Deux ouvrages pour (re)découvrir l’histoire de Villefranche

Deux ouvrages pour (re)découvrir l’histoire de Villefranche

Tous les ans, depuis près d’un siècle et demi, la fête des Conscrits de Villefranche déverse sa vague d’hommes en noir et jaune mimosa le dernier dimanche de janvier. Cela méritait qu’on se penche sur son histoire. Jean-Jacques Pignard, agrégé d’histoire et maire de la ville durant trois mandats, s’en était magistralement chargé. Publié en 1988, son ouvrage, depuis longtemps introuvable en librairie, vient d’être réédité par les éditions du Poutan, avec de nouvelles illustrations.

Couverture de Les Conscrits de Villefranche en Beaujolais

Si la réédition des Conscrits de Villefranche en Beaujolais en ce début d’année, est un véritable événement, c’est que Jean-Jacques Pignard s’y était toujours refusé, par manque de temps pour une réactualisation, et par crainte de trahir l’esprit de l’original. Jacques Branciard, directeur des éditions du Poutan l’a finalement convaincu en lui proposant tout simplement de reprendre le texte original… qui se suffit largement à lui-même.

On entre dans le livre comme dans un roman. Divisé en trois parties, l’ouvrage relate l’histoire de la fête, liée à la conscription et au tirage au sort, qui, durant tout le XIXe siècle, décidait qui ferait ou non son service militaire. En expliquant pourquoi Villefranche s’est singularisé des autres villes de France : c’est ici et nulle part ailleurs, en 1882, que les plus âgés ont commencé à se joindre à leurs cadets. Pour commémorer tous les dix ans leur propre tirage au sort. Sans doute aussi pour profiter eux aussi des festivités, qui au fil du temps prennent de plus en plus d’ampleur, en se codifiant.

Ces codes, justement, sont étudiés en détail par Jean-Jacques Pignard. Retraite au flambeau, costume, cocarde, couleur des rubans, gibus, bouquet, chanson de la classe, jour des femmes, vague, discours, banquet, retinton, enterrement, mardis des lycées… Tout ce vocabulaire de la fête qui parle au cœur de chaque caladois est passé en revue avec de nombreuses et riches anecdotes. On s’attardera, entre autres, avec délice sur les descriptions des impressionnants menus.

Le livre s’achève sur des réflexions sur le sens profond de la fête, son côté mélancolique et tragique, mais aussi sur son devenir et son aspect économique.

Villefranche-sur-Saône, une histoire en Beaujolais : la somme qui manquait sur l’histoire de Villefranche.

Couverture de Villefranche sur Saône une histoire en Beaujolais

En complément de ce livre, ou pour les passionnés d’histoire locale et de beaux ouvrages, les éditions du Poutan ont publié à l’automne dernier un autre incontournable : Villefranche-sur-Saône, une histoire en Beaujolais, signé Philippe Branche et Jean-Philippe Rey. Très richement illustré par les photos de Alain Jean-Baptiste et de très nombreux documents, avec une mise en page originale – qui permet notamment de découvrir maison par maison toute la rue nationale – cet ouvrage est la somme qui manquait sur l’histoire de Villefranche.

Les deux auteurs, historiens émérites – Philippe Branche, membre de l’Académie de Villefranche, travaille à la maison du Patrimoine et est le meilleur spécialiste des fonds documentaires et iconographiques consacrés à la région, Jean-Philippe Rey est édité chez Perrin où il a notamment pris la suite de Jean Tulard – ont aussi fait appel à différents spécialistes de l’histoire locale : Jacques Branciard, Jean-Claude Durand-Boguet, Jeanine Meaudre, Laurence Petit, Daniel Rosetta, Michel  Rougier, Simone Vogelgesang.

Contrairement à la majorité des précédents ouvrages consacré à Villefranche, ils ne font pas débuter son histoire à sa création officielle au début du XIIe siècle par les sires de Beaujeu. Ils remontent à la préhistoire : dans le secteur de Béligny, qui ne sera intégré à la ville qu’en 1853, on a trouvé des restes d’animaux préhistoriques, mais aussi des vestiges gallo-romains. Ils redonnent aussi de l’importance à Limas puisque c’est à partir de son château que le territoire de la ville se forme.

