Feel of Floyd : Looking for my Generation

Feel of Floyd : Looking for my Generation

C’était ma seconde expérience du tribute Feel Of Floyd après un passage épique – pour cause de chaleur étouffante – à Viriat (01) devant 700 personnes le 14 septembre dernier. Cette fois-ci, la configuration était plus petite (450 personnes dans une salle des fêtes accueillante) à Vonnas (01), mais l’enthousiasme du public restait inchangé.

Feel of Floyd - Vonnas fév 2020

Ce qui m’a marqué, c’est la diversité : sexas, quinquas, quadras, trentenaires mais aussi pas mal d’ados (le spectacle était soutenu par une association d’écoles laïques et une armée de bénévoles). Une bonne occasion de faire découvrir (et perdurer) la musique floydienne. La setlist a été resserrée par rapport au précédent concert – le groupe m’a confié backstage que son élaboration était toujours un sujet délicat… – sans impact sur la fluidité générale du show. L’occasion de souligner le boulot des pros, Christophe Thenon (son) et Yannick Ghignon (lumières), ce qui n’est pas évident dans ce type de lieu.

Signalons la première partie efficace d’un duo de reprises rock-blues (Deep Purple, Led Zep, Dire Straits, mais aussi Bill Deraime et Téléphone) : le duo Frenchy (Eric Potapenko au chant et Guillaume Pocheron à la guitare, qui fait aussi office de backline pour Feel of Floyd).

Le répertoire choisi des Floyd intègre aussi des titres moins courants

Si le répertoire choisi ne surprend pas – mélange de tubes attendus et de morceaux emblématiques – il intègre aussi des titres moins courants tel qu’un Young Lust impeccable, avec une basse furieuse, et Have A Cigar. La recréation du début de Welcome To The Machine est un bel effort.

Au chant principal et claviers, Julien Ferrand se charge à la fois des voix de Gilmour et Waters avec efficacité, soutenu par Xavier Mallamaci, tel un Guy Pratt hurlant sur Run Like Hell. Il ne faut pas oublier Great Gig : la vocalise spatiale a remarquablement tenu le choc grâce à Sabine Garcia, qui assure seule comme une grande ce morceau d’anthologie. Pierre-Victor Ferrand martèle sa batterie avec force, pendant que Xavier Lambert – également aux claviers et à la direction de groupe – se lance dans un solo de sax inattendu sur Another Brick. Et Gilmour, pardon, Nicolas Colomb ? Il assure sans en faire trop. Son Comfortably Numb est sobre, Sorrow est impeccable et Young Lust quasi-hard rock.

Le groupe Feel of Floyd
Les musiciens de Feel of Floyd

Certes, il faut faire abstraction de quelques « pains » : le début de la deuxième partie fut un peu hésitant, avec un Dogs cafouilleux (la faute à une tour de la Battersea en vrac ?), des lyrics qui pataugent parfois en mode yaourt (Sorrow) ou un Astronomy disons bruitiste. On regrettera l’absence de High Hopes 1 et d’un autre titre pré-Dark Side genre… Echoes ? L’ajout d’un morceau de l’album Final Cut constituerait une vraie prise de risque.

Mais il reste que les deux heures et quelques se sont écoulées à la vitesse grand V. Le public, chaud bouillant, était ravi. Les zicos semblent manifestement heureux d’être sur scène et ne se prennent pas le boulard.

Moment de partage backstage très sympathique. Ces amateurs (le bassiste est kiné, le sax sapeur-pompier, le chanteur menuisier de formation…) font preuve d’humilité devant l’œuvre et d’un souci de progression constante. Que demander de plus ? Shine On !

La setlist :
1. Shine On 2. In The Flesh 3. Keep Talking 4. Another Brick 5. Time 6. Great Gig 7. Money 8. Us And Them 9. Coming Back To Life 10. Sorrow 11. What Do You Want From Me // 12. Welcome To The Machine 13. Dogs 14. Have a Cigar 15. Astronomy Domine 16. Brain Damage 17. Eclipse 18. Comfortably Numb Rappel 19. Run Like Hell 20. Young Lust.

