Lionel Martin, le multi-saxophoniste

Lionel Martin, le multi-saxophoniste

Le saxophoniste Lionel Martin sort ce 2 octobre SOLOS, un disque… solo qui est autant une invitation au rêve qu’au voyage, avec des textures sonores poétiques et hypnotiques.

Nourri de ses multiples expériences musicales, ce disque, parti d’une base improvisée, livre un récit musical très écrit, monté comme un film avec l’ingénieur du son Bertrand Larrieu. Avec une magnifique pochette signée Combas, l’album est une quintessence de son univers mental foisonnant. Il devait être au Grand Barouf du Rhino Jazz(s) Festival pour une dizaine de jours de folie et de performance autour de cet album. La fête est reportée à une date ultérieure. Heureusement l’album existe.  Patrick Ducher vous en parle dans sa chronique, Lionel Martin : plus d’un tour dans son sax.  Et nous avons pu recontrer ce musicien hors norme, à la fois musicien, compositeur et fondateur/directeur artistique du label Ouch ! Records.

Lionel Martin © Lucien Martin
ionel Martin © Lucien Martin

Ces dernières années on vous a surtout vu avec des groupes – Ukandanz, Palm Unit, Madness Tenors – ou en duo avec Mario Stantchev ou Sangoma Everett. Pourquoi cet album solo ?

Je travaille (je joue) en solo depuis tant d’année… Souvent je raconte cette anecdote :  à 14 ans je devais de l’argent, c’était un 24 décembre… vous connaissez la suite, j’ai pris mon saxo et je suis allé jouer dehors à la Croix-Rousse… Depuis j’ai bourlingué pas mal mais je n’ai jamais arrêté de faire cela. Ça va faire une trentaine d’années finalement…

Récemment j’ai découvert des batteries, une enceinte amplifiée autonome, cela a été la révélation, je pouvais apporter dans la rue mon univers de sons et le mélanger en direct avec le réel, le son de la rue, du métro…

J’ai senti une certaine maturité, assez de maturation, c’était l’heure….

Comment avez-vous travaillé pour ce disque ? Comment s’est passé votre collaboration avec l’ingénieur du son Bertrand Larrieu ?

Tous les jours j’écris un petit peu, des petits trucs, qui me serviront ou pas. Je ne suis pas compositeur, en revanche j’ai des idées. Quand elles me plaisent je les note et cela peut donner des morceaux qu’on a pu entendre avec mes groupes précédents.

Ici c’est différent, j’avais tellement de choses à dire, que j’ai tout dit… des heures et des heures d’enregistrement. C’est après que nous avons fait le travail de composition avec Bertrand à partir de ce matériel. C’est un peu du cinéma, on a fait du montage, et j’ai rejoué parfois par dessus pour ramener encore des idées qui surgissaient… Maintenant pour préparer les concerts, j’écris la partition…

Bertrand nous suit depuis longtemps, il a beaucoup travaillé avec Damien Cluzel de Ukandanz, mais aussi beaucoup pour la danse, le court-métrage, les images, de la prise de son à l’élaboration de bandes son. Il a une culture immense et une envie très précise de ce qu’il veut. Il m’a poussé dans mes retranchements, poussé à aller au bout, je ne cesserais de le remercier tant il a été exigent. Je souhaitais travailler avec lui, car je voulais quelqu’un de polyvalent, capable de s’adapter, de capturer le son, ce qui l’entoure, une globalité, pas seulement de la musique faite avec des notes…

Au début il n’était pas sûr de vouloir travailler sur le disque après la prise de son et puis il s’est impliqué, c’est devenu aussi important pour lui que pour moi …d’où ce titre SOLOS : seul mais à plusieurs… Nous nous sommes surpris mutuellement et voila le résultat.

Parlons de la pochette signée du peintre Robert Combas, qui n’est pas sans rappeler l’affiche du Rhino Jazz de cette année… puisque vous deviez y être tous les deux ensembles en résidence ! Comment est née cette collaboration ?

C’est en effet un zoom, un gros plan sur le rhino de l’affiche du festival que Robert Combas à peinte. Un jour il m’a dit : « bien sur, le rhino c’est toi »… Encore un rêve pour moi qui cherche tout le temps à décloisonner, à travailler avec des artistes pas forcément musiciens. Bien que lui le soit !