Une étude des grands domaines, Ponbichet, Fongraine, Belleroche, et des quartiers originels, permettent de comprendre, comment la ville s’est structurée, de la fameuse nef du centre historique à aujourd’hui, sous l’influence d’un fort développement économique et urbanistique.

Construit chronologiquement, le livre est résolument pédagogique, pour s’adresser au plus grand nombre. Mais les lecteurs avertis ne sont pas oubliés avec la proposition de nouvelles pistes historiques et de nombreux portraits de personnalités méconnues.  

Emmanuelle Blanchet

Plus d’infos : poutan.fr

Guy Delisle et Christophe André : S’enfuir – Récit d’un otage

Guy Delisle et Christophe André : S’enfuir – Récit d’un otage

Guy Delisle - Christophe André : S'enfuir

Il est environ 15 heures 30 et Jean-Louis Musy, le gérant de la librairie Expérience située place Antonin Poncet à Lyon, râle. Une longue file anarchique de personnes se met en place dans l’arrière-boutique : elles viennent collecter une dédicace du dessinateur Guy Delisle à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage : S’enfuir – Récit d’un otage (Dargaud). “prenez un ticket pour avoir une dédicace, s’il vous plaît !” hurle-t-il. Et il ajoute : “et profitez en pour ouvrir et feuilleter des livres autour de vous, c’est si rare de nos jours !”.

De gauche à droite : Patrick Ducher, Christophe André et Guy Delisle à la librairie Expérience

Delisle est accompagné de Christophe André – ex-responsable de la sécurité d’expatriés de MSF kidnappé en Tchétchénie en mars 1997 – dont il a relaté l’histoire sous forme de BD. Habitué de l’autobiographie – il a raconté ses périples en Corée du Nord, à Jérusalem, en Birmanie …- c’était la première fois que Delisle mettait en scène quelqu’un d’autre, en l’occurrence un homme retenu otage pendant près de 4 mois au plus fort des tensions sur une zone couvrant la Tchétchénie, l’Ingouchie et l’Ossétie du Nord, des républiques situées dans l’ex-URSS.

“S’enfuir” est un livre dur à lire. Delisle s’est mis dans la peau de Christophe André pour revivre son histoire. L’attente, la lenteur, l’absence d’informations, le fait d’être enchaîné à un radiateur… Un calvaire. Le lecteur ressent un malaise palpable à travers de longues pages où il ne se passe … rien. Christophe André m’a confié qu’il n’avait pas souhaité raconter son aventure sous une forme écrite, il n’en n’a pas ressenti le besoin. Il m’explique que la rencontre cruciale avec Delisle s’est faite en 2001 via MSF – l’ONG pour laquelle travaillait aussi l’épouse du dessinateur – mais qu’il a fallu toutes ces années avant que le livre ne prenne forme, Delisle étant parti entretemps à Pyongyang, puis à Addis-Abeba, Jérusalem et partout où les missions de sa compagne se déroulaient. Une amitié s’est tissée progressivement entre Christophe André et Guy Delisle.