Les musiciens :
Chant lead, Claviers : Julien Ferrand ; Saxophone, Claviers, Chœurs : Xavier Lambert ; Chant lead, Choeurs : Sabine Garcia ; Batterie, Chœurs : Pierre-Victor Ferrand ; Guitare : Nicolas Colomb; Basse : Xavier Mallamaci

Photos, vidéos et compte-rendu : Patrick Ducher

Extraits du concert

Renaud Garcia-Fons Trio au Saint-Fons Jazz festival

Renaud Garcia-Fons Trio au Saint-Fons Jazz festival

Chaque fin janvier, le Saint-Fons Jazz festival propose une prog’ épatante grâce au directeur de l’Ecole de Musique Norbert Gelsumini. Grands noms et jeunes pousses ont donné ses lettres de noblesse à cet événement culturel qui fête sa 21ème édition en accueillant le 31 janvier le saxophoniste Kenny Garrett (Miles Davis, Marcus Miller…) et, ce 24 janvier, le contrebassiste français Renaud Garcia-Fons en trio. Garcia-Fons à Saint-Fons, c’était de circonstance ! Proximité avec le public, échanges et atmosphères furent au rendez-vous.

Renaud Garcia-Fons Trio

Garcia-Fons joue ce soir son album “La vie devant soi” inspiré du célèbre roman de Romain Gary. Prétexte à des clins d’oeil à Robert Doisneau, Jacques Prévert, Michel Simon et Raymond Queneau, au Paris d’antan, mais aussi de maintenant. Les ambiances sont à la fois nostalgiques – le trio attaque avec “Revoir Paris” de Trenet – et rythmées, avec notamment “Les écoliers” – un morceau dédié à Goscinny et au Petit Nicolas – et “Je prendrai le métro”. L’accordéon de David Ventucci évoque la course des gens. On imagine une Zazie virevoltante au milieu de la foule. Le batteur Stéphan Caracci joue habilement de ses “brushes” et se sert de pads de plastique qui apportent une sonorité originale à l’ensemble.

Reanud Garcia-Fons
Le contrebassiste français Renaud Garcia-Fons

Garcia-Fons présente chaque morceau avec souvent une pointe d’humour. Il indique qu’il ne faut pas qu’il se trompe de poche (“mouchoir de droite pour le rhume, mouchoir de gauche pour essuyer les cordes”). Sur “Le long de la Seine”, le trio invite à une rêverie au bord de l’eau. Pour ce titre, le batteur devient vibraphoniste et son instrument, là encore, créé une ambiance très spéciale. Peut-être qu’il pleut, que le promeneur est perdu dans ses pensées en regardant couler le fleuve ? Le contrebassiste indique malicieusement qu’il pourrait tout aussi bien s’agir de la Saône ou du Rhône. L’ambiance légèrement mélancolique se prolonge sur “Après la pluie”. Les baguettes frappées sur les barres de métal du vibraphone évoquent un orage discret.

Sur son excellentissime concert de Marcevol (2011), Garcia-Fons plaçait des feuilles de papier sous les cordes de sa contrebasse, étendant ainsi ses possibilités sonores comme me l’expliquait mon voisin, lui-même musicien. Point de feuilles de papier ce soir, mais plusieurs interludes à l’archet pendant lesquels Garcia-Fons fait sonner son instrument tantôt comme un violon, tantôt comme un oud. Le public, charmé, est transporté en Orient (“Kurdish mood”). On retrouve le cosmopolitisme et la soif d’horizons sans limite du musicien d’origine catalane, passionné de sons méditerranées et de flamenco.

Les 160 personnes du théâtre – plus un siège de libre – sont captivées et se laissent bercer par les 5 cordes et l’archet qui semblent faire corps avec le musicien. Ils sont à la fois dans les rues de Paris et … ailleurs. Le trio entame une réinterprétation de Brassens (“Je me suis fait tout petit”) et, au bout de trois rappels, les deux heures du concert semblent s’être écoulées en un rien de temps. Renaud Garcia-Fons se prête ensuite de bonne grâce au jeu des dédicaces dans le hall du théâtre, en toute simplicité. Je lui glisse que le DVD de son concert de Marcevol avait ensoleillé une grise journée dé décembre, une anecdote qu’il retranscrit aussitôt dans la griffe qu’il me laisse sur le CD.

Comme le dit N. Gelsumini “se retrouver pour une soirée du Saint-Fons Jazz festival, c’est sentir combien la musique crée du lien et apporte, l’air de rien, un petit supplément d’âme. Nous en avons besoin … plus que jamais”.

Les musiciens : Renaud Garcia-Fons : contrebasse, David Venitucci : accordéon et Stéphan Caracci : batterie et vibraphone.