J’avais vu son exposition au Musée d’Art Contemporain de Lyon en 2012 dans laquelle était installé un atelier : on pouvait le voir travailler si on avait de la chance ! Exposition marquante !

Auparavant j’avais vécu mon expérience solo dans un arbre perché à 10 mètres de hauteur pour le Rhino Jazz festival.  Le temps passant, j’avais envie de renouveler l’expérience dans un autre lieu atypique, mais cette fois avec un artiste complémentaire.

Ludovic Chazalon, directeur artistique du Rhino Jazz(s) Festival, s’est emparé de l’idée, nous avons évoqué Robert ensemble… Il l’a contacté, Robert a tout de suite voulu s’engager. Je suis allé chez lui avec mon saxo, je me suis présenté en jouant, pour qu’il me sente, qu’il valide, que nous validions la même envie de partager une histoire hors norme… C’était parti, c’est parti, pour ce « grand barouf » à St Etienne dans un atelier géant au milieu des toiles de et avec Robert Combas.  Je vais jouer avec les sons sur des thématiques improbables, on pourra voir pendant 15 jours ce travail en direct1. Je prépare une palette où les couleurs sont des idées, une thématique, ou… du vide pour laisser venir l’imagination…

Emmanuelle Blanchet

1 : Le Grand Barouf n’est que repoussé. Il aura bien lieu selon les organisateurs : plus d’infos ici bien sûr dès que la date sera connue !

 

 

Revisiting Afrique Connexions : jazz augmenté à Anse

Revisiting Afrique Connexions : jazz augmenté à Anse

Afrique, tel est le nom d’un album mythique de Count Basie que le duo Martin (sax) / Everett (batterie) a réinterprété en 2019 sous le nom de Revisiting Afrique (Ouch ! Records). Pour son tout premier spectacle de rentrée, le service culturel de la ville d’Anse avait fait un pari : donner carte blanche aux musiciens précités, augmentés pour un soir du danseur Abdou N’Gom et de l’illustrateur Benjamin Flao dans le cadre d’un concert dessiné et dansé proposant une nouvelle réinterprétation du disque de Basie, conçu originellement pour un big band. Un quatuor étonnant qui a enchanté l’assistance ansoise.

reportage + photos de Patrick Ducher

Près de deux cents  spectateurs – distanciation physique incluse – avaient répondu présents pour écouter – et voir – cette proposition insolite. Quel plaisir de découvrir un spectacle VIVANT pendant cette période où l’on croise plutôt des morts-vivants dans les rues. Ce soir, le spectateur est gâté et ne sait où poser ses yeux. Il commence par observer les musiciens. Puis il découvre le pinceau du dessinateur projeté sur un grand écran. Ce dernier trace des courbes qu’il macule rapidement de coulures de peintures multicolores. Enfin, le danseur couché sur le devant de la scène se contorsionne et se glisse tel un lézard félin en marquant le rythme imposé par le rythme du tandem sax-batterie.

Le spectateur s’habitue petit à petit à ce “3-en-1” et son oeil vagabonde du danseur aux musiciens, tout en suivant le développement visuel en fond de scène. Il se demande qui mène … la danse. Justement, le danseur semble flotter dans l’air. Il esquisse parfois des breaks hip-hop. Puis il incite l’illustrateur à suivre son mouvement : ce dernier dessine des silhouettes qui suivent N’Gom, comme hypnotisées par sa démarche.

A un moment, Everett délaisse sa batterie et incite les spectateurs à frapper dans leurs mains. L’ambiance se réchauffe. Muni de ses seules baguettes, il frappe le sol et invite le danseur à le suivre dans sa rythmique. Ensuite, c’est le saxophoniste qui l’emprisonne de ses bras et de son instrument. L’effet est saisissant : le duo se mue en une seule et même entité vivante, dansante et performante.

L’illustrateur marque lui-même le tempo en traçant une forme ressemblant à un disque vinyle. Secouant la planche tout projetenant de la peinture noire dessus, il semble donner vie à un 33 tours qui accompagne ce spectacle en 3D..