 Maison pour Tous - salle des Rancy

Une belle assemblée à la Maison pour Tous – salle des Rancy

Le tandem a par la suite levé le voile sur le “making-of” du récit durant une conférence-débat organisée par l’institut Bioforce à la maison pour tous de la salle des Rancy de Lyon devant près de 400 personnes, dont une majorité de trentenaires et quadras. Christophe André explique qu’il n’a pas gardé de séquelles car il avait été très bien préparé avant son départ. Il confie que les 48 heures qui ont suivi son enlèvement ont été déterminantes : il s’agissait pour MSF de restreindre le nombre de personnes au courant du kidnapping – André travaillait à Nazran, petite ville ingouche non loin de la frontière tchétchène – afin de pouvoir choisir les bons interlocuteurs localement. Une fois la police tchétchène prévenue, tout le pays allait être au courant. Durant sa détention, il était enchaîné toute la journée à un radiateur. Mais à aucun moment, il n’a réclamé de traitement de faveur, ni d’avoir accès à une radio, un journal. Il calculait mentalement les jours qui passaient afin de garder le contrôle de la temporalité. “Perdre la notion du temps, c’était s’avouer battu et dépendre totalement de mes ravisseurs” selon lui. Un jour, ses gardiens lui ont apporté un exemplaire de Libération pour faire une photo – sans doute pour donner une preuve de vie ? – il n’a même pas regardé le contenu du journal, seule la date lui importait : il ne s’était pas trompé dans ses calculs, il avait su rester maître de son temps. C’était une grande victoire car il avait conservé au moins un repère !

S’enfuir - Récit d’un otage

Le livre “S’enfuir – Récit d’un otage” et le tiré à part

Delisle a produit une BD minimaliste : peu de décors – un radiateur, un type en maillot de corps, un cagibi, parfois un couloir, un seau pour les besoins naturels – un fil narratif ténu. Il raconte que lorsqu’il travaillait sur l’album, il était dans une pièce avec des collègues dessinateurs qui le charriaient (“Tu es encore sur un radiateur un an plus tard ?”). Du récit que lui a conté Christophe André, Delisle a choisi les moments les plus forts émotionnellement parlant, justement parce que chaque petite déviation de la routine était vécue comme un événement à travers lequel il a injecté une petite dose d’humour pour dégonfler la tension ambiante.

“PERDRE LA NOTION DU TEMPS, C’ÉTAIT S’AVOUER BATTU ET DÉPENDRE TOTALEMENT DE MES RAVISSEURS”

André explique qu’il était vital de comprendre la façon dont fonctionnaient ses geôliers pour être prêt à saisir une occasion de s’enfuir si celle-ci devait se présenter. Un jour, une porte est restée ouverte, il n’avait plus de menottes, la maison où il était captif était vide. Il se risque dehors précautionneusement et décide de tenter sa chance et de filer. S’ensuit un périple dans une campagne hostile. Il est recueilli par une famille à 40 kms de Grozny, la capitale tchétchène avant d’être finalement pris en charge par l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) et de s’envoler pour l’ambassade de France à Moscou. Il explique qu’il a dû passer par un “sas” avant son retour à la vie publique “car on ne relâche pas quelqu’un qui a été absent pendant près de 4 mois sans explications”. Détail amusant : quand on lui a demandé s’il souhaitait visiter un lieu particulier, il a exprimé la volonté de voir la plaine de la Moskova, théâtre d’une grande bataille napoléonienne. La BD s’achève sur la vue de ces grands espaces, après que le lecteur ait souffert avec un personnage confi né dans de petites cases étroites pendant plus de 400 pages. 

Reportage : (C) Patrick Ducher

Plus d’informations :

Le blog de Guy Delisle.

Des extraits des entretiens entre Christophe André et le dessinateur.

Un article de Libération (1997)

Des extraits de la BD publiés en avant-première sur le blog du Monde l’été dernier

La vidéo de la conférence

Nouveau théâtre de Villefranche : 25 ans déjà

Nouveau théâtre de Villefranche : 25 ans déjà

25 ans du nouveau théâtre de Villefranche

Qui dit anniversaire, dit gâteau avec bougies. Celles des 25 ans du nouveau théâtre de Villefranche ont été soufflées sur la scène

Il y a exactement 25 ans le nouveau théâtre de Villefranche était inauguré. Pour fêter ce très joyeux anniversaire, une plaque commémorative a été dévoilée ce jeudi 12 par le directeur du théâtre, Alain Moreau, mais aussi par ceux qui ont été à l’origine de cette très belle restauration : Jean-Jacques Pignard, maire de la ville en 1989, date de la décision des travaux, Bernard Perrut, alors adjoint à la Culture, et le scénographe  Igor Hilbert. Ce dernier a élaboré la partie scénique du théâtre aux cotés de l’architecte Jean-Claude Rérolle, aujourd’hui décédé.