Photos et reportage : Patrick Ducher

Extrait du concert de Renaud Garcia-Fons

Louis Sclavis : musique graphique

Louis Sclavis : musique graphique

Le clarinettiste Louis Sclavis connaît l’artiste plasticien Ernest Pignon-Ernest depuis 40 ans et a écrit plusieurs musiques autour de ses dessins et collages, notamment à Naples (2002). Il est venu présenter son tout dernier projet « Characters on a Wall » dans la petite salle lyonnaise du Périscope, prétexte à passer en revue plusieurs personnages emblématiques de l’œuvre de Pignon-Ernest.

La musique de Sclavis entendue vendredi pourrait très bien se fondre dans un film ou un documentaire. Elle occupe l’espace presque sans qu’on s’en aperçoive. Elle est raffinée, tout autant qu’exigeante. Le quartet composé de Benjamin Moussay (piano), Sarah Murcia (contrebasse), Christophe Lavergne (batterie) et Sclavis aux clarinettes joua la quasi-intégralité de l’album devant un public attentif d’amateurs.

Louis Sclavis

Le clarinettiste explique le travail de Pignon-Ernest entre chaque morceau, notant que certains de ses collages avaient été apposés dans l’ancienne prison Saint-Paul, devenue un campus universitaire. Il se demande si les étudiants savent que des gens y ont été torturés pendant la seconde guerre, avant d’entamer le morceau « Prison ». Le tempo est répétitif, comme pour suggérer la monotonie et l’ennui de la vie de détenu. Il prend aux tripes.
Sur « Darwich dans la ville », la musique est rapide, saccadée comme pour souligner le parcours de vie du poète palestinien.

Mais avant cela, il y eut aussi « Charleville-Paris-Aden » qui retrace le parcours d’Arthur Rimbaud. L’auditeur se laisse emporter par le flux gracieux de la musique. Il a le sentiment d’emprunter le pas de l’homme aux semelles de vent. Dans la salle, la chaleur est à la limite du supportable. La tout menue Sarah Murcia, entre deux pincements de cordes, se couche sur sa contrebasse. Lavergne et Sclavis sont en nage. Malgré tout, la musique continue, imperturbablement. Chaque solo, chaque morceau est salué par une salve d’applaudissements.

Sur « L’heure Pasolini », le clarinettiste décrit le dessin créé par le plasticien niçois : celle du réalisateur italien portant son propre cadavre à bout de bras après son assassinat sur un terrain vague à Ostie. Parfois, la musique devient bruitiste, saccadée, menée par le pianiste et le batteur. Ce dernier clôturera la soirée par un incroyable solo de plusieurs minutes.

« Pour moi, chaque image d’Ernest Pignon me donne un mouvement. J’ai plus l’impression de collaborer avec un danseur, par-delà l’esthétique de l’image. C’est le mouvement qu’elle engage » Louis Sclavis, au sujet des collages d’Ernest Pignon-Ernest

Photos et reportage : Patrick Ducher

Pour acheter la réédition récente en LP d’un des meilleurs disques du Louis Sclavis Sextet, Ellington on the Air, on peut visiter le site du label Ouch ! Records

Extraits video

A Vaulx Jazz 2019
Le projet Characters on a Wall
Feel Of Floyd : smell like Pink Spirit

Feel Of Floyd : smell like Pink Spirit

Feel of Floyd en concert à Viriat

L’exercice du « tribute band » est souvent périlleux. Les pros du genre (Australian Pink Floyd Show et BritFloyd pour Pink Floyd, Musical Box pour Genesis…) ont opté pour la recréation minutieuse des ambiances, voire des tessitures vocales. Alors, autant mettre un CD même si le travail scénique est bluffant. Comme les groupes originaux ne tournent plus depuis belle lurette, l’effet nostalgie marche à fond. En France, une multitude de musiciens passionnés, amateurs et professionnels, se sont lancés depuis quelques années dans l’aventure. A Viriat, dans l’Ain, 700 fans s’étaient donnés rendez-vous pour écouter la musique intemporelle du mythique Pink Floyd par les Feel of Floyd.

Si les savoyards de Best of Floyd sont probablement les plus connus, les Feel Of Floyd de l’Ain ne sont pas mal non plus. Devant 700 personnes invitées, ces amateurs passionnés ont assuré plus de 2 heures 30 de show dans la chaleur écrasante d’une salle des fêtes dont on pouvait craindre le pire en matière d’acoustique. On voyait la transpiration perler sur la guitare de Nicolas Colomb, le Gilmour local, mais il a tenu avec bravoure le devant de la scène.