Revisiting Afrique, un album qui se prête à l’improvisation

Par la suite, Abdou N’Gom me confie que le lien commnu entre les protagonistes est le rythme. Lui-même rend son corps, toujours en éveil, perméable à ce qu’il ressent. L’interaction avec le public joue donc un rôle primordial. Chacun suit tantôt l’un, tantôt se calque sur l’autre. La musique développée par Martin et Everett a cela de magique qu’elle se prête à de multiples improvisations. La performance de ce soir n’avait rien à voir avec celle jouée en duo dans le petit club du Périscope, ou dans l’église de Cogny.

Certes, il y a un fil narratif. Le danseur commence le spectacle en caleçon et le termine habillé. L’illustrateur retrace donc une histoire – on devine une migration, des personnages en mouvement – mais qui laisse le spectateur imaginer cette histoire par lui-même.

Le meilleur pour la fin. Le danseur se rapproche des spectateurs et les incitent à le rejoindre en suivant ses pas de danse. Ravis, ils s’exécutent, trop heureux de prendre part eux-même à un spectacle décidément très … vivant ! Applaudissements à tout rompre. C’était donc ça, la vie d’avant ? Vivement qu’on y goûte de nouveau ! 

Les artistes – Lionel Martin : saxophone, claviers ; Sangoma Everett : batterie ; Abdou N’Gom : danse et Benjamin Flao : illustrations. 

Extrait du concert :

Feel of Floyd : Looking for my Generation

Feel of Floyd : Looking for my Generation

C’était ma seconde expérience du tribute Feel Of Floyd après un passage épique – pour cause de chaleur étouffante – à Viriat (01) devant 700 personnes le 14 septembre dernier. Cette fois-ci, la configuration était plus petite (450 personnes dans une salle des fêtes accueillante) à Vonnas (01), mais l’enthousiasme du public restait inchangé.

Feel of Floyd - Vonnas fév 2020

Ce qui m’a marqué, c’est la diversité : sexas, quinquas, quadras, trentenaires mais aussi pas mal d’ados (le spectacle était soutenu par une association d’écoles laïques et une armée de bénévoles). Une bonne occasion de faire découvrir (et perdurer) la musique floydienne. La setlist a été resserrée par rapport au précédent concert – le groupe m’a confié backstage que son élaboration était toujours un sujet délicat… – sans impact sur la fluidité générale du show. L’occasion de souligner le boulot des pros, Christophe Thenon (son) et Yannick Ghignon (lumières), ce qui n’est pas évident dans ce type de lieu.

Signalons la première partie efficace d’un duo de reprises rock-blues (Deep Purple, Led Zep, Dire Straits, mais aussi Bill Deraime et Téléphone) : le duo Frenchy (Eric Potapenko au chant et Guillaume Pocheron à la guitare, qui fait aussi office de backline pour Feel of Floyd).

Le répertoire choisi des Floyd intègre aussi des titres moins courants

Si le répertoire choisi ne surprend pas – mélange de tubes attendus et de morceaux emblématiques – il intègre aussi des titres moins courants tel qu’un Young Lust impeccable, avec une basse furieuse, et Have A Cigar. La recréation du début de Welcome To The Machine est un bel effort.

Au chant principal et claviers, Julien Ferrand se charge à la fois des voix de Gilmour et Waters avec efficacité, soutenu par Xavier Mallamaci, tel un Guy Pratt hurlant sur Run Like Hell. Il ne faut pas oublier Great Gig : la vocalise spatiale a remarquablement tenu le choc grâce à Sabine Garcia, qui assure seule comme une grande ce morceau d’anthologie. Pierre-Victor Ferrand martèle sa batterie avec force, pendant que Xavier Lambert – également aux claviers et à la direction de groupe – se lance dans un solo de sax inattendu sur Another Brick. Et Gilmour, pardon, Nicolas Colomb ? Il assure sans en faire trop. Son Comfortably Numb est sobre, Sorrow est impeccable et Young Lust quasi-hard rock.

Le groupe Feel of Floyd
Les musiciens de Feel of Floyd

Certes, il faut faire abstraction de quelques « pains » : le début de la deuxième partie fut un peu hésitant, avec un Dogs cafouilleux (la faute à une tour de la Battersea en vrac ?), des lyrics qui pataugent parfois en mode yaourt (Sorrow) ou un Astronomy disons bruitiste. On regrettera l’absence de High Hopes 1 et d’un autre titre pré-Dark Side genre… Echoes ? L’ajout d’un morceau de l’album Final Cut constituerait une vraie prise de risque.

