Pour sa rentrée, la petite salle du Périscope accueillait la musique de Count Basie. Du moins, la réinterprétation d’un de ses disques méconnus de 1971 “Afrique” par le duo Lionel Martin (sax, clavier) et Sangoma Everett (batterie). Comment diable deux musiciens seuls en scène peuvent-ils revisiter les 8 titres d’un disque conçu à l’origine pour un grand orchestre d’une trentaine de musiciens ? Miracle !

Revisiting Afrique au Périscope - 6 septembre 2019

Le projet remonte à environ une année et a été rôdé sur quelques scènes depuis le printemps de 2019, dont une soirée-marathon au musée des Confluences le 18 mai (trois prestations à la suite pour Lionel ce soir-là !) et une apparition remarquée au jardin de Cybèle dans le cadre de Jazz à Vienne le 12 juillet.

Sur scène, le matériel est minimaliste : un sax, une batterie et un minuscule clavier Yamaha rouge vif sur lequel Martin – flamboyant dans un costume raccord avec clavier – créé une boucle sonore pour lancer certains morceaux (dont le superbe “Kilimandjaro”). Everett tapote une espèce de collier de grelots, frotte les peaux de sa batterie pour générer des sons étonnants de douceur. Il alterne pinceaux, maillets et baguettes et lance une rythmique, d’abord en finesse avant de faire monter la sauce et de passer le relais à son comparse.

Le saxman semble habité par son cuivre, comme si les deux ne faisaient plus qu’un. Et quand Sangoma reprend la main à coups de cymbales furieuses, on a l’impression d’un volcan en éruption.

Le batteur américain, jadis accompagnateur des musiciens de Claude Nougaro, vit en France depuis une quarantaine d’années. Il a confié sur les ondes de Radio Périscope avoir joué avec certains musiciens de l’orchestre original de Basie, dont le trompettiste Joe Newman qui fut son mentor à l’époque. Pressé par le scribe de citer son batteur préféré, il lâche “Billy Higgins” en reconnaissant que c’est une question très difficile.

Le son du sax est ample, Martin joue à l’énergie. Il faut écouter Hobo Flats pour bien l’apprécier. C’est un rythme quasi-martial qui enveloppe la petite salle. Le saxman semble habité par son cuivre, comme si les deux ne faisaient plus qu’un. Et quand Sangoma reprend la main à coups de cymbales furieuses, on a l’impression d’un volcan en éruption. Les compositions de Gabor Szabo (Gypsy Queen), ou d’Albert Ayler (Love Flower) fleurent bon le free.

Le duo est complice, les musiciens se font des signes de reconnaissance et semblent manifestement heureux de partager leur musique. Le public ne s’y trompe pas et réserve de chaleureux applaudissements à chaque solo, et une longue standing ovation finale.

Ce soir, le public du Périscope était africain.

Reportage et photos : Patrick Ducher

Le disque vinyle est publié chez Ouch Records (version LP) et Cristal Records (version CD)

Des extraits du disque original : Discogs

Un extrait du concert :