Feel of Floyd en concert à Viriat

Il régnait autour de ce concert une réelle ferveur pour « les régionaux de l’étape ». Buvette et petite restauration étaient assurées par des bénévoles, les sponsors étaient aussi du coin. Beaucoup de quadras-quinquas-sexas, mais aussi des « jeunes », voire très jeunes (une des choristes sur Another Brick était âgée de 4 ans !). L’équipment déployé était impressionnant : des lasers 3D, une marionnette grimaçante du « teacher » (remember « Another Brick In The Wall » ?), un mini-mur de briques trônait au fond de la scène. Le public eut droit à une recréation originale de la fameuse Battersea power station lors de la reprise de plusieurs longs titres de l’album « Animals » (1977). Sur scène : guitare, basse, batterie, deux claviers, dont un lead au chant et un sax plus une choriste et une chorale d’enfants pour Another Brick et Run Like Hell en final. Le décor est planté.

Feel of Floyd donne libre court à quelques digressions par rapport aux originaux… et c’est tant mieux.

Feel of Floyd donne libre court à quelques digressions par rapport aux originaux … et c’est tant mieux. Le guitariste ne copie pas Gilmour et tente des écarts plutôt réussis. Idem pour les claviers. Il y a des surprises, comme ce solo de sax sur Another Brick, ou cet intermède scénique pendant lequel le guitariste et la choriste ont droit à une pause fraîcheur bienvenue (flûte de champagne), sous les applaudissements de la foule.

En dépit de quelques chevauchements de voix entre la choriste et le clavier-chanteur, d’intermèdes un peu intempestifs, le groupe a parfaitement assuré le show. Seul regret : l’absence de réelle surprise dans la setlist qui reprenait des standards et des morceaux mythiques. Mais on ne s’adressait pas à des puristes samedi soir et les applaudissements à tout rompre des spectateurs furent la preuve d’un show réussi de la part d’amateurs très professionnels.

Setlist dans le désordre et avec des oublis probables : Astronomy Domine, Time, Breathe, The Great Gig In The Sky, Us And Them, Shine On You Crazy Diamond, Have A Cigar, Welcome To The Machine, Pigs, Dogs, Sheep, Another Brick p. 2, Comfortably Numb, Young Lust, Run Like hell, One Slip, Sorrow, High Hopes, Keep Talking, What Do You Want From Me

Chant lead, Claviers : Julien FERRAND, chant lead, Choeurs : Sabine GARCIA, Saxophone, Claviers, Chœurs : Xavier LAMBERT, Batterie, Chœurs : Pierre-Victor FERRAND, Guitare : Nicolas COLOMB, Basse : Xavier MALLAMACI

Extraits :

Sangoma Everett et Lionel Martin au Périscope : Afrique Free

Sangoma Everett et Lionel Martin au Périscope : Afrique Free

Pour sa rentrée, la petite salle du Périscope accueillait la musique de Count Basie. Du moins, la réinterprétation d’un de ses disques méconnus de 1971 “Afrique” par le duo Lionel Martin (sax, clavier) et Sangoma Everett (batterie). Comment diable deux musiciens seuls en scène peuvent-ils revisiter les 8 titres d’un disque conçu à l’origine pour un grand orchestre d’une trentaine de musiciens ? Miracle !

Revisiting Afrique au Périscope - 6 septembre 2019

Le projet remonte à environ une année et a été rôdé sur quelques scènes depuis le printemps de 2019, dont une soirée-marathon au musée des Confluences le 18 mai (trois prestations à la suite pour Lionel ce soir-là !) et une apparition remarquée au jardin de Cybèle dans le cadre de Jazz à Vienne le 12 juillet.

Sur scène, le matériel est minimaliste : un sax, une batterie et un minuscule clavier Yamaha rouge vif sur lequel Martin – flamboyant dans un costume raccord avec clavier – créé une boucle sonore pour lancer certains morceaux (dont le superbe “Kilimandjaro”). Everett tapote une espèce de collier de grelots, frotte les peaux de sa batterie pour générer des sons étonnants de douceur. Il alterne pinceaux, maillets et baguettes et lance une rythmique, d’abord en finesse avant de faire monter la sauce et de passer le relais à son comparse.

Le saxman semble habité par son cuivre, comme si les deux ne faisaient plus qu’un. Et quand Sangoma reprend la main à coups de cymbales furieuses, on a l’impression d’un volcan en éruption.