Mais il reste que les deux heures et quelques se sont écoulées à la vitesse grand V. Le public, chaud bouillant, était ravi. Les zicos semblent manifestement heureux d’être sur scène et ne se prennent pas le boulard.

Moment de partage backstage très sympathique. Ces amateurs (le bassiste est kiné, le sax sapeur-pompier, le chanteur menuisier de formation…) font preuve d’humilité devant l’œuvre et d’un souci de progression constante. Que demander de plus ? Shine On !

La setlist :
1. Shine On 2. In The Flesh 3. Keep Talking 4. Another Brick 5. Time 6. Great Gig 7. Money 8. Us And Them 9. Coming Back To Life 10. Sorrow 11. What Do You Want From Me // 12. Welcome To The Machine 13. Dogs 14. Have a Cigar 15. Astronomy Domine 16. Brain Damage 17. Eclipse 18. Comfortably Numb Rappel 19. Run Like Hell 20. Young Lust.

Les musiciens :
Chant lead, Claviers : Julien Ferrand ; Saxophone, Claviers, Chœurs : Xavier Lambert ; Chant lead, Choeurs : Sabine Garcia ; Batterie, Chœurs : Pierre-Victor Ferrand ; Guitare : Nicolas Colomb; Basse : Xavier Mallamaci

Photos, vidéos et compte-rendu : Patrick Ducher

Extraits du concert

Renaud Garcia-Fons Trio au Saint-Fons Jazz festival

Renaud Garcia-Fons Trio au Saint-Fons Jazz festival

Chaque fin janvier, le Saint-Fons Jazz festival propose une prog’ épatante grâce au directeur de l’Ecole de Musique Norbert Gelsumini. Grands noms et jeunes pousses ont donné ses lettres de noblesse à cet événement culturel qui fête sa 21ème édition en accueillant le 31 janvier le saxophoniste Kenny Garrett (Miles Davis, Marcus Miller…) et, ce 24 janvier, le contrebassiste français Renaud Garcia-Fons en trio. Garcia-Fons à Saint-Fons, c’était de circonstance ! Proximité avec le public, échanges et atmosphères furent au rendez-vous.

Renaud Garcia-Fons Trio

Garcia-Fons joue ce soir son album “La vie devant soi” inspiré du célèbre roman de Romain Gary. Prétexte à des clins d’oeil à Robert Doisneau, Jacques Prévert, Michel Simon et Raymond Queneau, au Paris d’antan, mais aussi de maintenant. Les ambiances sont à la fois nostalgiques – le trio attaque avec “Revoir Paris” de Trenet – et rythmées, avec notamment “Les écoliers” – un morceau dédié à Goscinny et au Petit Nicolas – et “Je prendrai le métro”. L’accordéon de David Ventucci évoque la course des gens. On imagine une Zazie virevoltante au milieu de la foule. Le batteur Stéphan Caracci joue habilement de ses “brushes” et se sert de pads de plastique qui apportent une sonorité originale à l’ensemble.

Reanud Garcia-Fons
Le contrebassiste français Renaud Garcia-Fons

Garcia-Fons présente chaque morceau avec souvent une pointe d’humour. Il indique qu’il ne faut pas qu’il se trompe de poche (“mouchoir de droite pour le rhume, mouchoir de gauche pour essuyer les cordes”). Sur “Le long de la Seine”, le trio invite à une rêverie au bord de l’eau. Pour ce titre, le batteur devient vibraphoniste et son instrument, là encore, créé une ambiance très spéciale. Peut-être qu’il pleut, que le promeneur est perdu dans ses pensées en regardant couler le fleuve ? Le contrebassiste indique malicieusement qu’il pourrait tout aussi bien s’agir de la Saône ou du Rhône. L’ambiance légèrement mélancolique se prolonge sur “Après la pluie”. Les baguettes frappées sur les barres de métal du vibraphone évoquent un orage discret.

Sur son excellentissime concert de Marcevol (2011), Garcia-Fons plaçait des feuilles de papier sous les cordes de sa contrebasse, étendant ainsi ses possibilités sonores comme me l’expliquait mon voisin, lui-même musicien. Point de feuilles de papier ce soir, mais plusieurs interludes à l’archet pendant lesquels Garcia-Fons fait sonner son instrument tantôt comme un violon, tantôt comme un oud. Le public, charmé, est transporté en Orient (“Kurdish mood”). On retrouve le cosmopolitisme et la soif d’horizons sans limite du musicien d’origine catalane, passionné de sons méditerranées et de flamenco.