Plutôt que d’une restauration il faudrait parler de transformation. De l’ancien théâtre, seuls sont conservés les murs et une partie de la charpente. Surtout la grande et belle idée est de garder intacte la façade de la fin du XIXe siècle.

A l’origine destiné à être une salle des fêtes, le bâtiment est inauguré le 15 février 1898 avec un spectacle de la Comédie Française… Pour fermer ses portes un an plus tard, à cause de graves malfaçons.  Entre la date de sa réouverture en 1900, et la fin des années 1950, le lieu accueille aussi bien bals, banquets, que spectacles en tout genre. Il subit aussi plusieurs incendies qui imposent de gros travaux de rénovation. En 1958, la salle à l’italienne avec galeries et loges a laissé place à une salle frontale surplombée de deux balcons et n’accueille plus que des représentations théâtrales et musicales.  Il en est ainsi jusqu’à la fin des années 1980. Devenu trop petit, trop ancien, il doit être une nouvelle fois restauré.

La salle du nouveau théâtre de Villefranche est creusée pour « qu’on puisse voir les pieds des danseuses de tous les fauteuils »

La décision est prise d’engager les travaux nécessaires en 1989. Un budget de 20 millions de francs est prévu. Il sera presque respecté puisqu’au final 22 millions sont dépensés par la ville, le département, la région et l’Etat. Les travaux durent très exactement 13 mois. La scène et le plateau technique sont entièrement repensés. La salle est creusée pour « qu’on puisse voir les pieds des danseuses de tous les fauteuils »…

Enfin le « nouveau » théâtre de 700 places est inauguré le 11 janvier 1992, là encore avec un spectacle de la Comédie Française. Depuis,  1 000 000 de spectateurs ont assisté à 1200 spectacles, dont 70 créations, présentés par 7000 artistes.  Soit chaque année une quarantaine de spectacles – aussi pointus et de qualité qu’accessibles à un large public – proposés à 3500 adhérents et environ 40 000 spectateurs. A l’instar de cette 27e saison, « toujours singulière, populaire et exigeante »

E.B.

#jenaipasportéplainte : génèse d’un roman

#jenaipasportéplainte : génèse d’un roman

Marie-Hélène Branciard

Marie-Hélène Branciard

En seulement 2 romans, Marie-Hélène Branciard a su imposer un style bien à elle, par une écriture typée, hyper contemporaine, un rythme rapide, rock’n’roll,  au service d’histoires faussement familières et de héros avec lesquels on pourrait tous être amis. Après Les Loups du remords, roman de « bande post-adolescente », son polar #jenaipasportéplainte s’est construit autour d’une passionnante expérience, entre littérature et réseaux sociaux.  Où l’on découvre une mystérieuse Shane Zooey. Cineartscene a enquêté pour en savoir plus.

Vous venez de terminer le roman de Marie-Hélène Branciard. Vous n’avez pas envie de le quitter… Pas tout de suite… Pas déjà… Alors vous tournez les dernières pages pour lire jusqu’à la dernière goutte. Les remerciements. Et là, la 1ère phrase ouvre un nouveau mystère : « A Shane Zooey, mon alter-ego virtuel qui a enrichi ma façon d’écrire et d’appréhender la vie. » Il était indispensable de faire parler l’auteur, de comprendre son processus de création.