Le batteur américain, jadis accompagnateur des musiciens de Claude Nougaro, vit en France depuis une quarantaine d’années. Il a confié sur les ondes de Radio Périscope avoir joué avec certains musiciens de l’orchestre original de Basie, dont le trompettiste Joe Newman qui fut son mentor à l’époque. Pressé par le scribe de citer son batteur préféré, il lâche “Billy Higgins” en reconnaissant que c’est une question très difficile.

Le son du sax est ample, Martin joue à l’énergie. Il faut écouter Hobo Flats pour bien l’apprécier. C’est un rythme quasi-martial qui enveloppe la petite salle. Le saxman semble habité par son cuivre, comme si les deux ne faisaient plus qu’un. Et quand Sangoma reprend la main à coups de cymbales furieuses, on a l’impression d’un volcan en éruption. Les compositions de Gabor Szabo (Gypsy Queen), ou d’Albert Ayler (Love Flower) fleurent bon le free.

Le duo est complice, les musiciens se font des signes de reconnaissance et semblent manifestement heureux de partager leur musique. Le public ne s’y trompe pas et réserve de chaleureux applaudissements à chaque solo, et une longue standing ovation finale.

Ce soir, le public du Périscope était africain.

Reportage et photos : Patrick Ducher

Le disque vinyle est publié chez Ouch Records (version LP) et Cristal Records (version CD)

Des extraits du disque original : Discogs

Un extrait du concert :

Pop the Balloon, mythique label à (re)découvrir d’urgence

Pop the Balloon, mythique label à (re)découvrir d’urgence

Pop the Balloon, label indépendant mythique pour les aficionados, ne dit sans doute malheureusement rien aux autres. Son histoire, débutée en 1994, nous ramène indirectement aux folles années de la radio H2Ondes : son fondateur, Gilles Raffier, y animait une émission quelques années auparavant. On est quelques-uns à lui devoir, entre autre, la découverte des grandioses Barracudas. Gilles Raffier est décédé en 2003. Mais ses deux acolytes, Emmanuel Campos et Fabien Petit, continuent à faire vivre le label depuis Macon. Nous les avons rencontré dans l’incontournable Underground Store par une chaude journée de cet été.

La création d’un label destiné à éditer les disques de Bloom, Darian, Dwight Twilley, Paul Collins, Dom Mariani, des Barracudas… ne peut être qu’une histoire de passion, voire de sacerdoce. Pop the Balloon est la concrétisation du rêve de Gilles Raffier. « Activiste qui ne fait pas les choses à moitié » selon certain, Gilles Raffier disait lui-même que l’idée de créer un label était la suite logique d’un « long et sans doute trop obsessionnel amour du rock ». Avant de lancer le label, il avait animé sur la « radio fluide à l’humour glacial », H2Ondes*, une émission hebdomadaire consacrée à son genre favori : la power pop (inspirée du pop-rock anglais des années 1960, façon Who ou Kinks, mélodique donc, mais parfois plus agressif.) A la même époque, il crée le premier fan club des Barracudas et le fanzine Teenage Kick livré avec un flexi-disque à l’intérieur. Seulement trois numéros sortiront. La raison : Gilles Raffier, perfectionniste à l’extrême, fait tout lui-même, d’une manière totalement artisanale, depuis la collecte minutieuse des infos, l’écriture des articles jusqu’à la mise en page, qu’il reprend parfois à la main quand l’impression n’est pas parfaite !

Gilles Raffier - Pop the Balloon
Gilles Raffier au travail sur la pochette du 7 » Bloom – Lyon 1994

Après une très courte période de désillusion en 1992, il redécouvre le plaisir d’être fan grâce au fanzine américain Yellow Pills et ses articles sur Adam Schmitt, les Sighs, les Wondermints, les Cowsills reformés de frais ainsi que de nombreux autres. Ce sera l’étincelle qui le décide à lancer le label.

Il vend quelques belles pièces de son impressionnante collection de vinyles pour financer le premier projet : un 45t de Bloom, groupe d’Eric Lebrun, ex-clavier des lyonnais Deadly Toys, avec une pochette pop art jaune fluo. Petit problème : le jaune  ne sort pas à l’impression. Qu’à cela ne tienne : les 400 et quelques pochettes seront coloriés à la main au Stabilo jaune, avec l’aide des amis embarqués dans l’aventure Pop the Balloon, Emmanuel Campos et Fabien Petit !  Les efforts sont récompensés. Le titre Only your eyes recueille des critiques positives jusqu’au USA.