Les 160 personnes du théâtre – plus un siège de libre – sont captivées et se laissent bercer par les 5 cordes et l’archet qui semblent faire corps avec le musicien. Ils sont à la fois dans les rues de Paris et … ailleurs. Le trio entame une réinterprétation de Brassens (“Je me suis fait tout petit”) et, au bout de trois rappels, les deux heures du concert semblent s’être écoulées en un rien de temps. Renaud Garcia-Fons se prête ensuite de bonne grâce au jeu des dédicaces dans le hall du théâtre, en toute simplicité. Je lui glisse que le DVD de son concert de Marcevol avait ensoleillé une grise journée dé décembre, une anecdote qu’il retranscrit aussitôt dans la griffe qu’il me laisse sur le CD.

Comme le dit N. Gelsumini “se retrouver pour une soirée du Saint-Fons Jazz festival, c’est sentir combien la musique crée du lien et apporte, l’air de rien, un petit supplément d’âme. Nous en avons besoin … plus que jamais”.

Les musiciens : Renaud Garcia-Fons : contrebasse, David Venitucci : accordéon et Stéphan Caracci : batterie et vibraphone.

Photos et reportage : Patrick Ducher

Extrait du concert de Renaud Garcia-Fons

Louis Sclavis : musique graphique

Louis Sclavis : musique graphique

Le clarinettiste Louis Sclavis connaît l’artiste plasticien Ernest Pignon-Ernest depuis 40 ans et a écrit plusieurs musiques autour de ses dessins et collages, notamment à Naples (2002). Il est venu présenter son tout dernier projet « Characters on a Wall » dans la petite salle lyonnaise du Périscope, prétexte à passer en revue plusieurs personnages emblématiques de l’œuvre de Pignon-Ernest.

La musique de Sclavis entendue vendredi pourrait très bien se fondre dans un film ou un documentaire. Elle occupe l’espace presque sans qu’on s’en aperçoive. Elle est raffinée, tout autant qu’exigeante. Le quartet composé de Benjamin Moussay (piano), Sarah Murcia (contrebasse), Christophe Lavergne (batterie) et Sclavis aux clarinettes joua la quasi-intégralité de l’album devant un public attentif d’amateurs.

Louis Sclavis

Le clarinettiste explique le travail de Pignon-Ernest entre chaque morceau, notant que certains de ses collages avaient été apposés dans l’ancienne prison Saint-Paul, devenue un campus universitaire. Il se demande si les étudiants savent que des gens y ont été torturés pendant la seconde guerre, avant d’entamer le morceau « Prison ». Le tempo est répétitif, comme pour suggérer la monotonie et l’ennui de la vie de détenu. Il prend aux tripes.
Sur « Darwich dans la ville », la musique est rapide, saccadée comme pour souligner le parcours de vie du poète palestinien.

Mais avant cela, il y eut aussi « Charleville-Paris-Aden » qui retrace le parcours d’Arthur Rimbaud. L’auditeur se laisse emporter par le flux gracieux de la musique. Il a le sentiment d’emprunter le pas de l’homme aux semelles de vent. Dans la salle, la chaleur est à la limite du supportable. La tout menue Sarah Murcia, entre deux pincements de cordes, se couche sur sa contrebasse. Lavergne et Sclavis sont en nage. Malgré tout, la musique continue, imperturbablement. Chaque solo, chaque morceau est salué par une salve d’applaudissements.

Sur « L’heure Pasolini », le clarinettiste décrit le dessin créé par le plasticien niçois : celle du réalisateur italien portant son propre cadavre à bout de bras après son assassinat sur un terrain vague à Ostie. Parfois, la musique devient bruitiste, saccadée, menée par le pianiste et le batteur. Ce dernier clôturera la soirée par un incroyable solo de plusieurs minutes.

