Afrique, tel est le nom d’un album mythique de Count Basie que le duo Martin (sax) / Everett (batterie) a réinterprété en 2019 sous le nom de Revisiting Afrique (Ouch ! Records). Pour son tout premier spectacle de rentrée, le service culturel de la ville d’Anse avait fait un pari : donner carte blanche aux musiciens précités, augmentés pour un soir du danseur Abdou N’Gom et de l’illustrateur Benjamin Flao dans le cadre d’un concert dessiné et dansé proposant une nouvelle réinterprétation du disque de Basie, conçu originellement pour un big band. Un quatuor étonnant qui a enchanté l’assistance ansoise.

reportage + photos de Patrick Ducher

Près de deux cents  spectateurs – distanciation physique incluse – avaient répondu présents pour écouter – et voir – cette proposition insolite. Quel plaisir de découvrir un spectacle VIVANT pendant cette période où l’on croise plutôt des morts-vivants dans les rues. Ce soir, le spectateur est gâté et ne sait où poser ses yeux. Il commence par observer les musiciens. Puis il découvre le pinceau du dessinateur projeté sur un grand écran. Ce dernier trace des courbes qu’il macule rapidement de coulures de peintures multicolores. Enfin, le danseur couché sur le devant de la scène se contorsionne et se glisse tel un lézard félin en marquant le rythme imposé par le rythme du tandem sax-batterie.

Le spectateur s’habitue petit à petit à ce “3-en-1” et son oeil vagabonde du danseur aux musiciens, tout en suivant le développement visuel en fond de scène. Il se demande qui mène … la danse. Justement, le danseur semble flotter dans l’air. Il esquisse parfois des breaks hip-hop. Puis il incite l’illustrateur à suivre son mouvement : ce dernier dessine des silhouettes qui suivent N’Gom, comme hypnotisées par sa démarche.

A un moment, Everett délaisse sa batterie et incite les spectateurs à frapper dans leurs mains. L’ambiance se réchauffe. Muni de ses seules baguettes, il frappe le sol et invite le danseur à le suivre dans sa rythmique. Ensuite, c’est le saxophoniste qui l’emprisonne de ses bras et de son instrument. L’effet est saisissant : le duo se mue en une seule et même entité vivante, dansante et performante.

L’illustrateur marque lui-même le tempo en traçant une forme ressemblant à un disque vinyle. Secouant la planche tout projetenant de la peinture noire dessus, il semble donner vie à un 33 tours qui accompagne ce spectacle en 3D..

Revisiting Afrique, un album qui se prête à l’improvisation

Par la suite, Abdou N’Gom me confie que le lien commnu entre les protagonistes est le rythme. Lui-même rend son corps, toujours en éveil, perméable à ce qu’il ressent. L’interaction avec le public joue donc un rôle primordial. Chacun suit tantôt l’un, tantôt se calque sur l’autre. La musique développée par Martin et Everett a cela de magique qu’elle se prête à de multiples improvisations. La performance de ce soir n’avait rien à voir avec celle jouée en duo dans le petit club du Périscope, ou dans l’église de Cogny.

Certes, il y a un fil narratif. Le danseur commence le spectacle en caleçon et le termine habillé. L’illustrateur retrace donc une histoire – on devine une migration, des personnages en mouvement – mais qui laisse le spectateur imaginer cette histoire par lui-même.

Le meilleur pour la fin. Le danseur se rapproche des spectateurs et les incitent à le rejoindre en suivant ses pas de danse. Ravis, ils s’exécutent, trop heureux de prendre part eux-même à un spectacle décidément très … vivant ! Applaudissements à tout rompre. C’était donc ça, la vie d’avant ? Vivement qu’on y goûte de nouveau ! 

Les artistes – Lionel Martin : saxophone, claviers ; Sangoma Everett : batterie ; Abdou N’Gom : danse et Benjamin Flao : illustrations. 

Extrait du concert :