Marie-Hélène Branciard s’inspire de ses conversations virtuelles pour l’écriture de #jenaipasportéplainte

Marie-Hélène Branciard explique : « Je suis partie d’une nouvelle inachevée sur le thème de la reconstruction après un viol. En 2012, le hashtag #jenaipasportéplainte est lancée sur Twitter [suite à la campagne « Pas de justice, pas de paix » ]. Je venais de terminer Les Loups du remord et j’avais un peu de mal à partir sur un nouveau projet…  Cela m’a donné envie de reprendre la nouvelle, avec l’idée d’ajouter une vengeance. Au début je voulais écrire un roman avec des morceaux de blogs insérés dans l’histoire. Petit à petit je me suis concentrée sur l’intrigue, en supprimant tout ce qui nuisait à sa compréhension. Le roman est devenu un polar. Il fallait accorder le fond et la forme. Il me fallait tester d’autres formes d’écriture adapté aux échanges sur Internet. D’où l’idée d’utiliser mon alter-ego virtuel »

Shane McCutcheon, alias Shane Zooey

La comédienne Kate Moennig alias Shane McCutcheon, alias Shane Zooey

Shane Zooey est vraiment née lorsque l’auteur s’est créé un profil avec la photo de Shane McCutcheon  , héroine de la série The L word diffusée sur HBO, en modifiant juste le nom de famille. Avec cet avatar, Marie-Hélène-Shane parle avec des inconnus, de littérature, du droit des femmes, devient amie avec certains. Et écrit, s’inspirant de ces conversations, à l’insu des ses interlocuteurs, dont plusieurs sont aussi écrivains. A l’instar de Marie Van Moere, auteur de la préface du livre qui ne connaissait que Shane Zooey. Marie-Hélène s’efface aussi parfois totalement, en laissant Shane publier deux mini-chroniques littéraires : On ne se sauve pas du chagrin pour Le ciel et le sable de Tara Lennart et Un chardon à fleur de peau pour Ma Barricade, le roman d’Elemo Drop.

Cette expérience à la limite de la schizophrénie permet à Marie-Hélène Branciard de libérer son écriture. Et de clarifier ses idées, qu’elle écrit sur des feuilles volantes étalées sur le sol, au sens propre du terme, avant de les mettre dans l’ordre.

Marie-Hélène le dit sans détour : «  #Jenaipasportéplainte serait différent sans elle… »

Pour en savoir plus et découvrir d’autres très beaux textes, n’hésitez pas à visiter le site  #Jenaipasportéplainte  

Emmanuelle Blanchet

La romancière Marie-Hélène Branciard au 3e Salon du Livre d’Arnas

La romancière Marie-Hélène Branciard au 3e Salon du Livre d’Arnas

#JenaipasportéplainteLa romancière Marie-Hélène Branciard sera ce dimanche 20 novembre au 3e Salon du Livre d’Arnas. Une bonne occasion de parler de son nouveau livre #Jenaipasportéplainte,  édité aux Editions du Poutan

Réaliser un deuxième film, écrire un deuxième roman, est souvent considéré comme une étape plus délicate que la création de la toute première œuvre. Attendu au tournant par des critiques moins indulgents, il n’est pas rare d’échouer à cette étape. Marie-Hélène Branciard, elle, franchit l’obstacle haut la main avec son nouveau roman, #Jenaipasportéplainte.

Polar haletant, #Jenaipasportéplainte, est une histoire de vengeance. Et pas n’importe quelle vengeance. Celle dont toutes les femmes ayant subi un viol peuvent rêver… Après une manif pro « Mariage Pour Tous », Solün, photographe de presse, découvre le corps inanimé d’une jeune femme. À l’hôpital où elle l’accompagne, elle fait connaissance avec ses potes – une bande d’artistes un poil allumés – et se lance avec eux à la poursuite des agresseurs.

Comme pour son premier roman, Les Loups du remord, l’auteur excelle dans la construction en puzzle. Les faits sont distillés progressivement avec l’habileté démoniaque propre aux auteurs de page turner. Le lecteur ne peut que se laisser emporter, à une vitesse effrénée, dans ce récit peuplé  de personnages à fort tempérament, vrais héros ou vrais méchants, odieux à souhait.

Portée par son sujet, Marie-Hélène Branciard, libère son écriture et invente un style 2.0, version littéraire hyper créative, parfois poétique même, des échanges sur réseaux sociaux. Si l’on en croit les remerciements à la fin du roman, un mystérieux alter-ego virtuel, Shane Zooey, l’aurait beaucoup aidé en cela… On en redemande !