« Pour moi, chaque image d’Ernest Pignon me donne un mouvement. J’ai plus l’impression de collaborer avec un danseur, par-delà l’esthétique de l’image. C’est le mouvement qu’elle engage » Louis Sclavis, au sujet des collages d’Ernest Pignon-Ernest

Photos et reportage : Patrick Ducher

Pour acheter la réédition récente en LP d’un des meilleurs disques du Louis Sclavis Sextet, Ellington on the Air, on peut visiter le site du label Ouch ! Records

Extraits video

A Vaulx Jazz 2019
Le projet Characters on a Wall
Feel Of Floyd : smell like Pink Spirit

Feel Of Floyd : smell like Pink Spirit

Feel of Floyd en concert à Viriat

L’exercice du « tribute band » est souvent périlleux. Les pros du genre (Australian Pink Floyd Show et BritFloyd pour Pink Floyd, Musical Box pour Genesis…) ont opté pour la recréation minutieuse des ambiances, voire des tessitures vocales. Alors, autant mettre un CD même si le travail scénique est bluffant. Comme les groupes originaux ne tournent plus depuis belle lurette, l’effet nostalgie marche à fond. En France, une multitude de musiciens passionnés, amateurs et professionnels, se sont lancés depuis quelques années dans l’aventure. A Viriat, dans l’Ain, 700 fans s’étaient donnés rendez-vous pour écouter la musique intemporelle du mythique Pink Floyd par les Feel of Floyd.

Si les savoyards de Best of Floyd sont probablement les plus connus, les Feel Of Floyd de l’Ain ne sont pas mal non plus. Devant 700 personnes invitées, ces amateurs passionnés ont assuré plus de 2 heures 30 de show dans la chaleur écrasante d’une salle des fêtes dont on pouvait craindre le pire en matière d’acoustique. On voyait la transpiration perler sur la guitare de Nicolas Colomb, le Gilmour local, mais il a tenu avec bravoure le devant de la scène.

Feel of Floyd en concert à Viriat

Il régnait autour de ce concert une réelle ferveur pour « les régionaux de l’étape ». Buvette et petite restauration étaient assurées par des bénévoles, les sponsors étaient aussi du coin. Beaucoup de quadras-quinquas-sexas, mais aussi des « jeunes », voire très jeunes (une des choristes sur Another Brick était âgée de 4 ans !). L’équipment déployé était impressionnant : des lasers 3D, une marionnette grimaçante du « teacher » (remember « Another Brick In The Wall » ?), un mini-mur de briques trônait au fond de la scène. Le public eut droit à une recréation originale de la fameuse Battersea power station lors de la reprise de plusieurs longs titres de l’album « Animals » (1977). Sur scène : guitare, basse, batterie, deux claviers, dont un lead au chant et un sax plus une choriste et une chorale d’enfants pour Another Brick et Run Like Hell en final. Le décor est planté.

Feel of Floyd donne libre court à quelques digressions par rapport aux originaux… et c’est tant mieux.

Feel of Floyd donne libre court à quelques digressions par rapport aux originaux … et c’est tant mieux. Le guitariste ne copie pas Gilmour et tente des écarts plutôt réussis. Idem pour les claviers. Il y a des surprises, comme ce solo de sax sur Another Brick, ou cet intermède scénique pendant lequel le guitariste et la choriste ont droit à une pause fraîcheur bienvenue (flûte de champagne), sous les applaudissements de la foule.

En dépit de quelques chevauchements de voix entre la choriste et le clavier-chanteur, d’intermèdes un peu intempestifs, le groupe a parfaitement assuré le show. Seul regret : l’absence de réelle surprise dans la setlist qui reprenait des standards et des morceaux mythiques. Mais on ne s’adressait pas à des puristes samedi soir et les applaudissements à tout rompre des spectateurs furent la preuve d’un show réussi de la part d’amateurs très professionnels.

Setlist dans le désordre et avec des oublis probables : Astronomy Domine, Time, Breathe, The Great Gig In The Sky, Us And Them, Shine On You Crazy Diamond, Have A Cigar, Welcome To The Machine, Pigs, Dogs, Sheep, Another Brick p. 2, Comfortably Numb, Young Lust, Run Like hell, One Slip, Sorrow, High Hopes, Keep Talking, What Do You Want From Me

Chant lead, Claviers : Julien FERRAND, chant lead, Choeurs : Sabine GARCIA, Saxophone, Claviers, Chœurs : Xavier LAMBERT, Batterie, Chœurs : Pierre-Victor FERRAND, Guitare : Nicolas COLOMB, Basse : Xavier MALLAMACI

Extraits :

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