvres entres elles tout au long du parcours. Dans la salle consacrée à Victor Vermorel, on peut ainsi admirer un portrait de l’inventeur et industriel par le peintre milanais Angelo Morbelli. Mais aussi des photos de vendangeurs ou charpentiers anonymes, ou des affiches publicitaires. Celle de 1912 signée Joë Bridge, pour les automobiles Vermorel vaut à elle seule le déplacement. Son slogan : « Flambés, il a une Vermorel !!! »
 

L’exposition a permis au musée Paul-Dini de lancer une campagne de restauration des œuvres du fond ancien.

 

Autre exemple, le comédien et violoncelliste proche des frères Prévert, Maurice Baquet. Il est représenté à la fois par de remarquables photos originales de son ami Doisneau, et par les clichés du photographe du journal Le Progrès Pierre Eymin, incontournable en Calade pendant une bonne partie de la deuxième moitié du siècle dernier.
 
De salles en salles on (re)découvre ainsi les personnalités du Beaujolais. On découvre Claude Bernard, scientifique et médecin, fondateur de la médecine moderne entre autres, dans une spectaculaire toile de Léon Augustin Lhermitte, de 1889, dont le titre dit tout : La Leçon de Claude Bernard ou Séance au laboratoire de vivisection.
 
Musée Paul-Dini - Clochermerle
Clochemerle par Albert
Dubout
Léon Jacquemaire chimiste et pharmacien de formation a créé la Blédine. Un ensemble d’affiches et d’objets publicitaires montre l’évolution de la stratégie promotionnelle de l’entreprise qui faisait appel à des artistes ou photographes reconnus, tels Blanc et Remilly.
 
On doit à ces derniers un portrait de l’écrivain Gabriel Chevallier, auteur du fameux Cochemerle. Dans la salle qui est consacrée à l’auteur, on peut aussi voir un dessin du village de Clochemerle (inspiré entre autres par Vaux-en-Beaujolais), signé de Albert Dubout, ainsi que l’affiche du film inspiré du roman, réalisé par Pierre Chenal.
 
Parmi les nombreuses autres merveilles de cette exposition, des œuvres de peintres originaire du Beaujolais ou y ayant vécu, tel Charles Pinet, né à Cogny et qui fut élève de Gustave Moreau, Jean Couty, Hubert Munier ou Suzanne Valadon. Un temps propriétaire du château de Saint-Bernard, elle y venait avec son mari André Utter et son fils Maurice Utrillo.
 
À l’occasion de cette exposition, un passionnant catalogue de 112 pages, avec 100 illustrations a été publié sous la direction de sa directrice Sylvie Carlier. Deux visites commentées sont encore programmées, les 9 et 16 février.
 
Plus d’informations : http://musee-paul-dini.com/
 
Emmanuelle Blanchet

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