Suivront une vingtaine de disques dont une majorité de 45t – pour Gilles Raffier, ce format est le meilleur pour la power pop – et quelques beaux coups. Le premier vrai succès du label est le single de Darian (clavier des Wondermints, groupe qui accompagne Brian Wilson des Beach Boys depuis une vingtaine d’années). Cela lui permet d’avoir de la visibilité à l’international, notamment au Japon avec qui il travaille beaucoup à l’époque. Viennent ensuite l’australien Dom Mariani, qui avait connu pas mal de succès avec les Stems, le chanteur américain Dwight Twilley, d’abord en solo, puis avec son groupe le Dwight Twilley Band, et d’autres grosses pointures comme Paul Collins (l’une des plus grosses ventes avec le single de Darian).

Le dernier gros projet de Gilles était la réalisation du premier album solo de Dom Mariani de A à Z, en finançant l’enregistrement et toutes les étapes de fabrication et distribution. Jusque-là, le label n’avait sorti que des licences. Hélas, il n’entendra jamais le résultat. L’album parait en 2004, quelques mois après sa mort. Il lui est dédié.

Pop the Balloon, c’est en tout une cinquantaine de références, et un sans-faute absolu avec uniquement des pépites

Emmanuel Campos & Fabien Petit - Pop the Balloon
Emmanuel Campos et Fabrice Petit

A la mort de Gilles Raffier, Emmanuel Campos et Fabien Petit pensent tout arrêter. Mais il y a les projets en cours… Ils parviennent à récupérer les adresses des contacts, notamment ceux au Japon pour les ventes et il reste un peu d’argent et des opportunités…  Ils se prennent au jeu et les projets s’enchainent. Il y a d’abord une compile d’inédits et raretés du groupe grenoblois des années 1980 Teen Appeal, puis the Cinders (duo composé de Laurent Ciron, ex guitariste des Dogs et de Jeff Crane, ex  Ballbusters), les Buttshakers, et leur soul irrésistible, les australiennes bien énervées de the Shimmys (en collaboration avec le label autralien Off the hip), puis les Barracudas themselves ! Viendront aussi, entre pas mal d’autres, les Ramblers, les Flamin’ Groovies, le chanteur trop méconnu Johan Asherton, et la dernière livraison datée de 2018 : les Wags, groupe dans la pure tradition power pop / punk rock.

Pop the Balloon, c’est en tout une cinquantaine de références, et un sans-faute absolu avec uniquement des pépites, dont malheureusement bon nombre sont aujourd’hui épuisées. On ne citera qu’un exemple : Livin’ underground, une compilation de groupes français des années 1980 dont les Roadrunners, les Thugs, ou les City Kids… Emmanuel Campos et Fabien Petit ont fait mieux que poursuivre l’activité. Ils ont imprimé discrètement leur patte,  osant un peu de soul, de rythm ‘n’ blues, de garage rock, et ont su développer le label avec notamment le site internet.

On attend la suite avec impatience, et un rêve : un coffret compilation du label !

Emmanuelle Blanchet

Fast And Loud Festival à Macon le 26 juillet

Emmanuel Campos et Fabien Petit participent activement à l’organisation du Fast And Loud Festival à Macon.  La 9e édition se tient le 26 juillet, à partir de 20h30, sur l’Esplanade Lamartine. Au programme : un nouveau groupe mâconnais Short Stories jouant une power pop mélodique aux riffs tendus puis le trio lyonnais The Mogs et leur rock incisif simple et efficace. La soirée se terminera par les Grys Grys groupe de Montpellier qui s’est rodé sur toute la scène garage beat européenne depuis 9 ans. Parking Lamartine ouvert jusqu’à la fin des concerts.

*H2 Ondes était une radio libre dans la plus pure acceptation  du terme. Elle a émis depuis Pommiers entre 1982 et 1985.  Elle se définissait comme « une radio faite par des jeunes pour les jeunes », définitivement non commerciale. Elle joua la carte de l’humour subtile en complicité avec ses auditeurs, s’attachant à diffuser de la musique la plus pure possible. La programmation musicale était émaillée de magazines culturels traitant de la BD, de la science-fiction, du fantastique, du polars, du cinéma, du théâtre, etc., animés par une équipe de spécialistes composée à forte majorité de musiciens, de managers, de critiques de presse, d’étudiants en cinéma, de directeur de salles, de dramaturge, etc. En moins de deux ans, H2 Ondes gagna une belle renommée, bien au-delà de sa couverture d’émission, notamment dans les milieux culturels lyonnais et parisiens, voire québécois, comme en témoigne les nombreux articles de presse parus à l’époque.

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