Emmanuelle Blanchet

 

3e édition du salon Des Livres en Beaujolais

Parrainé par l’incontournable Bernard Pivot, le 3e salon du livre d’Arnas-Beaujolais, ce dimanche, s’annonce comme une fort belle fête.

60 auteurs, romanciers, auteurs de polars, de BD, philosophes, journalistes, auteurs jeunesse, ou encore historiens invités,  des expositions – notamment de planches originales de Little Lou  de Jean Claverie – une table ronde sur le thème « Polar et vengeance », une conférence, des lectures, un marché du vin et même un spectacle.

Intitulé malicieusement  Au secours ! Les mots m’ont mangé  est écrit et interprété par Bernard Pivot. Ce qu’il en dit est déjà une gourmandise : « On déguste des phrases. On savoure des textes. On boit des paroles. On s’empiffre de mots. Écriture et lecture relèvent de l’alimentation. Mais la vérité est tout autre : ce sont les mots qui nous grignotent, ce sont les livres qui nous avalent. Voici le récit de la vie périlleuse, burlesque et navrante d’un homme mangé par les mots. »

Le 3e salon Des livres en Beaujolais se tient Espace Grange du Moulin à Arnas, de 10 à 18 heures.

Programme complet

 

TRONDHEIM/FINDAKLY en dédicace à la libraire Expérience

TRONDHEIM/FINDAKLY en dédicace à la libraire Expérience

Lewis Trondheim

Un moment délicieux de partage d’anecdotes et deux jolies dédicaces.

Reportage et photo : Patrick Ducher

 

Lewis Trondheim est un bourreau de travail. Quand il n’est pas en train de finaliser une histoire de sa série gothico-médiévale Le Donjon, il publie le 9ème volume des aventures de son « héros bon-à-rien » Ralph Azham, tout en supervisant la réalisation collégiale de Infinity 8 (« 8 agents, 8 missions »). J’allais oublier ses réalisations annexes notamment pour les éditions Delcourt ou à l’Association. Lors du festival estival « Lyon BD », j’ai eu l’occasion de croiser des fans « accros » aux deux premières séries. Or, il a un public fidèle très éclectique. « Certains rentrent dans mon univers via Ralph, d’autres par Les petits riens » (ses croquis dans lesquels il se met en scène de façon semi-fictionnelle sous la forme d’un faucon) me confie-t-il.

Il a une réputation de « méchant ». En vrac, il n’aime pas les journalistes (ses « ennemis »), l’inculture, l’absence de références (chez ses confrères et chez la jeune génération d’auteurs). Il n’aime surtout pas la bêtise ni l’obscurantisme.

Ce mardi 18 octobre, il était en dédicace à la librairie lyonnaise Expérience avec sa femme, la coloriste Brigitte Findakly pour le magnifique récit autobiographique de cette dernière (Les coquelicots d’Irak) publié chez L’Association, dans la veine de L’arabe du futur (Riad Sattouf), ou de Poulet aux prunes (Marjane Satrapi).

Le tandem échange volontiers sur leur manière de travailler : « Je portais ce récit en moi depuis longtemps mais j’étais incapable d’écrire, de le mettre en forme. C’est Lewis qui m’a aidé à le structurer » explique Brigitte à un visiteur. Pour ma part, je raconte à Trondheim que L’atelier mastodonte, la série humoristique mettant en scène l’univers d’un pseudo-atelier de dessinateurs de Spirou m’avait fait replonger dans mon enfance, quand je lisais les fameux recueils de l’hebdomadaire de mon oncle en dégustant des biscuits BN. Sourire amusé du « méchant ».

Outre ses multiples occupations, Lewis Trondheim donne des cours à l’école d’art de Villeurbanne Émile Cohl. Son souci premier est de sensibiliser les futurs dessinateurs au bon équilibre entre la réalisation graphique et le texte, le scénario qui constitue selon lui la base essentielle d’une démarche créative.

(C) Patrick Ducher

Pin It on Pinterest